En Italie, quand on a envie de se plaindre, de dire qu’on s’ennuie, de montrer sa déception ou de s’en prendre à quelqu’un, « quelle galère » c’est sans doute l’une des expressions que nous utilisons le plus. Dans le langage courant, « des boules » est un métonyme pour je les testicules, c’est une manière elliptique et immédiate d’exprimer ennui, frustration, contrariété. Comme le dit Cafébabel, il s’agit d’un « langage grossier épuré », peu élégant mais désormais d’usage courant, utilisé même par ceux qui ont l’habitude d’éviter les expressions vulgaires.
Le corps est une carte émotionnelle: dire « Mes couilles tournent » est une transposition physique de la nervosité. Cette dynamique est également présente dans d’autres langues (français « j’en ai plein les couilles« , Anglais « des couilles pour ça« , Espagnol « garder les cojones« ) et c’est ce qui rend l’utilisation d’expressions sexualisées si universelle. Des expressions comme: « C’est nul! » « Il m’a cassé les couilles » « Mes couilles tournent », ils tombent tous dans ce que les linguistes appellent « métaphore corporelle »un mécanisme par lequel des humeurs ou des émotions sont projetées sur le corps. Le corps devient un champ sémantique : le la colère est de la chaleurle la tristesse est une lourdeuret les « boules » deviennent le lieu symbolique de pression émotionnelle et psychologique.
Beaucoup de ces expressions ont connu une accélération de leur usage au début du XXe siècle. dans le jargon militaire des deux guerres mondialesoù des soldats exaspérés parlaient de « douleur au cul » comme d’une exaspération physique et mentale causée par les tranchées et la répétitivité du conflit.
Une chose intéressante est aussi d’observer comment le mot « boules » a pris, selon le contexte, sens opposés:
- Positif: « celui avec des boules », « mettre des boules dedans », « avoir des boules carrées » ; ce sont des expressions qui indiquent la force, le courage, la détermination.
- Points négatifs: « quelle galère ! », ainsi que les expressions que nous avons mentionnées précédemment, indiquent cependant l’ennui, la contrariété, la fatigue.
C’est un cas de polarisation sémantique: un mot qui, comme un aimant, attire à la fois des significations positives et négatives. Ceci est courant dans les langues en évolution, où les termes s’enrichissent nuances contextuelles.