la ville antique sentait les plantes ligneuses, l’encens et le raisin

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Grâce à l’éruption du Vésuve en 79 après JC et aux cendres volcaniques qui ont recouvert tout et tout le monde, nous en savons beaucoup sur Pompéises habitants et leur vie quotidienne. Maintenant, nous savons même quelle devait être cette odeur dans l’ancienne ville romaine.: cinq chercheurs internationaux ont examiné pour la première fois les cendres de deux brûle-encens, obtenant l’odeur originale qui a dû se propager dans l’air lors des rituels et des célébrations.

Publié dans la revue spécialisée Antiquitésles études du groupe de recherche analysent pour la première fois ces résidus, trouvés à l’intérieur de deux récipients : le premier encensoir est techniquement un « bol d’encens », trouvé en 1954 dans l’Officina di Sabbatino, que l’étude décrit comme une résidence transformée en auberge vers le milieu du Ier siècle après JC. Au moment de l’éruption, cette reconversion d’usage était probablement incomplète et le bâtiment était encore à l’état de chantier : les offrandes de fumée et les sacrifices domestiques sur les chantiers de construction n’étaient pas rares à Pompéi.

Le deuxième encensoir est un « bol hémisphérique », trouvé en 1986 à l’intérieur d’un petit autel domestique meublé dans une ferme à Boscoreale, au nord-ouest de Pompéi. Le récipient présente trois figures féminines, entières et partielles : ce fait nous indique qu’il était utilisé dans les rites funéraires.

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La découverte et la finalité de ces conteneurs ne sont cependant pas nouvelles : qu’est ce qui a changé ? L’analyse même des échantillons qu’ils contiennent. Paradoxalement, bien que les rapports de fouilles des XVIIIe, XIXe et XXe siècles mentionnent de nombreux vestiges de ce type dans les autels et les brûleurs, aucun des échantillons n’a jamais été analysé et aucun matériau n’a survécu. Là nature des matériaux brûlés sont donc restés incertainjusqu’à aujourd’hui.

Les auteurs de l’étude, dirigés par Johannes Eber de l’Université de Zurich, ont collecté des échantillons sur le bord et au centre des premier et deuxième brûle-encens, en creusant juste sous la surface pour minimiser le risque de contamination : ces échantillons ont été analysés par microscopie et spectrométriecontribuant à la nouvelle discipline de l’archéologie sensorielle.

Voici ce qu’ils ont trouvé : Tout d’abord, il y avait leencensune poudre obtenue à partir de la sève des arbres Boswellia. Ce genre de plantes (appartenant à la famille des Burséracées) comprend une vingtaine d’espèces distribué en Afrique subsahariennedans la péninsule arabique et même en Inde. En plus d’être un indicateur important du trafic commercial de l’époque, nous avons un premier parfum, auquel d’ailleurs beaucoup d’entre nous sont habitués.

Mais cela ne s’arrête pas là. Dans le premier encensoir, des fragments calcinés de plantes ligneuses comme le chêne et le laurier (respectivement hommage à Jupiter et Apollon), utilisé comme combustible mais aussi comme offrandes : la senteur aurait donc été plus boisée et plus riche.

Les cendres du deuxième encensoir contenaient également les mêmes plantes, ainsi que quelques matériel probablement dérivé du raisinun élément qui suggère la présence possible de vinaigre ou de vin : les Romains combinaient en effet le vin avec de l’encens dans un rituel appelé préfatio. C’est pourquoi nous avons également une troisième odeur, plus âcre, qui se serait répandue dans l’air lors de ces fêtes domestiques.