27 ans de solitude détruits : il perd sa cabane et sa liberté, la région se mobilise pour « River Dave »

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Dans une Amérique des grands espaces, certains cherchent la solitude… d’autres y trouvent carrément leur bonheur. Mais quand la cabane d’un original baptisé « River Dave », fruit de 27 ans de vie isolée, part en fumée du jour au lendemain, c’est tout un coin du New Hampshire qui retient son souffle et monte au créneau. Bienvenue dans l’histoire d’un homme à la liberté farouche, d’une cabane réduite en cendres, et d’une communauté qui n’a pas dit son dernier mot.

River Dave : 27 ans d’aventure, la cabane et l’homme

David Lidstone, surnommé « River Dave », a passé 27 ans loin des foules, à la lisière de la société, dans une cabane de bois à deux étages, cachée dans 73 acres de forêt à Canterbury, New Hampshire. Son refuge, accessible uniquement par bateau via le fleuve Merrimack, n’était pas qu’un simple abri : c’était un univers qu’il avait bâti de ses propres mains. « J’ai fait toute la plomberie. J’ai tout fait. Il n’y a pas un clou dans cette maison que je n’aie pas planté moi-même », affirmait-il fièrement à la chaîne locale Wmur en 2018, amusé par la « fainéantise des nouvelles générations qui ne lèvent plus le petit doigt ».

Sous ses airs de bric-à-brac, chaque objet avait sa place : potager faisant pousser concombres, panneaux solaires, eau de source récupérée au ruisseau, poules, chat, et jusqu’à un vieux magnétoscope. Lui, il recyclait, bricolait, coupait son bois, cultivait sa nourriture, quand il ne taillait pas la bavette avec les kayakistes de passage ou les plaisanciers, parfois bien heureux de partager victuailles ou bons mots.

Incendie, incarcération : tout s’effondre

Mais le conte a viré au drame. Accusé de squatter illégalement cette propriété depuis 1994, David Lidstone, 81 ans et vétéran de l’US Air Force, a été incarcéré le 15 juillet. Une épreuve que son amie Jodie Gedeon vit comme un véritable crève-cœur : « Tout ce que possède un homme, vous le prenez » dira River Dave lors de son procès. Le verdict est tombé sans surprise : le juge a ordonné son départ, refusant le statut de simple cabane de chasse.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, sa maison s’est ensuite embrasée le 4 août, sans explication officielle des autorités pour l’heure. De quoi bouleverser la petite communauté locale. « Il va être dévasté. C’était sa maison, la seule qu’il ait connue » s’est émue Jodie Gedeon dans le journal Union Leader, persuadée que l’incendie est d’origine criminelle et exigeant, sur Facebook, la punition des responsables « pour leur inhumanité et leur cruauté » – tout en rappelant le danger d’un feu de forêt.

La bataille juridique et citoyenne pour la liberté

Le sujet n’est pas simple. La famille Giles possède le terrain depuis 1963 et, si elle n’en fait rien, Leonard Giles (86 ans) cherche sans relâche depuis 2015 l’expulsion de David, désireux de démolir la maison. L’alerte initiale était lancée par un administrateur soucieux des taxes foncières non payées et des questions d’assainissement : évacuation des déchets, fosse septique, zonage… autant de tracas bien urbains pour ce villégiaturiste de la nature.

Faute d’avocat, River Dave a tenté en vain d’alléger sa responsabilité devant le juge Andrew Schulman : « La balle est dans votre camp », l’a mis en garde ce dernier, précisant que la loi est claire en faveur du propriétaire. Pourtant, même le juge a incité l’avocate Lisa Snow Wade à chercher avec la ville de Canterbury une solution pour permettre à Lidstone de rester, non sans relever qu’« il n’est pas difficile pour la société de construire une fosse septique ».

Mobilisation populaire : pas question de baisser les bras

Depuis son incarcération, le soutien local ne faiblit pas. Il faut dire que David Lidstone n’est pas un ermite coupé du monde. Il reçoit le courrier, bénéficie de la sécurité sociale, possède un smartphone, et ses quatre enfants lui rendaient visite. Son frère Vincent, 77 ans, supplie : « Il a 81 ans. Laissez-le tranquille ».

  • Trois campagnes de dons ont été lancées pour l’aider à se reloger, totalisant déjà plus de 2 000 dollars.
  • Jodie Gedeon multiplie les initiatives : mobilisation des riverains, démarches pour envisager location ou vente du terrain à Dave. Mais la ville souhaite une route d’accès et des installations sanitaires réglementaires.

Avant le désastre, River Dave avait pour habitude d’observer la vue, bière à la main sur sa terrasse. Aujourd’hui, la question demeure : voudra-t-il seulement revenir sur un terrain où tout a disparu ? Ce qui est sûr, c’est que le New Hampshire n’a pas fini de s’activer pour offrir à son « ermite » préféré une jolie revanche sur le destin.