Fromages bleus, lait, crème et mozzarella : il n’y a pas un seul produit laitier européen exclu de la liste des nouvelles taxes que la Chine impose à l’un des moteurs économiques de l’Europe, dont l’Italie. Et pour la Commission, c’est une douche froide, qui risque de voir à genoux un secteur crucial pour l’économie du Vieux Continent. « Nous notons avec inquiétude l’annonce de nouveaux tarifs douaniers par la Chine. Ces mesures sont injustifiables. Nous ferons tout notre possible pour défendre nos agriculteurs », a commenté Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne.
La Chine impose des droits de douane sur les produits laitiers européens
À partir de demain, 23 décembre, la Chine imposera des droits de douane provisoires allant de 21,9 à 42,7 pour cent sur les importations d’une gamme de produits laitiers originaires de l’Union européenne. Pour justifier cette décision, Pékin a expliqué que les droits de douane ont été introduits à la suite d’une enquête antisubventions lancée en août 2024 et qui devrait durer jusqu’en février 2026. Selon le ministère chinois du Commerce, l’enquête a révélé que les produits laitiers importés de l’UE bénéficient de subventions, causant des dommages importants à l’industrie laitière chinoise et établissant un lien clair entre les subventions et les dommages subis.
Et c’est la même raison que Bruxelles a invoquée pour appliquer des taxes élevées sur les véhicules électriques produits en Chine. En regardant le calendrier, on ne peut s’empêcher de remarquer que l’enquête lancée par Pékin sur les produits laitiers européens a débuté au lendemain de la décision de la Commission sur les tarifs à imposer sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. De nombreux analystes et économistes ont interprété cette décision de Pékin comme une mesure de représailles contre Bruxelles.
C’est la dernière évolution, par ordre chronologique, sur les produits européens. La semaine dernière, la Chine a annoncé l’imposition de droits antidumping sur la viande de porc et les produits à base de porc importés de l’UE pour une période de cinq ans. Les taux, en vigueur le 17 décembre, vont de 4,9 à 19,8 pour cent, marquant une baisse par rapport aux droits provisoires appliqués à partir de septembre, qui variaient entre 15,6 et 62,4 pour cent, pendant la période pendant laquelle l’enquête était toujours en cours.
Quelles entreprises (y compris italiennes) se retrouvent dans le collimateur de la Chine
Pékin a annoncé la nouvelle série de droits de douane sur le lait, la crème, les fromages frais et fondus et les fromages bleus, dont le célèbre Roquefort français, qui touche une soixantaine d’entreprises européennes. Comme le rapporte l’agence de presse Reutersles taux varieront en fonction des entreprises impliquées dans l’enquête chinoise : l’italienne Sterilgarda Alimenti paiera le taux le plus bas, égal à 21,9 pour cent, tandis que FrieslandCampina Belgium et FrieslandCampina Nederland seront soumises au taux le plus élevé, égal à 42,7 pour cent. Arla Foods, propriétaire des marques Lurpak et Castello, devra payer des droits compris entre 28,6 et 29,7 pour cent. Les entreprises qui n’ont pas participé à l’enquête devront payer le taux maximum, soit 42,7 pour cent.
L’imposition de droits de douane pourrait profiter aux producteurs chinois, déjà aux prises avec une offre excédentaire et une baisse des prix du lait, tandis que les entreprises européennes recherchent un dialogue constructif avec le ministère chinois du Commerce. Selon Rabobank, la Chine connaît depuis trois ans une baisse des prix du lait, contrairement au reste du monde, ce qui accroît la pression sur le marché intérieur. Le pays, troisième producteur mondial de lait, avait déjà appelé les producteurs à réduire leur production et à remplacer les vaches les moins productives.