au Giro d’Italia 1956 avec une chambre à air entre les dents et des os cassés

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Dans l’histoire du sport, il y a des exploits qui vont au-delà des victoires, au-delà des trophées et des classements. Ce sont eux qui restent gravés dans la mémoire collective car ils parlent plus de la volonté et du courage humain que du nombre d’une race. L’une d’elles est sans aucun doute la société de Fiorenzo Magni au Giro d’Italia 1956, lorsque le cycliste toscan né à Prato courait avec un clavicule et un Homère fracturé, inventant une manière incroyable de terminer la course.

Magni, oui trois fois vainqueur de la « Corsa Rosa » (1948, 1951 et 1955), il apparaît au départ du Giro d’Italia 1956 comme l’un des grands favoris, derrière le duo emblématique Coppi-Bartali. Il avait 35 ans, beaucoup d’expérience et toujours l’envie de se battre avec les plus jeunes. Mais après quelques étapes, notamment dans la douzième étape Grosseto-Livourne, une chute dans la descente du Volterra tout remis en question : clavicule fracturée et une douleur atroce. Pour tout autre pilote, cela aurait été la fin de la course, mais pas pour Magni.

Il a quand même décidé de continuer, avec une astuce restée dans la légende : il a fait ficeler son mécano Faliero Masiune chambre à air sur le guidon et la mettre dans sa bouche. En le serrant avec les dents, il a pu réduire la pression sur son épaule fracturée et contrôler le vélo. Une solution à la fois brillante et désespérée, qui semble aujourd’hui presque impossible à imaginer. Comme si cela ne suffisait pas, quelques jours plus tard, au stade de Modène-RapalloMagni tomba à nouveau. Cette fois, il s’est également fracturé l’humérus. Un coup dur qui aurait convaincu n’importe qui d’arrêter définitivement. Pas lui : en effet, on raconte que alors qu’il se trouvait sur une civière à l’intérieur de l’ambulance, il a ordonné qu’on le fasse sortir pour remonter en selle et chasser le groupe. Une scène qui relève plus du mythe que du sport.

Le « troisième homme » qui a défié deux légendes : l’histoire de Fiorenzo Magni

Fiorenzo Magni – d’abord cycliste, puis entrepreneur et directeur sportif – est né à Vaiano, dans la province de Prato, en 1920. À l’âge de 4 ans, Magni risquait de ne plus pouvoir faire du vélo à cause d’un bouton au pied qui l’a bientôt amené à se faire opérer à Florence. Des années plus tard, Fiorenzo découvrira que c’était son pied opéré qui appuyait sur les pédales. plus vite que l’autre. Magni gagne et beaucoup tout au long de sa carrière cycliste, où le numéro trois apparaîtra souvent. En fait, de 1940 à 1956 (année de sa retraite), Magni a remporté 3 Tours d’Italie (1948, 1951, 1955), 3 titres tricolores, 3 Tours du Piémont Et 3 Trophées Baracchi mais il a également remporté d’autres courses comme la Tour de Romagne et le Tour de Toscanecollectant au total 81 victoires. Entre autres choses, avec la victoire dans la « Corsa Rosa » de 1955, Magni a établi un record qui tient encore aujourd’hui, à savoir celui de gagnant le plus âgé du Giro d’Italia à l’âge de 35 ans.

Magni n’était pas seulement un homme de grandes tournées. En 1949, 1950 et 1951, il remporte consécutivement le Tour des Flandresun record qu’aujourd’hui encore aucun cycliste italien n’a réussi à battre. Cet exploit lui a valu le surnom « Lion de Flandre » précisément en raison de sa ténacité et de sa capacité à trouver des forces lorsque les autres coureurs étaient épuisés. Enfant, mince et grand, on l’appelait aussi affectueusement « Cipressino ».

Le cyclisme italien de ces années-là était monopolisé par deux icônes légendaires : Fausto Coppi Et Gino Bartali. Malgré cela, Magni a quand même réussi à se tailler une place à lui, loin des projecteurs et surtout capable d’interrompre la domination des deux géants. C’est précisément pour cette raison qu’il a été défini comme le « troisième homme ».

Une clavicule fracturée, une chambre à air et beaucoup de ténacité : le chef-d’œuvre de Magni au Giro d’Italia 1956

La dernière édition du Giro d’Italia à laquelle Magni a participé en 1956 est devenue l’une des histoires les plus incroyables de tout le cyclisme. Ce sera également sa dernière saison en tant que cycliste, comme il l’a lui-même déclaré au début de cette année-là. Lors de la douzième étape de la tournée de cette édition, notamment l’étape de Grosseto-Livourne du 29 mai, descendant de VolterraMagni tombe et se cogne l’épaule gauche sur l’asphalte, se relève et termine l’étape mais finalement il est transporté à l’hôpital où les médecins lui diagnostiquent fracture de la clavicule. Bien que les médecins lui disent que son bras doit être plâtré, Magni souhaite continuer le Giro.

Pour protéger son épaule, il recouvre le guidon de mousse et part en direction du chronomètre suivant. Malgré la douleur, il enchaîne étape après étape. Voici venir Course de côte Bologne-San Luca et ici Magni est incapable de faire levier sur le guidon, ce qui est nécessaire pour appuyer sur les pédales. Son mécanicien, Faliero Masiprend une chambre à air, l’attache au guidon et Magni la serre avec ses dents. De cette façon, il parvient à terminer même la montée la plus difficile du contre-la-montre.

Le lendemain, sur scène Modène-RapalloMagni retombe. Cette fois, ça se fracture aussi l’humérus. La douleur est si forte qu’il s’évanouit. Il est dans l’ambulance qui se dirige vers l’hôpital lorsqu’il reprend connaissance : il ordonne au conducteur de s’arrêter, descend et remonte sur son vélo à la poursuite du groupe. L’arrêt de Mérano al Mont Bondone c’est l’un des plus difficiles non seulement pour Magni mais pour tous les cyclistes sur un itinéraire entre tempête de neige, froid intense, routes glissantes. De nombreux favoris abandonnent, mais Magni n’abandonne pas. Il atteint le sommet, conquérant le deuxième place au classement généralposte qu’il occupera jusqu’à arriver à Milan.

Même si le Giro 1956 a vu triompher le Luxembourgeois Charly Gaul, l’exploit de Magni est resté à jamais gravé dans les annales du sport, un exemple immortel de détermination et de courage.