Le feu vert à l’accord tarifaire avec Trump et à la répression des migrants avec des rapatriements facilités

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le Parlement européen se réunira en plénière à Strasbourg la semaine prochaine, mais deux trilogues catalyseront l’attention et provoqueront le plus grand affrontement entre les groupes de la Chambre : celui sur l’accord commercial avec les États-Unis et celui sur la directive sur le rapatriement.

Utilisation et tarifs

La première aura lieu le 19, l’Europe se trouvant sous un ultimatum de Donald Trump. Le président américain a déclaré que si « d’ici le 250ème anniversaire des Etats-Unis », le 4 juillet, l’Europe ne respectait pas l’accord, « les droits de douane monteraient immédiatement en flèche à des niveaux beaucoup plus élevés » que les 15 pour cent prévus par l’accord. L’enjeu est l’accord signé en juillet dernier à Turnberry, en Écosse, par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Depuis, une éternité semble s’être écoulée et les tensions avec Washington sont devenues de plus en plus fortes, depuis les menaces d’annexion du Groenland jusqu’au déclenchement de la guerre en Iran, qui a également eu de graves répercussions sur le Vieux Continent.

Droits de douane à 15 %, milliards d’achats de GNL et d’armes américaines : que contient l’accord entre l’UE et Trump

Clauses de sauvegarde

C’est pourquoi les députés insistent sur l’inclusion de la clause dite « sunrise », qui subordonnerait l’application de l’accord à la réduction par les Etats-Unis des droits de douane sur les produits en acier et en aluminium.

Début avril, l’administration Trump a modifié les droits de douane sur ces produits, fixant des taux compris entre 10 et 50 % de leur valeur, en fonction de la teneur en métaux. La Commission européenne a constaté que près de la moitié des exportations de l’UE contenant de l’acier et de l’aluminium risquent d’être soumises à des droits de douane américains plus élevés dans le cadre du nouveau régime.

Un autre point de discorde est la demande des députés européens d’inclure une clause de « sunset », en vertu de laquelle l’accord expirerait dans un délai de deux ans. Cependant, ce sont des clauses qui ne plaisent pas seulement aux États-Unis, ni même au PPE, qui souhaite une approbation rapide du texte.

« La protection des industries européennes reste cruciale, en particulier dans les secteurs sensibles tels que l’acier et l’aluminium. Dans le même temps, le mécanisme de suspension et les mesures associées doivent être conçus de manière proportionnée. Nous avons besoin de solutions pragmatiques qui répondent efficacement aux préoccupations de nos industries, tout en évitant un protectionnisme inutile ou des mécanismes trop rigides qui pourraient retarder l’accord », a expliqué Željana Zovko, députée européenne et porte-parole du PPE pour les relations commerciales avec les États-Unis.

Mais les autres groupes, et pas seulement ceux du centre-gauche, veulent une ligne plus dure. Le chef de la délégation du Parlement dans les négociations avec les gouvernements de l’UE, le socialiste allemand Bernd Lange, a la lourde tâche de trouver une médiation.

Rapatriements

Il sera cependant plus simple de trouver un accord sur la réglementation des rapatriements, dernier pilier du Pacte sur la migration et l’asile. Le texte est soutenu par la soi-disant majorité vénézuélienne, qui réunit le Parti populaire, les conservateurs des Frères d’Italie, les Patriotes pour l’Europe de la Ligue de Matteo Salvini et aussi l’Europe des nations souveraines de l’AfD allemande et maintenant de Roberto Vannacci.

Pourquoi il sera plus facile d’expulser les migrants en Europe : le « modèle albanais » est dépassé

Le nouveau règlement permettra d’expulser plus facilement les migrants, voire de les envoyer vers des pays tiers, même s’ils n’ont pas de lien direct avec ces pays. Cela ouvrira la voie aux gouvernements de l’UE à la possibilité d’établir des centres de rapatriement, sur le modèle mis en œuvre par la Première ministre Giorgia Meloni avec l’accord avec l’Albanie.

Voici tous les sujets discutés en plénière

Investissements étrangers, resserrement sur les secteurs stratégiques

Mardi, l’Assemblée vote définitivement la réforme du règlement européen sur le contrôle des investissements directs étrangers dans des secteurs considérés comme stratégiques : défense, semi-conducteurs, intelligence artificielle, matières premières critiques et services financiers. L’objectif est de combler les lacunes de la réglementation en vigueur depuis 2020, qui laissait aux États membres le droit d’effectuer des contrôles, sans obligation uniforme. Avec les nouvelles règles, la procédure de filtrage devient obligatoire pour tous les pays de l’UE. L’accent n’est pas seulement mis sur les investissements provenant directement de pays tiers : ceux réalisés au sein de l’UE peuvent également être surveillés, lorsque l’investisseur est finalement imputable à des personnes ou entités non européennes.

La répression de l’UE contre les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques

Acier, nouvelles mesures contre le dumping dû à la surproduction

Le Parlement débat lundi et vote mardi la mise à jour des mesures de sauvegarde visant à protéger l’industrie sidérurgique européenne de la surproduction mondiale, notamment chinoise. Les mesures actuelles expirent le 30 juin et le vote sert à les remplacer.

Le nouveau régime prévoit des quotas d’importation annuels en franchise de droits pouvant atteindre environ 18,3 millions de tonnes : au-dessus de ce seuil, un droit de 50 % s’applique. Pour combler une lacune fréquente, le « principe de fusion et de coulée » est introduit : l’origine de l’acier sera déterminée par le pays dans lequel le métal a été initialement fondu et coulé, et non par celui dans lequel il a subi une transformation mineure. L’objectif est ainsi d’empêcher les producteurs non européens de contourner les droits de douane en faisant transiter l’acier par des pays tiers avec des transformations cosmétiques.

Droits de douane doublés et quotas de libre-échange réduits : l’Europe protège son acier

Victimes d’actes criminels

Chaque année, environ 75 millions d’Européens, soit 15 % de la population, sont victimes d’un crime. Jeudi, le Parlement vote définitivement la directive actualisée sur les droits des victimes.

Les nouvelles règles mettent à jour le cadre en vigueur depuis 2012 en matière d’information, d’accompagnement et de protection des victimes. Parmi les principales innovations, la mise en place d’un numéro de téléphone européen dédié, l’amélioration de l’accès à l’assistance judiciaire et à l’indemnisation, ou encore la possibilité de signaler les délits en ligne. Les États membres devront également renforcer le soutien spécialisé aux victimes de violences sexuelles et aux enfants. La directive vise à rendre la protection plus homogène dans l’ensemble de l’UE, en comblant les différences entre les systèmes nationaux qui laissent souvent les victimes sans assistance adéquate.

Moyen-Orient

Mardi après-midi, la Chambre interroge la haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Kaja Kallas, sur la gestion des crises au Moyen-Orient. Trois dossiers sont sur la table : l’Iran, Israël et la Syrie.

Sur le front iranien, l’UE soutient la désescalade et envisage d’élargir le mandat de l’opération navale Aspides, jusqu’ici engagée en mer Rouge, pour étendre son action à la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Quant à Israël, les ministres européens se sont mis d’accord sur des sanctions contre les colons impliqués dans les violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, mais pour les députés européens, cela ne suffit pas. En Syrie, cependant, l’UE s’efforce de normaliser ses relations avec Damas et de soutenir les autorités de transition dans le processus de réforme et de reconstruction.

Ordre du mérite européen

Mardi, dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg, treize des vingt premiers lauréats de l’Ordre européen du mérite recevront la reconnaissance des mains du président Metsola. Il s’agit du premier honneur institué par une institution européenne, créé l’année dernière à l’occasion du 75e anniversaire de la Déclaration Schuman pour célébrer ceux qui ont contribué de manière significative à l’intégration européenne, à la démocratie et aux valeurs fondamentales de l’Union.

Parmi les personnes présentes, les noms les plus importants : l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel et l’ancien président polonais Lech Walesa, tous deux nommés membres distingués, le plus haut niveau de l’Ordre. Seront également présents à la cérémonie l’ancien chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, l’ancien président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, le cardinal Pietro Parolin, le secrétaire d’État du Vatican, la présidente moldave Maia Sandu et l’ancien haut représentant de l’UE Javier Solana.

Engrais

La dépendance de l’Europe à l’égard des importations d’engrais constitue depuis longtemps un point faible de la chaîne d’approvisionnement agricole, et la crise au Moyen-Orient l’a rendu encore plus évident. Mardi, la Commission présente son plan d’action sur le secteur en plénière, suivi d’un débat avec les députés.

Les chiffres expliquent l’urgence : 30 % des engrais azotés et 70 % des engrais phosphatés utilisés dans l’UE proviennent de l’étranger, alors que la production européenne dépend dans une large mesure du gaz naturel. La fermeture du détroit d’Ormuz a fait grimper les prix des deux produits, exerçant une pression sur les coûts agricoles. Le plan devrait se concentrer sur trois axes : réduire la dépendance aux importations, renforcer la production interne et encourager l’utilisation d’engrais alternatifs, comme ceux issus de déchets organiques ou de processus industriels circulaires. La Commission de l’agriculture et du développement rural s’était déjà penchée sur la question en avril, en faisant état des risques pour le secteur. Le débat de mardi ne comprend pas l’adoption d’une résolution.

Travaux de soins

Le travail de soins est encore largement effectué par les femmes : selon l’Institut européen pour l’égalité des genres, 56 % des femmes ayant des enfants de moins de 12 ans consacrent au moins cinq heures par jour à s’occuper de leurs enfants, contre 26 % des hommes. Mercredi, le Parlement débattra et jeudi votera une résolution visant à remédier à ce déséquilibre.

Le texte, élaboré par les commissions Emploi et Égalité des genres, demande aux États membres de garantir une participation équilibrée des femmes et des hommes dans toutes les formes d’assistance, formelle et informelle. Les députés devraient également exiger que les aidants informels (généralement un membre non rémunéré de la famille) soient inclus dans les systèmes de retraite et de sécurité sociale, comblant ainsi une lacune qui pénalise particulièrement les femmes âgées. Il appelle également à des campagnes visant à encourager les hommes à assumer une part équitable des responsabilités en matière de soins.

Décès au travail

Dans l’UE, en 2023, il y a eu 3 298 décès non liés et environ 2,8 millions de blessures non mortelles avec au moins quatre jours d’absence. Des chiffres qui poussent le Parlement à agir : le débat de mercredi, le vote d’une résolution de la commission de l’emploi et des affaires sociales jeudi.

Les députés demandent que le 8 août soit la Journée européenne à la mémoire des victimes d’accidents du travail. Mais la résolution s’intéresse également aux risques émergents : la Commission est invitée à évaluer les dangers pour la santé et la sécurité liés à l’intelligence artificielle et aux systèmes de gestion algorithmique, de plus en plus répandus dans la gestion des travailleurs, et les risques climatiques, tels que le stress thermique, les événements météorologiques extrêmes et la pollution de l’air. Les secteurs les plus exposés restent la construction, les transports, l’industrie manufacturière et l’agriculture.

mer Baltique

Jeudi, le Parlement votera le rapport d’initiative sur le plan pluriannuel pour la mer Baltique. Cette mer est dans un état critique : les stocks de poissons se sont effondrés à des niveaux historiquement bas et les pratiques de pêche actuelles restent non durables. Le rapport appelle à donner la priorité aux pêcheries à faible impact et à fixer le total autorisé des captures conformément à l’approche dite de précaution, qui exige de rester bien en dessous des niveaux de risque pour les écosystèmes avant que les dommages ne deviennent irréversibles.

Il s’agit également d’actualiser les méthodes de conseil scientifique, en adoptant une vision qui prend en compte l’ensemble de l’écosystème marin plutôt que les stocks individuels. En toile de fond, la fragmentation réglementaire entre les politiques de l’UE ayant un impact sur la Baltique, un problème que le rapport appelle à traiter avec plus de cohérence. Selon les partisans, des interventions bien calibrées pourraient amorcer une reprise avec des répercussions positives sur la sécurité alimentaire, la résilience climatique et la stabilité économique dans la région.