Le sens et les origines des applaudissements, le geste d’applaudir

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Applaudir est un geste universel qui raconte l’histoire de l’humanité : de l’appel instinctif des primates au caractère sacré des rites antiques, du théâtre de Dionysos à la politique romaine, jusqu’aux stades et aux réseaux sociaux d’aujourd’hui. De la rituel sacré de laantiquité des scènes de théâtre modernes aux stades et places contemporains, les applaudissements racontent comment les êtres humains ont appris à traduire l’émotion collective en sonà organiser le consensus et, parfois, à le manipuler. Sa forme et sa signification se sont transformées au fil du temps, suivant la logique de bonbonsdu religion et de contrôle social. Mais l’homme a transformé ce geste en un acte symbolique: déjà dans Livre des Psaumes (Bible, 11e siècle avant JC) nous lisons « Tous, applaudissez ! Acclamez Dieu avec des cris de joie ». Les applaudissements humains deviennent alors acclamation sacréeune manière de célébrer la présence divine et d’évacuer les excès émotionnels à travers le corps.

Quand les applaudissements sont nés dans la Grèce antique et à Rome : du théâtre à la politique

Dans l’ancien Grècele geste acquiert une fonction publique et codifiée. Dans le théâtre de Dionysosjusqu’à 14 000 spectateurs ont exprimé leur enthousiasme et leur émotion en applaudissant et en criant. C’est dans ce contexte que les applaudissements deviennent un pratique consciente de l’approbation artistique.

À RomeCependant, le geste politise. Les empereurs, comme les acteurs, avaient besoin consensus de la fouleet les applaudissements sont devenus la mesure visible. Déjà dans 1er siècle avant JC, Guide il observa que « les sentiments du peuple romain se montrent mieux au théâtre ». Le les gens communiquaient avec le son: le rythme, le volume et la durée du battement décrivaient mieux l’humeur de la plèbe qu’un sondage politique moderne. Empereur Auguste il venait réguler les applaudissements par des signaux précis, pour éviter le chaos, et Néronamateur de théâtralité, a payé des milliers de applaudissements des professionnels, sans anneaux pour ne pas dénaturer le son, pour marquer rythmiquement trois types d’applaudissements : les « briques », les « tuiles » et les « abeilles », chacune avec une signification et un symbole différent. Le geste semble donc prendre une dimension performativenon plus seulement une expression d’émotion, mais outil de participation.

Marcel Mauss Et André Leroi-Gourhan ils ont en effet souligné comment les gestes corporels deviennent progressivement « techniques du corps »c’est-à-dire des actions apprises et transmises culturellement. Taper dans ses mains, d’un signal émotionnel, se transforme ainsi en un acte codifié, chargé de significations sociales.

La naissance des applaudissements « payants »

LE’applaudissementssymbole de consensus, devint bientôt aussi un marchandises. Déjà Plutarque dit que le dramaturge Philémon de Syracuse il a enrôlé des spectateurs rémunérés pour applaudir à des moments stratégiques, surpassant ainsi son rival Ménandre. Dans le Rome impériale les applaudissements atteignent leur splendeur maximale alors que langage du pouvoir. Suétone et Cassius Dio disent que les empereurs appréciaient propre consentement du rugissement de la foule : plus le bruit était fort, plus l’autorité apparaissait forte. Ainsi le geste, né spontanément, s’est transformé en un instrument politique, un chorégraphie du consensus conçu pour représenter l’unité du peuple autour du souverain.

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Cette tradition survit pendant des siècles : en Cinq centsle poète français Jean Dourat a remis la pratique à la mode en achetant des billets à offrir à ceux qui ont promis des applaudissementsDans le 19ème siècle puis les vrais sont nés agences claqueurs professionnelsnotamment à Paris et Milan.

Le Théâtre de la Scala Dans le 1919 il avait même un liste de prix officielle: 25 lires pour les hommes et 15 pour les femmes. Bref, les applaudissements n’étaient plus seulement un signe d’approbation, mais un stratégie de marché et d’image publique.

Du sacré médiéval à la théâtralité moderne

Avec la diffusion du christianisme, les applaudissements connurent une transformation radicale. Les expressions corporelles d’approbation ont été progressivement remplacées par acclamations verbales ou gestes de révérencecar applaudir était considéré comme un comportement trop « terrestre ». Seulement à partir de Renaissanceavec le renaissance des arts du spectacle et la dimension publique du théâtre, les applaudissements réapparaissent comme pratique sociale.

Dans époque modernele geste est à nouveau codifié : nei théâtres bourgeois du XIXe siècle il devient un signe de distinction et de civilisation. Applaudir poliment, au moment et de la manière appropriés, devient un forme d’éducation esthétique et morale. C’est à cette période que les applaudissements prennent le sens qu’on leur attribue aujourd’hui : reconnaître publiquement la valeur d’une action ou d’un individu.

Sources

Müller V. (2022). « Synchronie neuronale et dynamique des réseaux dans l’interaction sociale »

Aldrete GS (1999). « Gestes et acclamations dans la Rome antique »

Mauss M. (1925). « Essai sur le don : Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques »

Steggle M. (2013). « Notes pour une analyse des premiers applaudissements modernes »