Des soldats européens sont arrivés au Groenland : quelle est l’opération "Endurance arctique" et pourquoi c’est un message pour Trump

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

L’opération militaire « Arctic Endurance » au Groenland a vu le jour, proposée par le Danemark – qui maintient la souveraineté sur l’île – et soutenue par certains pays européens, en réponse aux visées expansionnistes de Donald Trump. La mission a une dimension militaire limitée, mais un poids politique important. C’est certes un outil pour renforcer la sécurité dans l’Arctique, mais c’est avant tout un message adressé à Washington : les pays qui l’ont rejoint, tous membres de l’Otan, se montrent unis face à leur allié et plus fervent partisan de l’Alliance atlantique.

Qu’est-ce que l’opération militaire « Arctic Endurance »

La mission « Arctic Endurance », ou encore Résistance arctique, voit la participation de huit pays membres de l’Otan, qui ont envoyé quelques dizaines de soldats au Groenland, pour assurer une présence plus continue sur le territoire grâce à des forces « tournantes ». Les 15 premiers soldats français sont arrivés dans la nuit dans la capitale Nuuk, un nombre relativement faible par rapport aux 20 mille habitants qui peuplent la ville, soit plus d’un tiers de la population totale de l’île où sont stationnés environ 150 soldats américains.

Aux côtés des soldats envoyés de France, des soldats arrivent déjà d’Allemagne et de Suède, tandis que d’autres arrivent du Royaume-Uni, de Norvège, de Finlande et des Pays-Bas. Quelques militaires estoniens devraient également rejoindre ce contingent. Pas de soldats italiens en revanche. C’est une décision du gouvernement qui a été prise, partagée et réitérée également avec la Première ministre Giorgia Meloni, qui, depuis le Japon, a fait savoir que « l’Italie est convaincue que l’Arctique doit toujours être une priorité de l’UE et de l’OTAN et que l’Alliance atlantique doit saisir l’opportunité de développer une présence coordonnée dans la région, capable de prévenir les tensions et de répondre à l’ingérence d’autres acteurs ». Et pour les autres acteurs, le Premier ministre fait probablement référence à la Russie et à la Chine, mais pas aux États-Unis, qui revendiquent l’importance de mettre la main sur l’île pour garantir la sécurité nationale. Plus ironique, cependant, est la position du ministre de la Défense Crosetto, qui considère la course aux mini-contingents comme une compétition dénuée de sens : « Que font cent, deux cents ou trois cents soldats de n’importe quelle nationalité ? Cela semble être le début d’une plaisanterie. » Dans le sillage d’une prudence déjà exprimée sur le dossier ukrainien face à un éventuel scénario d’après-guerre, Rome exclut ainsi une nouvelle fois l’envoi de troupes. « Nous sommes tous membres de l’OTAN », a également rappelé le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani. Le Canada, qui n’enverra pas de troupes, assure son soutien à l’initiative et à la souveraineté du Groenland, et confirme l’ouverture provisoire d’un consulat dans la capitale.

Quels sont les objectifs de la mission militaire

L’« Arctic Endurance », qui se poursuivra jusqu’au samedi 17 janvier, n’est pas un exercice de l’OTAN, mais une initiative de certains pays qui en font partie. L’exercice devrait inclure « la surveillance des installations essentielles, l’assistance aux autorités locales, y compris la police, l’accueil des troupes alliées, le déploiement d’avions de combat au Groenland et aux alentours et la résolution des tâches navales », lit-on dans la note officielle de la Défense danoise. Inévitablement, ce sera aussi l’occasion de tester la « résistance arctique » des soldats dans le climat polaire.

Une fois la phase de reconnaissance terminée, les alliés pourraient encore envisager un saut d’échelle avec le lancement de l’opération Arctic Sentry. Une première rencontre entre le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, et les ministres de Copenhague et de Nuuk est attendue le 19 janvier à Bruxelles. Plus tard, dans un cadre stratégique en évolution rapide, les dirigeants alliés de la défense se réuniront le 12 février. Le droit européen reste le filet de sécurité contre l’agression américaine : le Groenland est couvert par la clause d’entraide des traités de l’UE. Une protection qui, souligne-t-on à Bruxelles, reste pour l’instant au second plan.

La réponse américaine

L’idée de lancer cet exercice militaire est venue après l’échec de la réunion entre les autorités groenlandaises, danoises et américaines à Washington sur l’avenir de l’île. Mais cette mission n’a aucun effet sur Trump. En fait, la douche froide de Washington sur l’exercice militaire ne s’est pas fait attendre : la présence des troupes européennes, écourtée par la Maison Blanche, n’influera pas sur les décisions de Donald Trump.

Les États-Unis continuent de menacer de prendre le contrôle de l’île, mais n’ont jamais clairement indiqué comment ils entendaient le faire, même s’ils n’excluent pas le recours à la force. Le Groenland a depuis longtemps réitéré sa volonté de ne pas être annexé aux États-Unis.