De Nicole Minetti à Beatrice Venezi : où est passée l’Italie du mérite ?
Le dernier cas sous les yeux de tous est celui de la (désormais ancienne) directrice musicale du théâtre La Fenice, Beatrice Venezi : relevée de ses fonctions avec une déclaration du surintendant de la Fondation La Fenice elle-même, Nicola Colabianchi, du poste prestigieux que la musicienne estimée par la droite aurait dû occuper d’octobre 2026 à octobre 2030. L’avant-dernier cas avait été le slogan Giuseppina Di Foggiale (désormais aussi) ancien PDG de Terna et ami de Arianna Meloni que le gouvernement a torpillé du poste de commandement de l’importante filiale qui s’occupe du transport d’électricité, trois ans seulement après sa nomination au même poste.
Un cas par jour : après Venezi vient Minetti
Avant Venise et après Foggia, nous avons été témoins de l’histoire de Giuseppe Del Déole directeur des services secrets promu adjoint du DIS en 2024 puis mis en retraite anticipée (à seulement 51 ans !) en 2025 par le même gouvernement. Et avant cela, au licenciement soudain de Roberto CingolaniPDG de Leonardo, nommé il y a trois ans par Giorgia Meloni (bien que cela ne soit pas imputable à son « tour » : Cingolani avait été nommé ministre par Mario Draghi) et, de manière assez inexplicable, n’a pas été confirmé lors de la récente série de nominations. Et encore, il y a plus d’un mois, au lendemain du référendum sur la justice, la liesse publique de trois hauts gradés de l’exécutif : Daniela Santanché, Andréa Delmastro Et Giusy Bartolozzi.
Sans oublier ce qui s’est passé ces dernières heures au ministère de la Justice, et le (probable) désordre autour de la grâce accordée par le Président de la République à Nicole Minetti, l’ancienne protégée de Silvio Berlusconi, une disposition sur laquelle commencent à se former les ombres des contrôles préliminaires ratés (ou précipités) qui auraient dû être effectués en profondeur tant par le parquet général que par le département de via Arenula, et dans les prochaines heures nous comprendrons si la faille (en supposant qu’il y ait une faille) est à imputer aux magistrats du parquet ou aux techniciens du ministère (dans ce cas, le responsable serait alors chef de cabinet Giusy Bartolozzi, ancien Forza Italia).
Bref, une séquence d’excellentes torpilles et embarras qui, placés côte à côte, soulèvent inévitablement une question : Giorgia Meloni, et la droite en général, n’ont-elles pas quelques problèmes avec sa classe dirigeante ? Comment choisissent-ils les hommes (ou les femmes) qu’ils doivent ensuite proposer aux plus hautes institutions et aux plus hauts postes du pays ?

Pour entreprendre une discussion sur la vérité, il faut se rappeler que toute force politique a toujours eu tendance à mettre en avant « les siennes », c’est-à-dire des personnes qui, d’une manière ou d’une autre, en plus du professionnalisme exigé d’elles, répondaient également à une affiliation partisane ou amicale très proche des milieux politiques. Nier le contraire reviendrait à nier l’évidence, et les exemples abondent.
La Rai comme (mauvais) modèle d’entreprise et de culture
De la Rai, expression directe des partis au point de refléter leurs différents courants, à ses filiales, en passant par les organismes collatéraux (culture, divertissement, sport, santé, justice), la politique a toujours eu la main dans la mesure de ses possibilités. Dans la première république mais aussi dans la seconde, récemment avec un peu plus de prudence du fait de l’attention accrue des juges, qui n’a cependant pas invalidé le fond.
Alors qu’est-ce qui frappe dans cette droite si maladroite en matière de nominations ? Non pas qu’ils divisent, qu’ils veulent placer « les leurs », mais qu’ils placent des gens qu’ils retirent eux-mêmes peu de temps après parce qu’ils ne sont manifestement pas à la hauteur. Signe, comme nous le disions au début, d’une classe dirigeante certes modeste mais aussi d’une manière de la sélectionner qui ne fonctionne pas. Ce qu’ils admettent eux-mêmes ne fonctionne pas. Alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Dans un pays généralement riche en compétences comme l’Italie, dans divers domaines, est-il possible qu’un parti à 30 pour cent comme les Frères d’Italie, qui a gouverné des régions importantes pendant des années, qui est dans l’orbite gouvernementale depuis trente ans, soit incapable d’exprimer une classe dirigeante qui, un an ou deux plus tard, ne doive pas être renvoyée en raison (d’elle-même) d’une incapacité avérée ?

Prenons le premier exécutif de Berlusconi (1994). Le Cav, qui était également entré en politique quelques mois plus tôt, a amené au Palazzo Chigi des personnes de la trempe de Giuliano Ferrara, Giuliano Urbani, Antonio Martino, Giulio Tremonti… Le même Cav qui a ensuite nommé des gens comme Mario Monti ou Emma Bonino comme commissaires européens. Pourquoi alors la droite est-elle moins attractive pour des compétences qui existent aussi dans la société civile ?
Tout le monde le fait : mais ce n’est pas une bonne raison
La réponse n’est pas simple, surtout si l’on ne veut pas être simpliste, mais on ne s’éloigne probablement pas trop de la vérité en réfléchissant combien a pesé la soupe de culture minoritaire dans laquelle ce droit a grandi : celle de « nous contre tout le monde », « nous durs et purs et tous les autres pour nous assiéger », la culture tolkénienne du « compagnon de l’anneau », les Champs du Hobbit, Colle Oppio, celui qui pense à préserver sa propre pureté et qui en soi est exclusive, quand elle n’est pas sectaire. Ce qui n’inclut pas, au-delà de l’éternelle course dans le train du vainqueur qui aura eu lieu cette fois aussi, comme il y en a toujours eu par le passé mais qui n’est certainement pas une « sélection de classe dirigeante ».
Une culture de ce type conduit à récompenser uniquement ceux qui ont toujours « été avec moi », uniquement ceux dont je connais la loyauté depuis longtemps, et comme il y a seulement sept ou huit ans le FdI était de trois pour cent, le nombre sur lequel puiser n’est pas trop grand. Un problème de taille que Giorgia Meloni doit résoudre au plus vite si elle veut faire le saut en qualité, et ce ne sera pas facile. Cela signifie aller au large des compétences, depuis les piliers rassurants d’Hercule de la loyauté malgré tout. Mais ne pas le faire reviendrait à se condamner à une lente involution. La dérision finale pour ce qui se voulait le « gouvernement du mérite ».
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