« Je me suis réveillé » comme conséquence de l’activisme performatif (et quels en sont les effets)
« Le Woke n’existe pas en Italie ! », tel est le refrain qui s’est élevé sur les réseaux sociaux après que Giuseppe Conte, en tant que leader d’une force politique progressiste, s’en soit publiquement distancé. Mais qu’entend-on par « culture éveillée » ? Beaucoup ne semblent pas l’avoir compris. Il y a ceux qui abusent de cette expression pour discréditer toute lutte progressiste pour les droits civiques, comme les conservateurs radicaux, et ceux qui nient totalement l’existence du problème.
Le terme « réveillé »
Pourtant, le terme « réveillé » a du sens, car il identifie l’approche idéologique et dogmatique croissante que de nombreuses personnes adoptent à l’égard des batailles progressistes. Si l’on voulait traduire l’attitude « éveillée » en quelque chose de plus compréhensible dans la langue italienne, je crois que l’expression la plus correcte à utiliser est « hypermoraliste », un néologisme également reconnu par Treccani en 2018, qui est attribué à une personne « qui a tendance à juger avec un scrupule moral excessif, qui s’appuie de manière intransigeante sur la moralité ».
Une sous-culture numérique
Mais pourquoi parle-t-on de « culture éveillée » ? La raison en est qu’il ne s’agit pas d’une attitude qui naît individuellement, mais plutôt d’un contexte bien défini et étroitement lié aux réseaux sociaux. En fait, ce n’est pas un hasard si ce type d’attitude a explosé ces dernières années, notamment chez les jeunes, et s’est enraciné bien plus en ligne que dans la vraie politique. En fait, le « woke » peut être défini comme une sous-culture numérique qui (du moins pour le moment) est restée principalement confinée au domaine de l’activisme numérique et, en particulier, à celui de ce qu’on appelle « l’activisme performatif ». Cette expression fait référence à une approche de la bataille pour les droits sociaux qui a pour objectif premier celui d’apporter des avantages à sa personne : visibilité, consensus et capital relationnel ou économique. En fait, pour beaucoup aujourd’hui, le militantisme est un véritable travail à temps plein, et consiste essentiellement à devenir créateur de contenu.
Activisme performatif
Le problème de l’activisme performatif réside précisément dans le conflit d’intérêts généré entre la bataille sociale, qui a une pertinence collective, et les objectifs professionnels, qui risquent de devenir des priorités même par rapport aux valeurs mêmes que l’on veut représenter. Mais quel est exactement le lien entre la culture éveillée et l’activisme performatif ? Personne ne semble vraiment avoir saisi ce point, pourtant le mécanisme est assez intuitif. Ceux qui sont des militants professionnels devront publier avec une certaine fréquence des réflexions et des actualités concernant leur domaine d’activisme. Cependant, n’ayant souvent pas de formation académique, et devant garantir une certaine cohérence dans la publication, la crainte de ces créateurs de contenu est celle de devenir redondants et banals avec le temps, également par rapport à ce que leurs collègues écrivent. Pour se démarquer, lutter contre l’addiction rapide générée par les contenus sociaux et attirer l’attention, l’activiste performatif sera donc incité à pousser ses positions jusqu’à l’extrême et à utiliser des slogans de plus en plus agressifs et provocateurs, fortement récompensés par les algorithmes. On passe donc d’une approche progressiste modérée à une approche de plus en plus radicale, mais cela ne suffit pas à structurer une polarisation idéologique.
Sans contradiction
L’élément supplémentaire nécessaire est représenté par la validation du groupe et la constitution d’une communauté fermée : un espace où le contradictoire est effectivement absent et où certaines hypothèses spéculatives deviennent des dogmes indiscutables, sous peine d’exclusion de la communauté elle-même. Ces groupes font alors également preuve d’une forte hostilité à l’égard de quiconque exprime des opinions différentes, mettant en œuvre des comportements coordonnés d’agression numérique, qui se matérialisent par des tempêtes de merde et du pilori médiatique. Une dérive qui n’a plus rien à voir avec les revendications progressistes dont elle est issue. En effet, l’activisme performatif et la culture hypermorale qui en découle risquent de devenir le principal obstacle aux combats progressistes : avec leurs extrêmes, ils finissent par ridiculiser les causes pour lesquelles ils disent se battre et s’exposent aux attaques de leurs détracteurs. Parce que toute polarisation idéologique tend inévitablement à alimenter des extrémismes égaux et opposés.