Weber : "Le Parlement européen suspend l’accord tarifaire avec les États-Unis". Von der Leyen : "L’Europe doit accélérer vers l’indépendance"

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Il y a ceux qui écartent le spectre du bazooka économique de 93 milliards d’euros contre les États-Unis et ceux qui revendiquent plutôt son utilisation. La date du 6 février est entourée en rouge sur le calendrier, date à laquelle les contre-droits gelés entreraient automatiquement en vigueur au lendemain de l’accord commercial conclu entre Ursula Von der Leyen et Donald Trump le 27 juillet en Écosse.

Weber : « Le Parlement européen suspendra l’accord avec les États-Unis »

De nombreuses voix s’élèvent en faveur de l’adoption d’une contre-mesure européenne, au premier rang desquelles celle du président français Emmanuel Macron et du leader du groupe PPE Manfred Weber. A en juger par les tarifs douaniers que Trump veut imposer à partir du 1er février aux huit pays qui ont envoyé des contingents militaires au Groenland, Weber lance un coup dur : « La Chambre européenne suspendra l’accord sur les tarifs douaniers avec les Etats-Unis », c’est-à-dire l’accord conclu dans le club de golf écossais de Trump l’été dernier. Réitérant que la suspension de la ratification de l’accord commercial UE-États-Unis « est un outil lourd, car même avec cet outil, Trump n’obtiendra pas ce qu’il veut », Weber souligne que « tous les outils » sont sur la table, y compris le bazooka commercial.

Le bazooka économique contre Trump : ce que risquent les entreprises européennes (et italiennes)

L’UE tente par tous les moyens de faire baisser les tensions et entend exploiter le cadre du sommet de Davos pour pousser le président américain à reculer.

La vision de Von der Leyen : « Les chocs géopolitiques sont une opportunité pour l’UE »

C’est précisément depuis la ville suisse que l’on voit à quel point les affrontements et les divisions entre les deux rives de l’Atlantique sont de plus en plus évidents. Les chocs géopolitiques tels que les tarifs douaniers, les guerres et, à terme, les tensions avec les États-Unis à propos du Groenland doivent être « une opportunité » ou, pour reprendre les mots d’Ursula von der Leyen, une opportunité de « construire une nouvelle Europe indépendante ».

Le président de la Commission européenne s’exprime depuis Davos, où se déroule le Forum économique mondial, qui réunit depuis 55 ans les dirigeants les plus éminents du moment. Et de là, il envoie un message à Washington : l’UE donnera une réponse « ferme » mais « proportionnée » aux mesures que les États-Unis devraient adopter contre les États membres de l’UE après le différend sur le Groenland, qui appartient au Danemark. Pour le président de la Commission, cela ne fait aucun doute : la souveraineté et l’intégrité des territoires danois et groenlandais « ne sont pas négociables », mais Bruxelles se dit prête à travailler « aux côtés du Groenland et du Danemark pour évaluer comment nous pouvons soutenir davantage l’économie et les infrastructures locales ». L’Europe fait pression pour augmenter massivement ses investissements sur l’île arctique. Bruxelles a alloué une enveloppe d’environ 225 millions d’euros au Groenland sur la période 2021-2027, dans le cadre du cadre financier pluriannuel, destinée au développement durable, à l’éducation et à la croissance verte. Mais l’intention du Palazzo Berlaymont est de doubler les fonds pour le prochain cycle budgétaire 2028-2034, en les portant à plus de 530 millions d’euros pour soutenir le développement, les énergies renouvelables, les infrastructures et les matières premières critiques.

Et, répondant aux craintes exprimées par Trump ces dernières heures, von der Leyen a déclaré que l’UE « collaborera avec les États-Unis et tous les partenaires pour une sécurité plus large dans l’Arctique ». Bien qu’il n’en ait pas parlé, von der Leyen a évoqué l’accord entre les États-Unis et le Danemark, datant de 1951, qui permet à Washington de déployer autant de troupes qu’il le juge nécessaire sur l’île arctique. Actuellement, la présence américaine se limite à environ 200 soldats, mais dans le passé, le contingent atteignait 10 000 unités.

« Erreur tarifaire supplémentaire, les accords entre alliés doivent être respectés »

Von der Leyen revient sur le sujet des devoirs. Les tarifs douaniers supplémentaires annoncés aujourd’hui par le président américain contre la France « sont une erreur, surtout parmi les alliés de longue date ». C’est ce que souligne le leader de l’exécutif européen en commentant l’escalade de Washington, qui a menacé de taxer jusqu’à 200% les vins et champagnes français en représailles au conflit sur le Groenland. Et il a lancé un avertissement. « L’Union européenne et les Etats-Unis ont conclu un accord commercial en juillet dernier : en politique comme en affaires, un accord est un accord. Et quand des amis se serrent la main, cela doit signifier quelque chose. »