On sait depuis un certain temps que THCle principal principe actif psychotrope du cannabis, peut interférer avec la capacité de mémorisation, mais une nouvelle étude publiée dans le Journal de psychopharmacologie suggère que l’effet est plus complexe qu’on ne le pensait auparavant : le THC est non seulement souvent associé à l’oubli, mais il pourrait également générer de faux souvenirs que le cerveau intégrerait comme réel.
Les effets du cannabis sur la mémoire
Quand on pense aux effets du cannabis sur mémoireon imagine avant tout la scène classique : quelqu’un qui perd le fil d’une conversationoublie ce qu’il disait ou ne se souvient pas de ce qu’il a fait la veille. Mais la mémoire n’est pas qu’une chose. Il s’agit plutôt d’archives avec différentes salles : une pour les mots, une pour les visages et les lieux, une pour se souvenir des choses à faire dans le futur, une pour garder une trace de l’ordre dans lequel les événements se sont produits. Jusqu’à récemment, les recherches se concentraient sur une ou deux de ces pièces, négligeant les autres. Une nouvelle étude publiée dans Journal de psychopharmacologiea essayé de cartographier pour la première fois ce qui arrive à toutes ces pièces lorsque vous louez THC (tétrahydrocannabinol), le principe actif psychotrope de la plante.
Qu’arrive-t-il à la mémoire sous l’influence du THC
Lorsqu’il pénètre dans le cerveau, le THC se lie à des récepteurs spécifiques appelés CB1. Ces récepteurs sont dispersés partout, mais lorsque le THC se lie aux récepteurs CB1 duhippocampeou le « centre opérationnel » de notre mémoire, crée un court-circuit à deux moments critiques de la mémoire :
- Phase de codage : Lorsque le cerveau enregistre des informations pour la première fois.
- Phase de récupération : Quand nous essayons de rappeler ce souvenir.

Les chercheurs ont recruté 120 consommateurs réguliers de cannabis d’un âge moyen d’environ 28 ans, répartis au hasard en trois groupes : placebo (0 mg de THC), dose modérée (20 mg) et dose élevée (40 mg), vaporisés via un dispositif médical certifié.
Environ sept minutes plus tard, les participants ont effectué une batterie de tests cognitifs sur presque tous les types de mémoire. Le premier résultat frappant est l’ampleur des dégâts : 15 tests sur 21 ont montré des effets significatifs. Le THC n’affecte pas seulement un système, il se propage à presque tous.
- Mémoire verbale. Les participants exposés au THC se souvenaient de moins de mots, immédiatement et après quelques minutes, et avaient plus de difficultés avec la mémoire de travail, celle que nous utilisons lorsque nous suivons une conversation complexe ou gardons un chiffre à l’esprit pendant que nous sommes sur le point de le taper.
- Mémoire visuospatiale. La capacité de mémoriser des formes, des figures et des positions dans l’espace était également compromise, tant en rappel immédiat que différé.
- Mémoire prospective. C’est la mémoire qui nous permet de nous rappeler de faire quelque chose dans le futur : prendre des médicaments, éteindre le four. Elle avait été très peu étudiée en relation avec le cannabis. L’étude a démontré pour la première fois que le THC interfère avec cette capacité : les participants intoxiqués oubliaient plus souvent d’accomplir de petites tâches programmées pendant la séance.
- Mémoire d’ordre temporel. C’est la capacité de se rappeler dans quel ordre les choses se sont produites. Les participants sous l’influence du THC ont eu davantage de difficultés à reconstruire l’ordre correct des événements vécus au cours de la séance.
- Mémoire source. Le THC réduit également la capacité de se rappeler d’où vient l’information, si nous l’avons vue, entendue, lue ou racontée à quelqu’un. Il est important non seulement de se souvenir correctement, mais aussi d’évaluer dans quelle mesure nous pouvons faire confiance à ce que nous pensons savoir.
Le THC pourrait générer de faux souvenirs
L’effet le plus robuste de l’ensemble de l’étude concerne i faux souvenirs. Les participants sous l’influence du THC se souvenaient non seulement de moins de choses réelles, mais aussi de choses qui ne s’étaient jamais produites. Dans le test utilisé, les participants écoutaient des listes de mots liés à un thème, sans que le mot central ne soit jamais prononcé. Par exemple : « oreiller », « lit », « rêve », « nuit », sans jamais dire « dormir ». Les participants exposés au THC reconnaissaient beaucoup plus souvent les mots qu’ils n’avaient jamais entendus comme entendus auparavant.
Le mécanisme est lié à l’action du THC sur l’hippocampe, la structure centrale du cerveau pour la formation et la récupération des souvenirs. Lorsque l’encodage est imprécis et que les détails sont perdus, lors de la récupération le cerveau a tendance à combler les lacunes avec des schémas déjà connus, produire une mémoire qui semble authentique mais en partie inventée.
Il est important de noter qu’aucune différence significative n’a été constatée entre ceux qui ont reçu 20 mg et ceux qui en ont reçu 40 lors des 21 tests. Cela suggère que même à des doses modérées, le THC atteint un plateau dans ses effets sur la mémoire. S’il y en a un seuil minimum en dessous duquel les effets disparaissent est une question ouverte, nécessitant des études avec des doses plus faibles.