Les centres en Albanie vont-ils redémarrer ? Que se passe-t-il après la répression européenne contre les migrants ?

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le gouvernement Meloni les considère comme un modèle pour gérer le dossier de l’immigration mais jusqu’à présent, les deux centres en Albanie n’ont jamais décollé. Plus de deux ans se sont écoulés depuis la signature du protocole avec Edi Rama et les structures ont accueilli moins de migrants que prévu initialement et ont utilisé des ressources considérables de l’État.

Ces dernières heures, le Conseil européen a approuvé un accord qui définit les critères des « pays sûrs » pour le rapatriement : un texte qui devra être négocié avec le Parlement européen pour approbation finale. Et au sein du gouvernement, certains voient dans les nouvelles décisions prises au niveau communautaire un moyen de relancer les centres Shëngjin et Gjader et de garantir leur fonctionnement.

La référence aux « hubs de retour »

Le nouveau règlement qui revoit le concept de pays tiers sûr contient une partie qui a fait réjouir le centre-droit : celle sur les soi-disant « hubs de retour ». Il s’agit de la possibilité pour les Etats membres d’établir des centres dans des pays tiers, comme l’Albanie par exemple. Au sein du gouvernement, la référence contenue dans l’accord est considérée comme suffisante pour redémarrer les deux centres après des mois de stop and go, également en raison de certaines condamnations du pouvoir judiciaire qui remettaient en question les points clés du protocole signé par Giorgia Meloni et Edi Rama.

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« Les centres d’Albanie proposent fortement d’être actifs dans toutes les fonctions pour lesquelles ils ont été conçus, donc les lieux de détention pour l’exercice des procédures accélérées aux frontières, mais surtout de postuler pour être le premier exemple de ces centres de retour qui sont mentionnés précisément par l’un de ces règlements approuvés », a expliqué le Ministre de l’Intérieur Piantedosi. Selon le ministre de la Justice Carlo Nordio, l’accord conclu au niveau européen apportera une certitude sur le fonctionnement des centres en Albanie : « Nous sommes extrêmement satisfaits et nous sommes certains que dans un délai très court cette confusion qui existait jusqu’à présent dans la jurisprudence et dans la gestion de ces flux migratoires sera définitivement constatée précisément dans le domaine réglementaire et donc il n’y aura plus de place pour des hésitations jurisprudentielles ».

Le fonctionnement des centres en Albanie

Mais qu’adviendra-t-il des structures de Shëngjin et de Gjader dans les prochains mois ? En attendant, le règlement qui révise la notion de pays tiers sûr – et qui concerne plus étroitement le « modèle albanais » – devra encore être approuvé par le Parlement européen. A noter également que l’accord trouvé au Conseil européen n’a pas fait l’unanimité : l’Espagne, la Grèce, la France et le Portugal ont voté contre le texte.

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Les « hubs de retour » envisagés par les nouvelles règles concernent des structures destinées aux migrants irréguliers – considérés comme tels déjà sur le sol du Vieux Continent – et non des personnes en attente d’une procédure accélérée aux frontières comme le souhaiterait le gouvernement Meloni. Les deux structures sur lesquelles se concentre l’exécutif devront donc respecter des limites bien précises pour fonctionner et il n’est donc pas certain qu’il y ait le redémarrage immédiat souhaité par plusieurs membres du gouvernement. Il existe ensuite des questions non résolues qui pourraient se retrouver au centre de litiges juridiques. L’une d’elles est l’obligation pour chaque pays adhérant à la Convention de Genève d’examiner les demandes d’asile. Un aspect qui pourrait entrer en conflit avec la disposition visant à « décharger » la responsabilité des procédures sur des pays tiers de transit, même lorsqu’ils sont jugés sûrs par les règles communautaires.