Aujourd’hui, quand les grossesses sont affichées
Ventres plats, ventres sculptés par de durs entraînements commencent à dépasser, d’abord à peine perceptibles, puis progressivement de plus en plus convexes. « Pancino », « ventre », « gros ventre » : les augmentatifs se succèdent ainsi au cours du récit, qui dure au moins six/sept mois, termes idéaux pour désigner la partie d’un tout qui, à mesure qu’il s’agrandit, commence aussi à occuper une place de plus en plus centrale dans le récit. Dans la sphère privée bien sûr, mais aussi dans la sphère publique, où la grossesse devient un potentiel « contenu » informationnel à diffuser à volonté, dans l’espace réel d’un lieu physique comme dans celui virtuel d’une plateforme.
C’est comme ça. Mais si tu veux. Car, malgré les temps d’hégémonie sociale, qu’il s’agisse de VIP, de personnages qui se définissent comme populaires en raison d’un spectacle proposé, ou qu’il s’agisse de gens normaux sans art ou faisant partie du showbiz scintillant, il peut aussi arriver qu’une grossesse reste confidentielle pendant toute sa durée et qu’on passe directement à l’annonce de la naissance d’un enfant sans la chronique d’une gestation en épisodes.
Incroyable, mais vrai, cela arrive encore.
Le dernier cas de surprise mondiale en ce sens est celui de Lady Gaga, qui est devenue mère pour la première fois alors que le monde ignorait qu’elle était enceinte. Ce n’est pas elle qui l’a dit, mais la presse américaine qui l’a surprise en train de tenir un bébé près de sa poitrine à côté de son partenaire Michael Polansky. Le nom, le sexe et la date de naissance restent encore un mystère : elle ne parle pas. Laissons les autres parler, peu importe.
À part Anne Hathaway qui, à la première du film The End Of Oak Street, s’est présentée avec un haut très court et un jean taille basse au cas où l’état avancé de sa grossesse ne serait pas évident, la véritable protagoniste de la scène. Photographes prêts à filmer, spectateurs prêts à regarder, tout le monde est là, attentif à scruter la circonférence et le nombril aussi pour démasquer – a fortiori – l’éventuelle mise en scène d’une prothèse à la place du ventre.
Aujourd’hui le ventre fait partie de la tenue
En regardant autour de soi, il est aujourd’hui plus courant de croiser beaucoup d’Anne Hathaways que beaucoup de Lady Gagas. Du premier test de grossesse jusqu’à la salle d’accouchement, les grossesses sont annoncées, montrées, suivies avec des adeptes enthousiastes à l’idée de faire partie d’une vie familiale exposée, plutôt que de découvrir par hasard un nœud rose ou bleu accroché à l’entrée d’une maison.
Cependant, en regardant quelques décennies en arrière, c’est Grace Kelly qui me vient à l’esprit. La princesse de Monaco qui, un jour de 1956, il y a exactement 70 ans, a caché sa première grossesse aux flashs des photographes en se couvrant le ventre avec le sac Hermès qui porte depuis son nom. Un excès de rigueur si l’on y pense maintenant, avec le recul d’un présent qui est le résultat d’une série d’étapes drastiques, d’époque et aussi culturelles.
Depuis des décennies, en effet, la grossesse est une affaire intime, à cacher autant que possible dans son évolution physique. Ce n’est pas un hasard si les garde-robes des femmes enceintes étaient remplies de vêtements de style « empire », des vêtements spécialement conçus pour camoufler les corps ronds qui, au fil du temps, surtout dans les années 70, commenceraient à se montrer fièrement, voire avec charme. C’est alors que la grossesse cesse d’être déguisée en manifestation du destin/devoir auquel toute femme avait droit ; c’est alors que l’attente commence à être qualifiée de « douce » comme le résultat d’un choix conscient : de la future maman d’abord et de tous.
Le ventre nu : d’exception à (presque) règle
Nous sommes en 2026 et heureusement – et heureusement – personne n’a plus rien à cacher, encore moins la grâce d’une grossesse qui affecte la vie pendant neuf mois, y compris la manière de s’habiller ou de se déshabiller qui exprime le choix de l’exposer plus ou moins ouvertement.
La première à le faire de la manière la plus sensationnelle possible fut Demi Moore en 1991, qui entra dans l’histoire en posant nue avec son baby bump sur la couverture de Vanity Fair. Puis les limites du papier ont cédé la place à l’infinité de l’espace virtuel et le sentiment est que la grossesse fait désormais partie d’une exposition récompensée comme une sorte de performance esthétique. Qu’on le veuille ou non, cela reste un élément de narration. Nous sommes passés d’un excès à l’autre, bref de l’occultation totale à l’ostentation superlative. Mais avec les voies médianes sporadiques et providentielles que celles-ci, comme Lady Gaga, décident de suivre pour séparer clairement la vraie vie du spectacle donné par une scène.
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