Le complexe résidentiel « horizontal » de Singapour qui défie les gratte-ciel à structure en nid d’abeille

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le Entrelacerà Singapour, représente l’une des expressions architecturales les plus intéressantes et ambitieuses du 21e siècle. Conçu par Ole Scheeren pour leBureau d’Architecture Métropolitaine (OMA), le complexe remet radicalement en question la typologie du gratte-ciel vertical isolé, en concevant plutôt la maison privée au sein de modules à plusieurs niveaux, avec une utilisation très intéressante des espaces et des formes.

L’Interlace est surtout connu pour sa forme : c’est un complexe de puits 31 blocs d’appartementsempilé selon une disposition hexagonale, un élément qui permet la création de huit cours ouvertes et une structure »rayon de mielVoyons le projet en détail.

Caractéristiques et description du projet ambitieux

Construit sur un terrain de huit hectares au cœur des Southern Ridges de Singapour, L’entrelacs peut être compté parmi les projets architecturaux et techniques les plus ambitieux de notre siècle. Cet ensemble immobilier représente en effet un véritable défi architectural et conceptuel par rapport au gratte-ciel vertical isolé : au lieu de créer une série de tours indépendantes, le complexe est composé de 31 blocs résidentiels identiques70 mètres de long et 6 étages de haut chacun.

Ces volumes sont empilés en un seul disposition hexagonale ce qui crée huit cours ouvertes et perméables. Du point de vue des défis techniques que comportait le projet, le principal était la gestion des charges et du transfert de forces : les blocs se chevauchent à des angles précis pour maximiser la stabilité structurelle et créer de grandes terrasses panoramiques.

Cette configuration en « nid d’abeilles » répartit non seulement le poids de manière non conventionnelle, mais permet également une surface habitable dense sans sacrifier l’intimité, offrant des vues toujours changeantes et une ventilation transversale naturelle qui serait impossible dans une tour traditionnelle.

L’impact socio-économique

Un projet comme celui de L’entrelacs impliquait également un grave impact socio-économiquetransformant une zone résidentielle en un exemple global de « village vertical ». Dans une ville comme Singapour, où la valeur des terrains est parmi les plus élevées au monde, ce projet a pu démontrer que densité urbaine cela ne doit pas nécessairement aboutir à une aliénation.

En créant un vaste réseau d’espaces communs – comprenant des jardins, des piscines et des places – le complexe immobilier est en mesure de stimuler l’interaction sociale entre les citoyens, brisant l’isolement typique des copropriétés de luxe. D’un point de vue économique, The Interlace (également lauréat du prix World Building of the Year en 2015) a agi comme un véritable catalyseur pour le marché immobilier de l’ensemble de la zone urbaine, élevant ainsi le niveau des futurs développements urbains. Ce projet a en effet pu démontrer qu’une innovation architecturale radicale peut être économiquement durable et très attractive pour une classe moyenne internationale recherchant un équilibre entre la vie urbaine et la qualité de l’espace privé.

Un modèle de bioclimatologie appliquée

En termes de durabilité et d’impact environnemental, The Interlace représente un véritable modèle de bioclimatologie appliquée. Grâce à des analyses solaires et éoliennes rigoureuses réalisées lors de la phase de conception, nous avons choisi d’optimiser l’orientation des blocs pour minimiser radicalement l’accumulation de chaleur pendant les heures de pointe, avec un réduction drastique de la charge énergétique nécessaire à la climatisation.

Le complexe intègre en son sein une quantité de végétation importante et variée : les jardins suspendus et les terrasses vertes couvrent une superficie égale à 112 % de la superficie du site d’originecompensant largement la consommation des terres. Ces espaces verts agissent comme filtres naturel pour l’air et réduire l’effet « îlot de chaleur » urbain. De plus, la gestion des eaux pluviales est intégrée au paysage, avec des bassins versants alimentant l’irrigation des espaces communs. L’approche n’était pas « d’ajouter » de la verdure au bâtiment, mais de concevoir le bâtiment lui-même comme un écosystème vivant inséré dans le corridor écologique de Singapour.