cela pourrait rendre le niveau de la mer plus élevé que prévu

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

La dilatation thermique de profondeurs océaniques (au-dessus de 2 000 mètres) pourrait contribuer davantage à l’élévation mondiale du niveau de la mer qu’on ne le pensait auparavant (0,4 mm/an). C’est ce qui ressort d’une étude récemment publiée sur L’avenir de la Terrequi analyse le comportement des océans à des profondeurs que les bouées océanographiques ne peuvent atteindre. Cette étude pourrait résoudre un mystère de longue date 2016année à partir de laquelle les scientifiques ne parviennent pas à expliquer l’équilibre global du niveau de la mer à partir de causes connues (principalement dues au réchauffement climatique).

Qu’est-ce que l’équilibre du niveau de la mer et pourquoi les profondeurs des océans n’ont pas été comprises

Depuis que les satellites ont commencé à mesurer le niveau de la mer avec une précision millimétrique, les scientifiques ont établi que le équilibre du niveau de la mer, c’est-à-dire le genre de rapport dans lequel on additionne toutes les causes connues de l’augmentation (principalement la fonte des glaces et la dilatation thermique des océans due au réchauffement climatique, étant donné que les océans absorbent une bonne partie de l’excès d’énergie thermique dû aux gaz à effet de serre) et on vérifie que le total correspond à ce que mesurent réellement les satellites.

Mais depuis 2016, les données dont disposent les scientifiques n’expliquent pas complètement l’augmentation enregistrée : il manquait quelque chose. Utilisant un retraitement des données océaniques qui n’inclut pas l’assimilation directe des données altimétriques satellitaires, la nouvelle étude estime que la contribution des océans profonds à l’élévation du niveau de la mer sur la période 2005-2022 était d’environ 0,4 millimètres par ansoit environ 10 % de l’augmentation totale observée au cours de la même période. Si elle est confirmée, cette découverte pourrait rétablir l’équilibre du niveau de la mer.

Mais pourquoi les océans profonds n’ont-ils pas été pris en compte ? La réponse réside dans le fonctionnement de la surveillance des océans, dont le principal instrument est le filet Argonun système d’env. 4 000 bouées robotisées dispersés dans les différents océans. Ceux-ci plongent de manière autonome jusqu’à 2 000 mètres de profondeur, collectent des données sur la température et la salinité de l’eau, remontent à la surface et transmettent les informations par satellite. Grâce à ce réseau nous connaissons précisément le comportement thermique de la partie supérieure des océans, mais en dessous de 2000 mètres de profondeur, nous n’avons pas de mesures directes. Même si l’on parle d’environ la moitié du volume total des océans, seulement 10 % des profils historiques de température et de salinité s’étendent au-delà de cette profondeur.

Jusqu’à présent, on avait estimé que la contribution du réchauffement des océans profonds était négligeable, mais la nouvelle étude montre que – bien que secondaire – ce facteur doit également être pris en considération, notamment pour prévisions à long terme sur la montée des océans.

Parce que les profondeurs des océans se réchauffent

Le réchauffement des profondeurs océaniques est une conséquence directe du changement climatique, mais il se produit à des moments différents et de manière différente par rapport aux couches superficielles. La chaleur piégée dans l’atmosphère par les gaz à effet de serre pénètre dans la surface de l’océan et est ensuite transportée vers les profondeurs via des courants thermohalins – de grandes circulations mondiales dans les profondeurs océaniques, comme celle de l’Atlantique connue sous le nom d’AMOC. C’est un processus lent mais inexorable : la chaleur s’accumule dans les profondeurs, l’eau se dilate et le niveau de la mer monte.

Le fait que cette contribution augmente si rapidement est le signe que le réchauffement atteint des couches de plus en plus profondes, avec un décalage dans le temps par rapport au réchauffement de la surface.

Cette découverte implique que les projections futures pourraient avoir sous-estimé la question des grandes profondeurs marines. C’est pourquoi le réseau est créé Argo profondqui vise à atteindre 6 000 mètres de profondeur, permettant ainsi d’élargir notre compréhension de la dynamique profonde qui contribue à l’élévation du niveau de la mer.