La grève d’aujourd’hui, le 12 décembre, est la dernière d’une longue série de grèves nationales qui ont eu lieu cette année, mais qui sont en réalité en diminution par rapport aux années précédentes. L’Italie continue de grèvemais il ne sait plus vraiment mesurer Combien. C’est le paradoxe qui accompagne toute tentative de décrire le conflit du pays : alors que la Commission de garantie de grève enregistre 1 242 proclamations entre le 1er janvier et le 12 décembre 2025 seulement, l’infrastructure statistique nationale qui devait les englober s’est arrêtée il y a plus de quinze ans: la série historique de l’ISTAT, la plus longue et la plus détaillée jamais réalisée sur le sujet, a été interrompue en 2009. C’est un lourd vide, car tout ce que nous savons aujourd’hui provient d’une source unique, importante mais partielle. Et le peu que nous observons nous dit une chose qui est claire : il y a de moins en moins de grèves en Italie.
Au cours de la décennie 2014-2024, le nombre de proclamations a diminué régulièrement, après le pic de 2017 ; et 2025, avec ses 1 242 proclamations enregistrées jusqu’à présent, s’inscrit parfaitement dans cette trajectoire.
Qui enregistre les grèves aujourd’hui : pourquoi la Commission de garantie ne suffit pas
La Commission de garantie des grèves n’enregistre que les grèves dans les services publics essentiels. Il s’agit d’activités qui garantissent des droits constitutionnels fondamentaux – vie, santé, sécurité, mobilité, éducation, communication, assistance – et pour cette raison leur périmètre ne coïncide pas avec l’ensemble du marché du travail. Cela laisse de côté une grande partie du conflit réel, comme par exemple diverses entreprises privées. Car en Italie, il n’existe pas d’obligation générale de communiquer les grèves en dehors des services publics essentiels.
En Italie, les grèves diminuent, la dernière décennie est en déclin
Mais d’après ce que l’on peut observer, la tendance est claire : il y a moins de grèves que par le passé.
Le dernier rapport consolidé de la Commission, se référant à 2024, parle de 1.633 proclamations, environ 31 par semaine, et de 1.080 grèves effectivement menées, soit environ 21 par semaine. La série de proclamations, disponible depuis 2014, décrit un mouvement de vague mais avec un net déclin au cours de la dernière décennie : de 2 048 en 2014 au pic de 2 448 en 2017, jusqu’à la baisse en 2024.
A côté des secteurs structurellement plus conflictuels – les transports publics locaux et le transport aérien, qui restent stables au sommet d’année en année – un secteur très différent émerge : le soins de santé. Dans le Service National de Santé, le nombre de proclamations et de jours de grève montre oscillations marquéesavec des années presque sans mobilisations suivies de hausses soudaines. Il s’agit d’une tendance irrégulière qui contraste avec la constance des transports et décrit un type de conflit plus lié à des crises spécifiques qu’à une continuité structurelle. En d’autres termes : certains secteurs sont en grève de manière cyclique, d’autres de manière perpétuelle.
Les régions où les grèves se produisent le plus : Lombardie, Campanie, Latium
Les différences territoriales révèlent une autre fracture interne. En 2024 les proclamations se concentrent en Lombardie (213), Campanie (175)e Latium (149). Mais c’est le Nord qui arrive en tête en termes de jours effectivement touchés par des grèves : Lombardie avec 82, Émilie-Romagne avec 58, Toscane avec 51. L’écart avec le total national vient du poids des grèves d’importance nationale, qui ne sont pas prises en compte dans les classements régionaux. C’est un autre signe de la complexité des données : elles peuvent être lues, mais elles doivent être rassemblées morceau par morceau.
1242 annonces de grève en 2025 : un chiffre encore fragmenté
L’année 2025 confirme la tendance, du moins d’après les données partielles. Il n’existe pas encore de rapport officiel et complet : les informations doivent être extraites directement en « scrapant » les données du portail de la Commission. Traduit pour ceux qui ne connaissent pas le langage technique : il faut « télécharger » et réorganiser manuellement chaque frappe enregistrée en ligne, une par une, car il n’existe pas d’ensemble de données publiques directement accessibles. Au 12 décembre 2025, il y a eu 1 242 proclamations.
Les secteurs où les grèves se produisent le plus sont toujours les mêmes : les transports publics locaux, le transport aérien et les régions et autonomies locales. Le secteur de la santé a fait moins de grèves que l’année dernière, en 2024 il y a eu 137 proclamations de grève alors que cette année – jusqu’au 12 décembre – il y en a eu 81. Le transport ferroviaire, en revanche, occupe la 7ème place de ce classement avec 52 proclamations, contre 119 l’année dernière.
La carte des grèves 2025 montre un conflit fortement concentré dans les régions les plus urbanisées. Nous avons exclu du décompte les grèves nationales et celles sans indication géographique ; les grèves municipales ont été retracées à la région à laquelle elles appartenaient en utilisant la classification ISTAT des municipalités.
Quant à 2024, la Lombardie est en tête, suivie par la Campanie et le Latium, tandis que le poids de la Toscane, de l’Émilie-Romagne et des Pouilles confirme que la contestation se répartit surtout là où les services publics et les structures territoriales sont plus denses.
Parce qu’on ne peut pas comparer l’Italie à d’autres pays
Enfin, la comparaison internationale est un exercice presque impossible. ILOSTAT, la base de données de l’Organisation internationale du travail, n’accepte que des données méthodologiquement standardisées. L’Italie apparaît jusqu’en 2007, dernière année où l’ISTAT a produit une série cohérente et comparable. Depuis, nous sommes hors des charts. Non pas parce qu’il y a trop ou pas assez de frappes, mais parce que nos données ne sont pas compatibles avec les standards internationaux.