Macron sacrifie le breton pour Séjourné et vise désormais un rôle clé à la Commission

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le nouveau candidat français à un poste à la Commission est le ministre des Affaires étrangères et des Affaires européennes, Stéphane Séjourné. Quelques heures après la démission surprise du chef de l’Industrie et du Marché intérieur, Thierry Breton, qui l’a laissé dans une polémique avec la présidente Ursula von der Leyen, l’accusant d’avoir comploté dans son dos pour faire remplacer son nom, Emmanuel Macron a quoi il semble que la solution la plus efficace ait été jetée du chapeau.

Le président français a proposé le nom d’un homme doté d’une forte expérience institutionnelle, connu et respecté au Parlement européen, une démarche qui pourrait faciliter l’objectif de Paris d’obtenir un portefeuille plus important, probablement lié à la compétitivité et à la souveraineté industrielle.

Porte-clés

« Depuis la présidence française du Conseil de l’UE en 2022 et son deuxième discours à la Sorbonne en avril 2024, le président de la République a toujours défendu l’obtention par la France d’un portefeuille clé de commissaire européen, axé sur les questions de souveraineté industrielle et technologique et La compétitivité européenne. Cela a été le fil conducteur de tous les contacts que nous avons eus avec le président de la Commission », a déclaré l’Elysée dans une note expliquant que le choix de Macron a été fait en accord avec le Premier ministre.

Séjourné « a été président du groupe Renew au Parlement européen lors de la législature précédente et remplit tous les critères requis », affirme l’Elysée selon laquelle « son engagement pour l’Europe lui permettra de soutenir pleinement cet agenda de souveraineté ».

La démission au vitriol de Breton

Breton, l’un des membres les plus en vue de la Commission européenne au cours des cinq dernières années, a démissionné après avoir claqué la porte et publié une lettre au vitriol contre von der Leyen. L’homme politique français est surtout connu pour ses rivalités publiques avec le milliardaire technologique Elon Musk, pour avoir joué un rôle clé dans l’élaboration de la réglementation européenne sur les grandes technologies et pour avoir soutenu les efforts visant à stimuler les industries de défense.

Toujours des problèmes pour von der Leyen, Breton démissionne de son poste de commissaire : « Gouvernance discutable »

Dans sa lettre de démission, Breton a déclaré que von der Leyen avait « il y a quelques jours » demandé à la France de retirer son nom de candidat à la Commission « pour des raisons personnelles », en échange d’un « portefeuille vraisemblablement plus influent ». « À la lumière de ces derniers développements – une preuve supplémentaire d’une gouvernance douteuse – je dois conclure que je ne peux plus exercer mes fonctions au sein du Collège », écrit Breton dans la lettre.

Au-delà des accusations spécifiques de Breton, il semble que von der Leyen ait utilisé la tactique consistant à offrir un meilleur poste en échange d’une candidate modifiée avec les petits pays membres de l’UE, dans le but d’augmenter la part des femmes dans l’exécutif communautaire. Dans son cas, le désaccord était politique et personnel plutôt qu’une question de genre.

La présentation de la nouvelle équipe

Une rencontre est prévue demain entre von der Leyen et les dirigeants des groupes politiques du Parlement européen réunis en plénière à Strasbourg. La présidente de la Commission aurait dû présenter sa nouvelle équipe, en listant les noms et les tâches qu’elle compte confier à chacun. Le dernier rebondissement met désormais en péril cette présentation, même si la rapidité avec laquelle Paris a remplacé son candidat et le CV de l’élu devraient en faire un nom hermétique.

Von der Leyen pourrait donc simplement remplacer demain le nom de Breton par celui de Séjourné et conserver son projet intact, même si le changement aurait pu convaincre le président d’accorder à la France quelque chose de plus que ce qu’elle avait l’intention d’accorder. Macron veut un portefeuille clé axé sur la souveraineté industrielle et la compétitivité européenne et il a désormais de meilleures chances de l’obtenir.

Parmi les premières à se réjouir de cette nomination figurait Valérie Hayer, celle qui a remplacé Séjourné à la tête du groupe libéral au Parlement européen lorsque ce dernier a été promu au gouvernement de Paris. « Du Parlement européen au Quai d’Orsay (le siège du ministère français des Affaires étrangères, ndlr), Stéphane Séjourné a mis ses convictions et ses talents de négociateur au service des Européens. Il a toute ma confiance en tant que futur commissaire ensemble. avec tous nos autres candidats de Renew Europe », a-t-il assuré.