Le stress est une réponse adaptative de notre corps : face à une menace ou à une demande perçue comme excessive, le corps se met en alerte, activant une série de mécanismes physiologiques et psychologiques. Mais est-il vrai que les montres intelligentes peuvent mesurer le stress ?
Le stress peut-il être mesuré ?
Oui, mais partiellement et pas avec un seul numéro. Le stress est observé à plusieurs niveaux. Il y a la question subjective : à quel point une personne se sent sous pression et hors de contrôle. Il y a le physiologique : rythme cardiaque, respiration, tension artérielle, transpiration, température cutanée. Et il y a l’hormonal, par exemple le cortisol, qui doit cependant être interprété avec prudence, car il change au cours de la journée et dépend beaucoup du moment où on le mesure.
Parmi tous ces paramètres, l’un des plus connus est la variabilité de la fréquence cardiaque, appelée HRV. En termes simples, il mesure la variation de l’intervalle entre les battements cardiaques. En effet, le cœur ne bat pas comme un parfait métronome. En général, un VRC plus flexible est associé à une meilleure capacité d’adaptation. Mais attention : il ne faut pas la transformer en formule magique, car elle est influencée par de nombreux facteurs. C’est utile, mais cela ne suffit pas.
Comment une montre intelligente peut-elle détecter que nous sommes stressés ?
De nombreuses montres intelligentes utilisent un capteur optique au poignet – appelé photopléthysmographe ou PPG – qui détecte les changements dans le flux sanguin périphérique. A partir de là, ils estiment la fréquence cardiaque et obtiennent, avec quelques limitations, également des indices liés à la variabilité du rythme cardiaque. Certains appareils ajoutent d’autres signaux : mouvement, qualité du sommeil, température de la peau et, dans certains cas, activité électrodermique – de petits changements dans la conductance cutanée liés à la transpiration.

Cela a du sens, car lorsque le système nerveux autonome est activé, la variabilité cardiaque, le tonus vasculaire, la transpiration et la qualité de la récupération changent réellement. C’est alors que l’algorithme entre en jeu. L’appareil compare ces signaux avec votre comportement habituel, recherche des schémas compatibles avec un état de plus grande activation physiologique et, s’il les trouve, renvoie une estimation qu’il appelle stress.
D’une certaine manière, la smartwatch ne voit donc pas votre anxiété : elle voit les traces qu’elle laisse dans le corps.
La limite des montres intelligentes : l’étude de l’Université de Leiden
Notre fréquence cardiaque n’augmente pas seulement lorsque nous sommes sous pression. Cela augmente également lorsque nous sommes enthousiasmés par quelque chose de positif, lorsque nous faisons du sport, lorsque nous buvons du café. Le capteur de la smartwatch détecte une activation physiologique qui est souvent liée à de nombreux facteurs extérieurs au stress.
Un groupe de chercheurs de l’Université de Leiden a mis cette divergence à l’épreuve dans une prépublication récemment publiée. Pendant trois mois, ils ont collecté les données de près de 800 étudiants portant un Garmin Vivosmart 4, leur demandant jusqu’à quatre fois par jour comment ils se sentaient via de courts questionnaires sur leur smartphone. Le résultat ? Pour la plupart des individus, il n’y avait pratiquement aucune correspondance entre ce que l’appareil classifiait comme stress et ce que les gens disaient ressentir. « Les données des capteurs de stress ne constituent clairement pas une mesure objective de ce que nous percevons comme du stress », a déclaré Eiko Fried, l’un des auteurs de l’étude.
Pour le sommeil, en revanche, la correspondance était plus solide : les personnes qui dormaient plus d’heures avaient également tendance à mieux juger leur nuit. Mais pour le stress, l’écart entre le chiffre affiché et l’expérience réelle était systématique et difficile à expliquer par de simples erreurs de mesure.
Alors ces outils sont-ils vraiment nécessaires ?
Les montres intelligentes peuvent donc être utiles pour capturer les tendances générales de l’activation physiologique, mais leurs limites dans la mesure du stress sont réelles et documentées. Les données qu’ils produisent ne constituent pas une mesure directe de l’expérience subjective du stress et les traiter comme telles risque de conduire à des interprétations trompeuses. Les recherches dans ce domaine sont toujours en cours et une plus grande transparence sur les algorithmes utilisés par les fabricants serait une étape nécessaire pour véritablement évaluer leur précision.