L’Espagne va également interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le gouvernement progressiste espagnol suit la position de certains pays du monde et décide d’interdire l’utilisation des médias sociaux aux enfants de moins de 16 ans. C’est ce qu’a annoncé aujourd’hui le Premier ministre Pedro Sánchez, s’exprimant lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, en anticipant cinq mesures avec lesquelles Madrid entend lutter contre l’abus des grandes plateformes numériques et garantir un environnement numérique sûr. Parmi celles-ci, a précisé le dirigeant espagnol, figure également une règle qui tient les responsables des réseaux sociaux personnellement responsables des discours de haine sur leurs plateformes.

La disposition

Le gouvernement de Madrid interdira l’accès aux plateformes numériques aux enfants de moins de 16 ans, obligeant ainsi les plateformes à mettre en place des systèmes efficaces de vérification de l’âge. Il s’agit d’une mesure prévue dans le projet de loi sur la protection des mineurs dans les environnements numériques, approuvé par le gouvernement et actuellement examiné par le Congrès espagnol. De cette manière, l’exécutif Sánchez vise à rendre « légalement responsables » les gestionnaires des plateformes qui ne suppriment pas les contenus qui violent la loi et qui incitent à la haine. En réitérant « tolérance zéro envers toute forme de coercition », le Premier ministre espagnol a également expliqué que la manipulation d’algorithmes et l’amplification de contenus illégaux seront qualifiées de délit.

Ainsi, l’Espagne rejoint la liste des pays, dont le Royaume-Uni, le Portugal et la France, qui envisagent de durcir les règles sur les réseaux sociaux. Le débat s’est intensifié après que l’Australie soit devenue le premier pays au monde à interdire l’accès aux plateformes aux moins de 16 ans en décembre. Dans le même temps, les gouvernements et les régulateurs du monde entier examinent l’impact du temps passé par les enfants devant les écrans, en particulier sur le développement et la santé mentale.

« La coalition des volontés numériques »

Cependant, l’Espagne se place à la tête d’un nouveau front européen pour le contrôle des plateformes numériques. Le Premier ministre espagnol a annoncé la formation de ce qu’il a appelé la « coalition des volontaires numériques », une alliance stratégique avec cinq autres pays européens visant à coordonner et à renforcer l’application des réglementations sur le web. L’objectif déclaré est clair : renforcer l’application de la réglementation transfrontalière, en dépassant les limites des juridictions nationales individuelles. La nouvelle coalition tiendra sa première réunion opérationnelle dans les prochains jours. Cependant, une aura de mystère subsiste quant à la composition exacte du groupe : Sanchez n’a pas précisé quelles sont les cinq autres nations impliquées.

L’initiative s’inscrit dans le cadre de la loi européenne sur les services numériques (DSA), qui entrera pleinement en vigueur début 2024. Bien que la législation impose des obligations strictes aux plateformes en matière de modération des contenus, les critiques soulignent les tensions croissantes entre une gouvernance responsable et les risques de censure.

L’attaque contre la « techno-caste »

Ce n’est pas la première fois que le leader socialiste espagnol utilise un ton dur à l’encontre des géants de la Silicon Valley. L’année dernière déjà, il avait attaqué frontalement les propriétaires des réseaux sociaux, les définissant comme une « techno-caste » coupable d’« empoisonner la société » par l’utilisation sans scrupules d’algorithmes.

La position difficile de Sanchez est renforcée par l’évolution rapide de l’intelligence artificielle générative. Le débat est devenu plus âpre après le scandale lié à Grok, le chatbot IA de X, le réseau social d’Elon Musk. Grok s’est retrouvé au centre d’une sévère condamnation politique et publique car il aide les utilisateurs à générer des photos et des vidéos sexuellement explicites et non consensuelles à partir de vraies photos (deepfakes), qui incluent également des images de mineurs. Le président du gouvernement ibérique a annoncé que le gouvernement travaillerait avec le parquet pour évaluer d’éventuelles violations de la part de Grok, TikTok et Instagram, citant le cas de la diffusion de millions d’images de femmes sexualisées, déjà en cours d’examen par la Commission européenne.

X (encore) dans le viseur de l’Union européenne : Bruxelles ouvre une enquête sur les deepfakes sexuels de Grok