Quelle est la différence entre les coccinelles rouges, les coccinelles jaunes et les arlequins asiatiques

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Vous trouvez une coccinelle sur le rebord de la fenêtre et vous pensez immédiatement « chanceux ». Mais si cette coccinelle est jaune et noire, ou orange avec beaucoup de points, vous ne regardez probablement pas la coccinelle classique. Coccinella septempunctata (la coccinelle commune à 7 pointes), mais une autre espèce. Et dans un cas sur deux c’est le Coccinelle arlequin asiatique (Harmonia axyridis) : une espèce envahissante – dont la couleur varie entre le jaune, l’orange et le noir – qui menace les coccinelles indigènes en Europe, peut libérer un liquide odorant et toxique selon un processus appelé saignement réflexe (saignement réflexe). Les trois principales différences entre les coccinelles rouges et jaunes concernent apparence, nutrition et rôle écologique.

Caractéristiques et différences d’apparence

À l’œil nu, la différence la plus immédiate est la taille. Là coccinelle rouge (Coccinella septempunctata) mesurer entre 6 et 7 millimètresa une forme de dôme très arrondie et un nombre fixe de points noirs: sept, d’où le nom scientifique (septempunctata = « sept points »). Contrairement à la croyance populaire, les points ils n’indiquent pas l’âge de la coccinelle mais le nombre de taches est déterminé génétiquement et représente une caractéristique de l’espèce.

coccinelle commune

Le coccinelles jaunescependant, constituent un groupe plus diversifié. Là Psyllobora vigintiduopunctata il est petit (3-5 mm), jaune citron, avec exactement 22 points noirs (viginti-duo = vingt-deux).

Ce dernier ne doit pas être confondu avec le coccinelle arlequin (Harmonia axyridis) qui a cependant une couleur extrêmement variable et peut être jaune, orange, rouge ou presque noiravec un nombre de points allant de 0 à 19.

Harmonia_axyridis01

Il est plus grand (5-8 mm) et possède une caractéristique « M » noir sur le pronotum (la partie derrière la tête), qui est le signe distinctif le plus fiable pour la reconnaître.

M sur tête de coccinelle arlequin

Ce qu’ils mangent : l’un est prédateur, l’autre mycophage et l’autre omnivore

Dans l’alimentation, nous trouvons une différence radicale qui témoigne de deux stratégies évolutives opposées. Là coccinelle rouge c’en est un prédateur carnivore. Dès le stade larvaire, il dévore d’énormes quantités de pucerons (petits insectes phytophages appelés « poux des plantes »), cochenilles et acariens.

Psyllobora vigintiduopunctata

coccinelle jaune 22 points (Psyllobora vigintiduopunctata), en revanche, ne mange pas d’insectes mais est mycophagec’est-à-dire qu’il se nourrit champignons. Concrètement, il nettoie les feuilles des spores mal blanc (oïdium), une maladie fongique qui s’attaque aux vignes, aux rosiers et aux citrouilles.

coccinelle arlequincependant, est omnivore et opportuniste. Elle se nourrit de pucerons comme son cousin européen, mais en l’absence de proies, elle s’attaque aux œufs et aux larves d’autres coccinelles, y compris indigènes. C’est précisément cette caractéristique qui en fait un problème sérieux pour les écosystèmes.

D’où vient la coccinelle asiatique « arlequin » ?

Harmonia axyridis est originaire deAsie de l’Est (Chine, Japon, Corée, Sibérie). Bien que les toutes premières tentatives d’introduction en Occident remontent au début des années 1900, il est largement utilisé en Amérique du Nord et en Europe depuis les années 1980 et 1990 comme agent de lutte biologique contre les pucerons dans les serres.

gamme coccinelle arlequin

Le problème ? Elle a échappé à tout contrôle. Sa voracité, sa capacité de reproduction et sa résistance en ont fait l’un des espèce envahissante la plus agressive d’Europe. Selon les données publiées le Invasions biologiques en 2016, dans certaines régions de Belgique, l’aire de répartition (la zone où elles vivent, pour ainsi dire) des coccinelles indigènes a réduit jusqu’à 57% depuis l’arrivée de l’arlequin. De même, selon une étude publiée en 2020 sur Insectes, en Suisse, ils se sont répandus au point de représenter jusqu’à 80% des espèces de coccinelles collecté dans un certain habitat, devenant rapidement le espèce prédominante.

Il y a ensuite une nuisance bien réelle pour ceux qui vivent à la campagne. En automne, des coccinelles arlequines se forment grands agrégats à la recherche d’un abri chaud pour l’hiver et se retrouvent souvent à l’intérieur des maisons, se glissant entre les fenêtres et les fissures des murs.

Plus de détails Un groupe hivernant d'Harmonia axyridis

La coccinelle jaune et noire est-elle venimeuse ?

Toxique pour ceux qui en mangent, oui. Dangereux pour l’homme, non (ou presque). Les coccinelles aux couleurs vives exploitent un mécanisme évolutif appelé aposématisme. La couleur vive est un signal de danger pour les prédateurs. Si un oiseau ou un lézard les attaque, les coccinelles activent une défense chimique appelée « saignement réflexe«  (saignement réflexe ou auto-hémorragie) et des articulations des jambes, ils libèrent des gouttes de hémolymphe (l’équivalent du sang des insectes) de couleur jaune orangé, d’odeur désagréable et riche en alcaloïdes toxiques. Plus précisément, comme le rapporte l’étude de Röhrich publiée dans Lettres de biologie de la Royal Society, chez la coccinelle arlequin cette molécule défensive est appelée harmoniser (harmoniser), un alcaloïde antimicrobien à large spectre si puissant qu’il a même montré une activité contre la bactérie de la tuberculose et contre Plasmodium falciparumle parasite du paludisme.

Ce comportement contribue au succès invasif de l’espèce puisque les prédateurs apprennent rapidement à l’éviter.

Pour les humains, l’hémolymphe ce n’est ni mortel ni dangereuxmais il peut tacher les tissus de manière persistante et, dans les milieux fermés où hivernent de grandes colonies d’arlequins, il peut déclencher de rares réactions allergiques respiratoires chez les individus prédisposés. Comme le documente une revue publiée sur Procédures en matière d’allergie et d’asthmel’allergie à la coccinelle arlequin a été signalée pour la première fois en 1998 et peut se manifester par une rhinoconjonctivite, de l’asthme, de l’urticaire et un œdème de Quincke, les allergènes spécifiques étant identifiés dans l’hémolymphe de l’insecte. De plus, contrairement aux espèces locales paisibles, la coccinelle asiatique peut occasionnellement mordre si elle est dérangée, une morsure légère et inoffensive, mais ennuyeuse.

Sources

Roy et coll. (2016), Invasions biologiques Base de données mondiale de l’UICN sur les espèces envahissantes Insubria Olona Défense chimique médiée par les symbiontes chez H. axyridis (PMC) National Geographic University of California Kenis, M., Nacambo, S., Van Vlaenderen, J., Zindel, R. et Eschen, R. (2020). Une surveillance à long terme en Suisse révèle qu’Adalia bipunctata décline fortement en réponse à l’invasion d’Harmonia axyridis. Insectes, Röhrich, CR, Ngwa, CJ et al. (2012). L’harmonine, un composé de défense de la coccinelle arlequin, inhibe la croissance mycobactérienne et démontre une activité antipaludique à plusieurs étapes. Lettres de biologie Goetz DW (2008). Invasion et allergie aux coccinelles Harmonia axyridis. Procédures d’allergie et d’asthme,