UN escargot sans coquille, de couleur rose fluo et mesurant 20 centimètres de long. On dirait un Pokémon ou une créature tout droit sortie d’un film de science-fiction, mais c’est une rencontre qu’on pourrait faire en se promenant sous la pluie dans les bois australiens. Est appelé Triboniophorus aff. graeffé et c’est une espèce endémique, c’est-à-dire qu’elle vit dans un seul endroit du monde : le Mont KaputarDans le Nouvelle-Galles du Sud en Australie. Outre sa couleur et sa taille record, ce mollusque possède une autre particularité : il fait partie d’une communauté d’espèces uniques isolées à 1 500 mètres d’altitude, au sommet d’un volcan éteint près de la ville de Narrabri.
Pourquoi est-il rose ? Apparence, habitudes et habitat unique
Cet escargot sans coquille peut atteindre environ 15-20 centimètres de long. Son habitat se trouve dans les zones les plus élevées du parc national du mont Kaputar, au-dessus de 1000 mètres d’altitudeoù les températures et l’humidité relativement basses favorisent la présence de mollusques terrestres. Selon une étude publiée en 2015 dans la revue scientifique Recherche sur les mollusquesdes enquêtes menées dans le parc entre 2007 et 2014 ont identifié 24 espèces indigènes d’escargots terrestresappartenant à sept familles. Neuf de ces espèces ont abouti endémique et deux autres étaient présents sous forme de populations isolées. C’est comme si la montagne était devenue une petite île écologique, où certaines espèces restaient séparées de celles vivant dans d’autres zones.
Mais pourquoi cet escargot est-il rose ? Pour l’instant, il n’existe aucune explication scientifique confirmée à cette coloration : l’hypothèse selon laquelle elle pourrait l’aider à se camoufler parmi les feuilles mortes a été proposée, mais non prouvée. Aussi parce qu’ils passent la plupart de leur temps en hauteur, à la cime des arbres, donc plutôt loin du sol. Leur coloration reste donc encore aujourd’hui un mystère.
Une espèce vulnérable au changement climatique
Le fait que sa distribution soit extrêmement limitée le rend vulnérables aux changements environnementaux. Les chercheurs soulignent en effet qu’un dénivelé de 100 mètres de la gamme d’altitude avec des conditions climatiques appropriées pourrait réduire de plus de 50 % la superficie disponible pour la communauté de mollusques du mont Kaputar. Si l’environnement devenait progressivement plus chaud et plus secEn effet, ces animaux auraient peu d’espace pour se déplacer et trouver des conditions favorables à leur survie. À ce risque s’ajoute celui des incendies : une étude publiée en 2023 sur Conservation biologique analysé le effets dévastateurs des feux de brousse australiens de 2019-2020 sur les escargots terrestresconstatant que les incendies d’intensité moyenne et élevée étaient associés à une diminution significative de leur abondance.
Cette dernière étude ne concerne pas exclusivement l’escargot rose du mont Kaputar, mais montre comment les incendies peuvent affecter des animaux peu mobiles et liés à des microhabitats spécifiques. Protéger cet environnement, c’est donc protéger non seulement ce mollusque, mais la survie de toute une communauté d’invertébrés.
Sources
Murphy, MJ et Shea, M. (2015). Enquête sur la faune des escargots terrestres (Gastropoda : Pulmonata) du parc national du mont Kaputar, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, y compris une description de l’inscription de la première communauté d’escargots terrestres légalement reconnue en voie de disparition en Australie. Recherche sur les mollusques, 35(1), 51-64. Orsi Decker, Junn Kitt Foon, Frank Köhler, Adnan Moussalli, Nicholas P. Murphy, Peter T. Green, La gravité des incendies est un facteur important du déclin des escargots terrestres après les feux de brousse noirs de l’été en Australie, Biological Conservation, Volume 279, 2023, 109906, ISSN 0006-3207 Australian Geographic