Si on demandait à dix personnes différentes de toute l’Italie comment elles disent « chewing-gum», chacun répondrait sûrement différemment : fesses, fesses américaines, fesses anglaises, chewing-gum, gomme, gomme… Les manières dont nous appelons le chewing-gum ils en disent long sur nos origines géographiques, les zones d’influence culturelle et la façon dont les variétés régionales suivent leur propre logique.
Il faut d’abord contextualiser un minimum : le chewing-gum est né en 1871 par l’industriel américain Thomas Adams qui a inventé les Chiclets, des bonbons malléables et initialement insipides. Le nom vient de chicléterme espagnol désignant le caoutchouc extrait de l’hévéa sapotille (Chiclé Manilkara). Les chiclets étaient donc des gommes destinées à être tirées et étirées tout en étant mâchées (« mâcher un chewing-gum »).
Cet aliment fantastique est arrivé en Italie à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les alliés l’ayant donné à la population pour soulager la faim, entrant officiellement dans l’italien standard avec le terme plus « neutre » de chewing-gum et le restant toujours dans des contextes commerciaux et formels. Cependant, dans discours quotidien des différentes régions et provinces, différentes formes liées à la parler local.
L’une des variantes les plus répandues qui a traversé les frontières régionales est « bout». Ce terme est surtout utilisé dans le Centre-Nord, mais pas seulement. En Toscane et dans certaines régions d’Émilie-Romagne, la cicca est souvent préférée seule, sans adjectifs, alors qu’ailleurs elle peut être spécifiée comme Crosse américaine ou crosse anglaise pour le distinguer des autres types de chewing-gum.
C’est précisément en Toscane que l’on trouve une forme particulièrement intéressante et caractéristique : le « cilingumma», «cirigomme » ou « ciringomma». Ces variantes, probablement nées d’adaptations populaires du chewing-gum et influencées par le discours local, sont documentées depuis des décennies et montrent comment les locuteurs toscans ont réinterprété l’emprunt anglais avec des sons plus proches du système phonétique italien. La structure de cilingumma ou cirigomme, évident à partir de l’épenthèse (l’addition de voyelles) et de l’assimilation des sons, est paradigmatique d’un phénomène typique des variétés régionales où le prêt linguistique il s’adapte à la phonétique native.
Cependant, dans de nombreuses régions du sud de l’Italie, le chewing-gum peut être appelé simplement caoutchouteux ou gommeparfois accompagné d’un diminutif affectueux (gommetta ou caoutchouc) comme pour souligner sa forme de poche et son usage récréatif. Cependant, dans les variétés ligures ou piémontaises, tir (à ne pas confondre avec le « shot-tini » alcoolisé à boire ou les crostini gastronomiques typiques de la Vénétie) ou encore ciccone dans des contextes familiaux, alors que dans certaines régions du centre et du sud de l’Italie, le terme prévaut cichino ou tir Anglais.
Selon l’Accademia della Crusca, ce phénomène est un exemple de la façon dont les mots étrangers s’intègrent dans les variétés linguistiques locales, étant ensuite modélisés selon habitudes phonétiques Et lexical des intervenants, et combien d’entre eux sont consolidés dans le discours avant même les vocabulaires officiels.
Toutes ces différences sont des indicateurs de identité linguistique et sociolinguistique qui se reflètent également dans la façon dont nous appelons un objet aussi quotidien que le chewing-gum. Les dialectes, les variantes italiennes régionales et le substrat linguistique historique présent sur la péninsule sont autant d’éléments qui influencent conjointement les locuteurs vivants et façonnent l’origine géographique et les habitudes linguistiques acquises depuis l’enfance.
Enfin, juste pour donner un aperçu général des nombreuses variétés qui existent et qui se chevauchent souvent les unes avec les autres, pour demander du chewing-gum d’une manière particulière dont on peut parler rentre à Vérone, J’ai dit à Gênes, mâcher à Arezzo ou mastication à Messine, cycles à Turin ou, pour garder les choses larges, appelez-le gencive ou cigarette al Centre-Sud et dans Sardaigne, gi(n)caoutchouc dans Calabreou « pincer des bonbons » dans Campanie Et Basilicate.
Bref, « bonne chance » pour comprendre de quoi nous parlons au cas où on vous demanderait du chewing-gum en Italie.