Comment devenir rapidement un traître
D’un homme solide ayant opéré dans des contextes internationaux délicats à un traître voire un « idiot ». La photo du général Roberto Vannacci a été immédiatement retirée de l’album de famille du centre droit. Il était le farceur de la Ligue, il est désormais le réprouvé, le paria, prêt à être loué par la gauche. Les journaux de la région lui ont déjà retiré plus d’une étoile militaire et critiquent sa force : « Soumahoro vaut le coup dans les sondages », écrit par exemple « Il Giornale ». Existe-t-il une comparaison plus peu généreuse pour l’italien général ? Qui sait si sa longue expérience au sein des forces spéciales lui sera utile pour contrer les tirs amis.
Lire des journaux
Libero, au lendemain de l’annonce de Vannaccia, l’accuse à la Une de « Haute trahison », la plus grande infamie pour un militaire. Puis, se référant à ses éventuels partisans, il parle de « Strurmtruppen ». Les premiers disciples seraient Mario Borghezio, Mario Adinolfi, Emanuele Pozzolo. Ce dernier fut aussitôt défini comme « le pistolet », en référence au célèbre cliché du réveillon du Nouvel An. Son implication est un avertissement pour l’ensemble de l’électorat.
« Le général se plaint déjà. Il parle de boue, attaque Salvini et engage le flingueur Pozzolo. » Il ne s’agit pas d’un titre du « Manifeste », mais plutôt de « Il Tempo » de Daniele Capezzone. Presque tous les journaux soulignent le cynisme du général : au diable il rendra le siège de Bruxelles (et de Strasbourg) à la Ligue du Nord.
De plus, le général est « en retard » envers le mouvement qui l’a accueilli à bras ouverts : il n’a pratiquement jamais contribué au soutien des caisses du parti, comportement qu’on pourrait attendre de la part d’élus. Par ailleurs, l’éditeur et commentateur Francesco Giulibei entend mettre fin au symbole du « Futuro Nazionale », qui n’est pas sans rappeler celui de son groupe de réflexion conservateur, « Nazione Futura ». Personne n’est disponible pour lui dérouler le tapis, bien au contraire.
Feltri se moque aussi de son dernier livre
« Il Giornale » considère Vannacci comme « confus » et, au vu des sondages et des premiers commentaires, il est déjà « hésitant ». Il est accusé d’avoir eu « la liaison » avec le communiste Marco Rizzo, le « flirt » avec Matteo Renzi (nié par Vannacci, qui annonce des plaintes pour cette indiscrétion), le « tweeting » avec Alessandro Zan du Parti démocrate, symbole de la politique LGBT ridiculisé dans le célèbre best-seller « Le monde à l’envers ». Filippo Facci, à la lumière de son départ, revient sur les « trahisons » du passé, de Gianfranco Fini à Angelino Alfano en passant par Pino Rauti.
Vittorio Feltri, dans son éditorial, critique durement: « conformiste », « il fait volte-face », « amateurisme », « il pense à sa carrière personnelle », « il avait commencé ce voyage d’écrevisse avec le deuxième livre, auquel personne n’a réussi ». Pas même un écrivain plus brillant : « un texte autoglorifiant, incohérent et irréaliste ». Et sa fuite : « manœuvre ridicule et irréaliste » (encore !).
Feltri le rétrograde également au rang de « caporal » et souhaite qu’il « se retire paisiblement au club des officiers retraités ». Il y aurait aussi, dans son éditorial, la définition d' »idiot », « mais je ne dis pas ça pour insulter. Je le dis pour plus de clarté ».
Paragone lui donne un conseil : « Tu vas t’écraser »
« La Verità » possède également un témoignage exceptionnel contre son geste malheureux. « Cher général, j’y suis allé : 90 % du temps, ça plante ». C’est ce que prévient Gianluigi Paragone, ancien leader de « Italexit », un mouvement dont l’élément fondateur était la sortie de l’Italie de l’UE et de l’euro. Après cet échec, il quitte la politique active et retourne au journalisme.
« Pour tous les sondages – c’est le récit de l’ancien présentateur de « La Gabbia » – nous y étions, entre 2 et 4,5%. Moi aussi, j’ai commencé à me demander si ces chiffres étaient vrais ou non ». Italexit en 2022 a parcouru un long chemin avant d’entrer au Parlement. Alors, est-il foutu ? « Presque certainement oui », précise Paragone, ancien député cinq étoiles, qui identifie la difficulté de construire un parti de toutes pièces, ou plutôt de trouver les bons compagnons de voyage : « il se retrouvera avec l’immaturité (et parfois la bêtise) de ceux qui se croient appartenir à la classe dirigeante et qui tentent au contraire d’entrer au Parlement sur les épaules du général ». Ceux qui suivent Vannacci ne le feraient que pour une ambition personnelle qui ne trouve pas sa place dans les partis traditionnels de centre-droit.
De nombreux commentateurs de la région s’attendent désormais à une cour velue de la part de la gauche. Pour l’instant, cela ne s’est pas produit : personne dans le camp adverse n’utilise le général pour le retourner contre la majorité gouvernementale. Le problème est entièrement interne au centre-droit. Et le portrait le plus méprisant de ces heures, sur le leader du « Futuro Nazionale », vient de Luigi Manconi dans Repubblica : Vannacci « est Alberto Sordi, le masque le plus significatif du caractère national. Qui, avant même d’être une personnalité, est un tempérament, une attitude physico-morale, une empreinte anthropologique. Peut-être une vocation. La surdité est cette oscillation entre vantardise et paresse, entre esquive et opportunisme, entre Tengofamiglia et Leinonsachisonoio”. Rien de plus.