L’expérience du petit Albert, peut-on enseigner la peur aux humains ?

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

En 1920, le plus grand représentant du behaviorisme John Watson il était tellement convaincu que les comportements et les émotions pouvaient être façonnés et façonnés par l’environnement extérieur qu’il a décidé de mener une expérience à l’Université Johns Hopkins sur un enfant, connu sous le nom de petit Albertpour démontrer comment également le peur peut être appris.

Au début du XXe siècle, la psychologie était confrontée à une question fondamentale : comment étudier réellement le comportement humain ? Jusqu’alors, l’attention était principalement portée sur les pensées et les émotions intérieures. Avec la naissance de behaviorismel’objectif change : la psychologie vise à devenir une science capable de fournir des données directement observables et mesurables. Au centre de l’investigation, il n’y a donc plus le contenu de l’esprit mais le actesles réactions et comment l’environnement façonne le comportement.

L’esprit est comme une boîte noire

Watson considérait le esprit humain comme un Boîte noire (Black Box), dont les fonctions internes n’étaient pas directement observables et, précisément pour cette raison, ne pouvaient faire l’objet d’une analyse scientifique rigoureuse. Watson propose donc de traiter l’esprit comme une boîte noire : peu importe ce qui s’y passe, ce qui compte c’est le relation entre les stimuli provenant de l’environnement et les réponses comportementales observables.

De ce point de vue, comprendre le comportement signifie étudier comment certains stimuli produisent certaines réactionssans faire référence aux états mentaux internes. Pour comprendre à quel point il était convaincu de sa théorie, souvenez-vous de la célèbre citation :

Donnez-moi une douzaine d’enfants sains et robustes et un environnement spécifique pour les éduquer et je vous assure que je pourrais en prendre un au hasard et le former à n’importe quel type de spécialiste que je déciderai, médecin, avocat, artiste, commerçant et, oui, même mendiant et voleur, quels que soient ses talents, ses inclinations, ses tendances, ses capacités, ses vocations et la race de ses ancêtres.

La peur n’est pas innée : l’expérience psychologique

Fortement convaincu de son hypothèse, Watson voulait aussi le prouver la peur n’est pas innée, mais cela s’apprend par l’expérience. Pour le vérifier, il a choisi d’appliquer les principes de conditionnement classique traité par Ivan Pavlovjusque-là étudié principalement sur les animaux. Son collaborateur était là pour l’aider Rosalie Raynerqui devint plus tard sa femme.

Watson et Rayner ont entrepris cette étude pour répondre à 3 questions fondamentales :

  • Un enfant peut-il être conditionné à avoir peur d’un animal si celui-ci apparaît en même temps comme un stimulus effrayant ?
  • Cette peur pourrait-elle être généralisée à d’autres animaux ou objets inanimés ?
  • Combien de temps de telles craintes persisteraient-elles ?

Le protagoniste involontaire de l’expérience qui eut lieu en 1920 est un bébé d’environ 11 mois, dit le petit Albertélevé dès sa naissance en milieu hospitalier (sa mère était infirmière à la maison Harriet Lane). Watson décrit Albert comme un enfant en bonne santé, émotionnellement stable et peu réactif ; selon le psychologue, la participation du jeune participant aurait causé « des dégâts minimes ».

Dès l’âge de 9 mois, il a d’abord été soumis à tests émotionnelsqui est devenu une véritable routine. L’enfant a ensuite été exposé à divers stimuli : une souris blanche, un lapin, un chien, un singe, des masques avec et sans poils, du coton et même des journaux en feu. Dans aucune de ces situations, Albert n’a montré aucun signe de peur. Au contraire, il a réagi avec une forte peur quand un a été produit bruit métallique tout à coup, frappant une barre d’acier avec un marteau : dans ces cas-là, il sautait, tremblait et pleurait. Ayant identifié le stimulus capable de susciter la peur, Watson décide de l’utiliser pour influencer une réponse émotionnelle.

Dans un premier temps, à la vue de la souris blanche, l’enfant a tenté de l’attraper sans aucune hésitation. C’est là que commence le véritable conditionnement : juste au moment où Albert touchait la souris, la barre d’acier fut frappéeprovoquant une réaction immédiate de peur et de pleurs. Au lieu de cela, lorsque certaines briques de jouets ont été exposées (stimulus neutre), Albert a recommencé à jouer paisiblement. Cette procédure a été répétée plusieurs fois, jusqu’à ce que La simple présence de la souris suffisait à déclencher des signes évidents de peur. C’est-à-dire que l’enfant avait associé la vue de la souris au bruit métallique : la souris n’était plus un stimulus neutre, mais un signal qui annonçait l’arrivée du son effrayant. Autrement dit, Albert avait appris à anticiper l’événement négatifet cette attente était suffisante pour déclencher la réaction de peur même en l’absence de bruit.

Mais pas seulement, petit à petit il a réagi avec peur à tous les objets avec de la fourrure: une couverture, le chien, le lapin et même un masque en fourrure porté par Watson lui-même. C’est le phénomène de généralisationdonc une peur apprise a tendance à s’étendre à des stimuli similaires à celui d’origine.

Après trente et un jours, quelques séances ont été réalisées pour vérifier la persistance de la peur : Albert a montré de fortes réactions indésirables en présence du rat, du masque, du chien et un comportement ambivalent (approche et peur) envers un manteau de fourrure et un lapin. Cela a prouvé que ce type d’association pourrait durer longtempscristallisant la réponse apprise.

Après, l’enfant a quitté l’hôpital avant que Watson ne puisse « réparer » les dommages émotionnels et on ne sait pas avec certitude si et dans quelle mesure la peur d’Albert a été surmontée. Watson a déclaré que s’il en avait l’occasion, il essaierait plusieurs méthodes de test :

  • si avec le temps l’enfant pouvait établir une sorte d’habituation ;
  • essayer de reconditionner le sujet (contre-conditionnement) en lui montrant des bonbons ou de la nourriture ;
  • développer des activités constructives et des associations positives autour de l’objet initialement conditionné.

Critique académique et problèmes éthiques

Aujourd’hui, l’expérience du petit Albert est fortement critiqué sur le plan scientifique. Les chercheurs soulignent le manque de rigueur méthodologique: un sujet unique, des mesures mal standardisées et une documentation incomplète. De plus, aucune mesure n’a été réalisée suivi pour évaluer ses progrès.

De plus, même si cette expérience a ouvert la voie à des études ultérieures sur comprendre et traiter les phobies Et des émotions apprisesdu point de vue éthique l’expérience est envisagée aujourd’hui inacceptable. Un enfant a été intentionnellement incité à ressentir de la peur, sans consentement éclairé et sans intervention pour éliminer la détresse émotionnelle créée. C’est précisément pourquoi la psychologie moderne a développé des des règles éthiques pour protéger tous les participantsnotamment les mineurs.

Et oui, la peur peut être enseignée.

L’expérience du petit Albert