entretien avec le responsable de la surveillance terrestre de l’ESA

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Les activités spatiales ne consistent pas seulement à observer l’espace, mais aussi observer la Terre depuis l’espace. La surveillance terrestre a un large éventail d’applications allant des questions environnementales et climatiques aux questions géopolitiques et militaires. A l’occasion du Conseil ministériel 2025 de l’agence spatiale européenne nous avons eu l’occasion d’en parler avec Simonetta Chéliresponsable des programmes de surveillance terrestre de l’ESA. Une chose que peu de gens savent, c’est que l’Europe est leader dans ce secteur, principalement grâce aux satellites. Sentinelle dans le cadre du programme européen Copernic.

Pourquoi est-il important d’observer la Terre d’en haut et quelles sont les applications de la surveillance terrestre ?

Il est important d’observer la Terre d’en haut car nous devons connaître l’état de santé de notre planète et comprendre quels indicateurs nous aident le mieux à gérer l’environnement, la durabilité sur terre et l’habitabilité sur terre. Il est indispensable de disposer de données d’information, par exemple sur la qualité de l’air que nous respirons. Nous disposons de satellites qui mesurent la qualité de l’air toutes les heures, pas tous les jours. Il est essentiel d’observer la Terre aussi pour mieux comprendre l’évolution des forêts, la fonte des glaciers, la montée du niveau de la mer, mais aussi pour mieux gérer l’urbanisme et de nombreux aspects de la vie quotidienne : des prévisions météorologiques aux activités comme la pêche qui nécessitent de connaître la température de la mer.

L’Europe peut se vanter d’exploiter des satellites Sentinel, qui comptent parmi les plus avancés au monde en matière de surveillance de la Terre. Qu’observent-ils et à quelles fins sont-ils utilisés ?

Les satellites Sentinel sont la composante spatiale, gérée par l’ESA, du programme européen Copernicus développé par l’Union européenne. Le projet Sentinel dure depuis 27 ans et le premier « Sentinel » a été lancé en 2014 et était un satellite radar. Début novembre, nous avons lancé le quatrième de cette famille de satellites radar, également fabriqué par une société italienne. Ce satellite est également équipé d’un outil appelé Automated Identification Service qui lui permet d’identifier automatiquement les navires. Il est par exemple indispensable d’identifier les trafics illicites par voie maritime et devrait s’associer au radar qui surveille la pollution marine. Avec ces satellites, nous pouvons également suivre l’évolution des glaces, la déforestation, tout ce qui touche à l’affaissement des terres et nous aider à organiser des travaux scientifiques sur la prévision des tremblements de terre.

La dernière réunion ministérielle de l’ESA a confirmé que l’Europe se concentre fortement sur l’observation de la Terre, qui représente l’un des postes budgétaires les plus importants de l’agence spatiale européenne. Que pouvons-nous espérer pour l’avenir ?

La confirmation des pays membres lors de la Conférence ministérielle a été importante, non seulement en tant que soutien politique à la priorité sur des questions telles que l’environnement, le climat, la résilience et la sécurité, mais également à la priorité programmatique et financière. En effet, les investissements sont substantiels en termes de continuité des programmes existants, comme Copernicus, mais aussi en termes de développement de nouvelles missions scientifiques qui ont également valeur de soutien à la perspective commerciale des entreprises, ce qui est fondamental dans un secteur comme l’observation de la Terre. Ensuite, il y a une nouvelle initiative sur la résilience et la sécurité : nous observons en effet une augmentation des événements extrêmes liés aux catastrophes naturelles et aux catastrophes, et pour cette raison il y a un plus grand besoin en termes de données, de missions et de nombre de satellites. L’Europe et l’ESA y travailleront également dans les années à venir.