Les surfaces s’uniformisent-elles au tennis pour favoriser Sinner et Alcaraz ? La réponse de la science

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Les paroles de la légende du tennis ont suscité pas mal de controverses, Roger Federerlors d’une interview sur le podcast Servi par Andy Roddick. Le Suisse, retraité depuis trois ans, parlant du duopole Sinner-Alcaraz qui domine le tennis mondial, a donné son point de vue sur l’uniformité du jeu et des résultats que semble connaître le tennis aujourd’hui. L’ancien numéro un mondial a défini le surfaces de jeu « tout de même » afin d’aplanir le niveau et de faire ressortir les plus forts. Les surfaces de jeu (terre battue, gazon, gazon synthétique, courts en dur) influencent le jeu en fonction de leurs caractéristiques spécifiques qui peuvent ou non répondre aux préférences de chaque joueur de tennis.

Selon Federer (thèse également soutenue par l’actuel numéro 3 mondial, l’Allemand) Sacha Zverev) le fait que les surfaces sont « les mêmes et ont tendance à être plus lentes que par le passé » désavantage le joueur le plus faiblecar il est obligé de frapper des coups extraordinaires pour battre les deux dominateurs du circuit. Mais est-ce vraiment comme ça ? Les surfaces du Tour sont-elles vraiment les mêmes et plus lentes ? Selon le Indice de rythme sur le terrainparamètre scientifique, les surfaces ne sont plus « plus lentes » par rapport au passé, mais il est vrai qu’elles sont « uniformes ».

Que sont la RCR et l’IPC

Le RCR (Court Pace Rating) mesure l’effet de la surface sur la balle de tennis, en tenant compte du coefficient de friction et du retour vertical de la balle. Il est détecté grâce à un test utilisant un lanceur de balles et un outil appelé Sestée. CPR est utilisé pour classer les champs en 5 catégories établies par l’ITF (la Fédération Internationale de Tennis).

  • champs lents (moins de 29)
  • champs moyennement lents (entre 30 et 34)
  • champs moyens (entre 35 et 39)
  • courts moyennement rapides (entre 40 et 44)
  • champs rapides (supérieur à 45)

Le IPC (Court Pace Index), cependant, est une mesure totalement indépendante qui dérive des données collectées par Hawk-Eye (le « Hawk’s Eye ») via le système de caméra de triangulation. Il montre la vitesse réelle des courts mesurée lors de matchs réels et constitue une moyenne calculée sur sept jours d’un tournoi. Le CPI doit être collecté pendant le tournoi et pas avant. La formule utilisée pour calculer le CPI est : CPI = 100(1-μ) + 150(0,81-e), où « μ » est le coefficient de frottement et « e » représente le coefficient de restitution.

En résumé, le CPR représente une classification des surfaces réalisée par l’ITF, tandis que le CPI représente une mesure de la vitesse réelle des terrains lors des matchs. Ce sont des tests réels, réalisés pendant le tournoi, dans les conditions du jeu, et non dans un laboratoire comme le CPR. Les résultats ne sont pas très différents, mais il convient de rappeler la différence.

Les surfaces des courts de tennis deviennent-elles uniformes, comme le prétend Federer ?

Revenant à la thèse de départ, Federer soutient qu’aujourd’hui tous les joueurs du circuit « jouent de la même manière parce que les directeurs du tournoi ont permis que la vitesse du ballon et la vitesse du terrain tendent à être les mêmes chaque semaine et c’est pourquoi on peut passer de la victoire à Roland Garros à Wimbledon en passant par l’US Open et jouer toujours de la même manière ». Est-ce vraiment comme ça ?

Nous avons analysé les données officielles fournies par le portail Courtspeed en collaboration avec ATP. Très intéressant pour les besoins de notre recherche comparaison entre 2017 et 2024 de tous les parcours du Masters 1000 ainsi que celui des ATP Finals qui ont eu lieu à Londres en 2017 et à Turin en 2024. Rappelons également que Monte Carlo, Madrid et Rome se déroulent sur terre battue, Paris-Bercy et les Finales sur dur indoor, tandis que tous les autres se déroulent sur dur extérieur.

Ce qui attire immédiatement l’attention, c’est leaugmentation généralisée de la vitesse du champ: nous avons réussi d’une moyenne de 32,1 en 2017 à 36,4 en 2025. Les terrains en terre battue sont tous proches du classement moyen-lent, tandis que trois ont atteint la catégorie « moyen-rapide » (Cincinnati-Shanghai-Paris Bercy) par rapport au seul Shanghai en 2017. Le cas de Shanghai est emblématique pour expliquer comment non seulement la surface, mais aussi le type de balle et surtout les conditions atmosphériques sont déterminantes : l’édition 2025, en effet, a été caractérisée par des records de chaleur et d’humidité (souvent supérieures à 30° et 90%) qui ont considérablement abaissé l’IPC du tribunal chinois d’une valeur moyenne toujours supérieure à 40 au cours des dix dernières années à 32,8, en plus de créer de nombreux problèmes pour les joueurs, plus déterminés à « survivre » qu’à jouer un match de tennis en l’absence de règles sur la chaleur extrême.

Au sujet de la vitesse, la déclaration de Federer est donc démentie par la science. Mais en ce qui concerne l’uniformité des surfaces, le Suisse a raison. Là la différence entre la valeur minimale et la valeur maximale s’est réduite en huit ans: de 22 à 18,5 et, comme déjà noté, les terrains en terre battue, généralement plus rapides que dans un passé récent, en sont la cause. Même si les spécialistes (joueurs de gazon, joueurs de terrains durs indoor et outdoor) résistent, l’adaptation aux surfaces et le changement cyclique de l’une à l’autre sont plus faciles qu’à l’époque du 20 fois champion du Grand Chelem.