L’effet de la vague magyar: l’UE célèbre un silence hostile de Poutine et Trump. Melons au milieu

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Des célébrations assaisonnées de soupirs de soulagement d’un côté, de silences très lourds de l’autre et au milieu de phrases de circonstance qui goûtent beaucoup au repositionnement. En Hongrie, Orban a été largement battu par son ancien disciple Peter Magyar, conservateur et pro-européen, et les conséquences ne se limitent pas aux frontières intérieures. Loin de là. L’âme pro-européenne de Magyar a des conséquences importantes et les réactions à son élection sont le premier et immédiat test décisif. Voyons qui a dit quoi et qui, gardant le silence, fait encore plus de bruit.

Qui rit et qui se tait

Commençons par le grand perdant. Orban encaisse le coup et parle d’un « résultat clair et douloureux ». Il promet de « continuer à servir le pays depuis les rangs de l’opposition ».

Restée silencieuse ces derniers jours, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, ennemie numéro un du Premier ministre hongrois sortant, revient sur X avec quelques mots : « Ce soir, le cœur de l’Europe bat plus fort en Hongrie ». Et puis un deuxième post : « La Hongrie a choisi l’Europe. L’Europe a toujours choisi la Hongrie. Un pays revendique sa voie européenne. L’Union se renforce ».

Les élections en Hongrie ont en effet marqué un moment important pour l’avenir de l’Europe, qui ne sera plus paralysée par les veto d’Orban, responsable du blocage du dernier plan d’aide à l’Ukraine. Ce n’est pas un hasard si les réactions jubilatoires les plus vives viennent des chancelleries d’Europe du Nord, des gouvernements scandinaves et baltes, les plus exposés au risque d’une escalade avec le Kremlin. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est félicité d’une « victoire sensationnelle » qui lui permettra de bénéficier d’un soutien encore plus vital alors que les États-Unis sont distraits par la guerre contre l’Iran et que les négociations avec Moscou sont au point mort.

En Pologne, le Premier ministre Donald Tusk a célébré la victoire de Peter Magyar en prédisant le retour de bonnes relations entre les deux pays. « La Hongrie, la Pologne, l’Europe, à nouveau ensemble ! »

Paris « salue une victoire de la participation démocratique et de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne », a écrit le président Emmanuel Macron dans X, après s’être entretenu avec des Magyars. Le leader du Rassemblement National, Jordan Bardella, a lui rendu hommage, le qualifiant de « grand patriote ».

« Aujourd’hui, l’Europe et les valeurs européennes gagnent », a écrit le Premier ministre Pedro Sanchez sur X, félicitant les électeurs hongrois.

« J’ai hâte de travailler avec vous », a écrit le chancelier Friedrich Merz, ajoutant : « Unissons nos forces pour une Europe forte, sûre et surtout unie. »

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a évoqué un « moment historique, non seulement pour la Hongrie mais pour la démocratie européenne ».

Toujours pas de réaction en revanche de la Maison Blanche et du Kremlin. Tant le président américain Donald Trump que le président russe Vladimir Poutine ont perdu un allié précieux.

Giorgia Meloni au milieu

La Première ministre italienne Giorgia Meloni choisit une position de « défense ». Elle reconnaît la « victoire nette » de Peter Magyar avec qui elle se dit prête à « collaborer », tout en remerciant Victor Orban. « Mon ami », l’appelle-t-il sans hésiter et ajoute : « Il continuera à servir sa nation depuis l’opposition ».

La proximité Orban-Meloni n’est pas un mystère. Tout comme la faveur de la Ligue envers Orban ne l’est pas. Mais depuis des semaines, contrairement au leader de la Ligue, Meloni s’était retiré de la campagne électorale hongroise. Il avait fait un pas de côté, contrairement à Trump qui avait tout mis en œuvre pour Orban par l’intermédiaire de son adjoint JD Vance.

« Félicitations à Peter Magyar qui a remporté les élections en Hongrie. Dans un moment de grande incertitude, une fois de plus, le Parti populaire européen est choisi comme force rassurante et garant de la stabilité en Europe », écrit le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani sur les réseaux sociaux.

« Nous sommes dans une démocratie, nous l’avons vu aussi en Hongrie : les gens votent, on gagne et on perd », a déclaré laconiquement Salvini à Telelombardia. Puis la note du parti : « Celui qui vote a toujours raison : les électeurs hongrois ont exprimé une nette préférence et doivent être respectés. Un câlin et un grand merci à notre ami Viktor Orbán, un vrai patriote, et bon travail à ceux qui, après plus de vingt ans parmi ses plus proches collaborateurs, ont remporté aujourd’hui les élections. il a accepté le résultat, nie en fait leur propagande et leur donne, une fois de plus, une leçon de démocratie ».