Une cargaison romaine découverte au fond du lac de Neuchâtel en Suisse après 2000 ans

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

La cargaison d’une épave a été découverte sur les fonds marins du Lac de Neuchâtelen Suisse. Dans le cadre du programme de conservation Épaves vulnérables du lac de Neuchâtel – a commencé en 2018 – le collaborateur externe Fabien Droz identifié une anomalie au fond du lac via un drone. Dans les jours suivants, en novembre 2024, l’archéologue Fabien Langenegger et le président de la Fondation Octopus (association à but non lucratif qui vise à sauvegarder le patrimoine marin) Julien Pfyffer effectué la première plongée de vérification confirmant la présence d’un vaste accumulation de céramiques anciennesprobablement relatif à la cargaison d’une ancienne épave, révélée plus tard comme étant de époque romaine.

UN échantillon de bois a été soumis à des fréquentations à carbone-14: Les résultats placent l’épave entre 50 avant JC et 50 après JC UN fibule trouvé sur place, un type particulier de épingle militaireapparu sous le règne de Tibère (14-37 après JC), et le datation dendrochronologique (procédure par laquelle, à travers la comparaison de cernes de croissance d’un tronc, il est possible de dater le bois avec une certaine précision) d’une planche de bois trouvée sous les céramiques ont fourni une datation assez précise, après 17 après JC

Image

Les fouilles de l’épave ont eu lieu à deux campagnes. Le premier, dans mars 2025impliquait un espace de travail de 60 mètres sur 24 mètres à un profondeur de 8 mètresdivisé en carrés de 4 mètres chacun. 42 places périphériques ont été fouillées, récupérant environ 150 objets appartenant à la cargaison de l’ancien navire. La deuxième campagne, en mars 2026 et d’une durée de près d’un mois, elle a complété les 19 places restantes dans la zone centrale, portant le total à plus de 1 000 objets récupérés.

Image

La charge comprend des centaines de céramiques intactes (assiettes, bols, tasses, plateaux), probablement de production locale, provenant du plateau suisse ; fragments d’amphores pour l’huile ou le vin; un panier en osier contenant six céramiques de fabrication différente, interprétées comme des poteries de l’équipage du bateau ; objets de cuisine en métal comme un chaudron et un creuset ; éléments de harnais équincomme les morsures, les barres, les épingles ; quatre roues de chariot en bois et métal, daté de la même époque que le chargement ; objets de équipement légionnaire: une boucle de ceinture, une dolabra (hache-pioche, utilisée par les légionnaires pour divers travaux), une fibule et deux glaïe completdont une encore dans son fourreau d’origine en bois et métal.

Image

Aucune trace de la coque n’a été trouvée à proximité. Les archéologues n’excluent pas que le navire ait réussi à atteindre le rivage ou qu’il ait coulé ailleurs. L’hypothèse dominante est que la cargaison était destinée à XIIIe Légion Gemina, stationnée à Vindonissa à partir de 16 après JC (aujourd’hui Ventischdans le canton d’Argovie, au centre-nord de la Suisse) chargé de garder la frontière du Rhin. La marchandise serait partie du port de Yverdondans le canton de Vaud (L’antica Éburodunum), à l’extrémité sud du lac de Neuchâtel, en direction du nord à travers les lacs et canaux, et couler à l’embouchure du canal de Thielle, peut-être en raison d’un coup de vent soudain.

Image

Le site du naufrage était resté longtemps protégé par des couches de sédiments lacustresérodé par la suite lors des deux interventions de régulation des eaux, aux XIXe et XXe siècles. C’est pour cette raison qu’il a été décidé de procéder rapidement au redressement. Durant l’année entre les deux campagnes, un système de caméras sous-marines développé par la Fondation Octopus a surveillé le site en permanence pour empêcher tout pillage. Les trouvailles, actuellement en construction traitement conservateur dans de l’eau déminéralisée à environ 5-6°Csera exposé à Laténiumle musée et parc archéologique de Neuchâtel. La Fondation Octopus prévoit également de publier un livre et un documentaire en 2027.