Il fallait « Belve Crime » pour se réapproprier Fagnani et le sens originel du programme
Pour retrouver le « Belve » des premiers jours, il fallait « Belve Crime ». En fait, c’est avec le spin-off consacré aux entretiens avec les témoins et les coupables des grandes affaires criminelles que le programme a retrouvé son éclat et savouré la saveur des premiers jours.
Dans la version « Crime », tout fonctionne, à commencer par la logeuse. Francesca Fagnani reprend ce qu’elle fait de mieux (les questions), abandonnant tout ce côté ultra pop qui l’a aplatie ainsi que le format au fil des années, entre blagues, intercalations, smileys, etc., utiles seulement pour devenir matière pour la bulle des réseaux sociaux.
Bref, « Belve » manquait de tension, représentée avant tout par cette juste et juste séparation entre l’hôtesse et l’invité. Il est paradoxal, par exemple, qu’on ne demande pas aux véritables « bêtes » à quoi elles ressemblent. Une rupture avec la tradition qui se poursuit avec l’annulation d’autres rituels et de questions standards devenues obsolètes, surtout parce qu’elles étaient évidentes et capables de permettre à l’interviewé de préparer le spectacle chez lui.
La force des silences
Dans « Belve Crime », la différence se fait donc par le silence, qui n’ennuie pas, mais amplifie plutôt les émotions. Le public est transparent, voire absent lorsque Fagnani va enregistrer l’arrestation en prison. Et c’est une bonne chose, car cela redonne aux protagonistes une solitude, un isolement qui entretient une forte perception d’inquiétude et de perturbation.
De toute évidence, des personnages ayant des comptes ouverts auprès de la justice étaient nécessaires pour supprimer ce vernis de prévisibilité de la série. Le spectateur a à nouveau le sentiment – et l’espoir – que quelque chose pourrait mal tourner. L’interrogé est souvent rebelle, anguleux, rejetant. Une attitude qui se reflète sur Fagnani, qui renvoie alors le coup.
Le contenu redevient central
Ce qui est finalement à nouveau central, c’est le contenu potentiel que l’invité peut garantir et non l’invité lui-même qui – dans le cas du « Belve » traditionnel – est malheureusement rapidement devenu le plus populaire, le plus recherché, le plus parlé. En attendant, le nom, on verra plus tard. Une démarche légitime, qui laisse cependant dans les dernières éditions la place à des rencontres en face-à-face qui ont été enregistrées puis rejetées car jugées peu intéressantes et peu performantes.
« Belve Crime » s’est arrêté à 6% de part de marché (ce qui reste un excellent chiffre pour les moyennes de Rai 2), bien en dessous des deux chiffres atteints par le « propriétaire ». Preuve, pour certains, que ce n’est pas le bon chemin, qu’il faut revenir sur le bon chemin. Probablement, si tu veux le rester Dimanche avec de l’argent.
« Belve Crime » nous a plutôt rappelé ce que voulait (et aurait dû être) l’esprit initial du programme.