Un Conseil européen clé pour le soutien à l’Ukraine

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Ensuite, le bulletin d’Europa Today qui vous raconte chaque lundi matin ce qui va se passer pendant la semaine européenne

En tête de l’ordre du jour

Un sommet (peut-être) décisif – Tous les regards sont tournés vers le Conseil européen qui s’ouvrira jeudi 18 décembre et durera presque certainement tout le vendredi 19 (ce serait la première fois d’un sommet de deux jours sous la présidence d’António Costa). Ce qui enflammera les discussions entre les 27 chefs d’État et de gouvernement sera un sujet aussi épineux que décisif pour l’avenir à court et moyen terme : donner le feu vert à l’utilisation des avoirs russes gelés pour un prêt à l’Ukraine qui couvre au moins la partie la plus substantielle du trou budgétaire de 135 milliards d’euros attendu pour la période de deux ans 2027-2028.

De quoi s’agit-il – Depuis le Conseil européen de fin octobre, la solution d’un emprunt alimenté par les soldes de liquidité générés par les avoirs russes gelés dans les pays membres de l’UE gagne du terrain. Au total, cela représente environ 210 milliards d’euros, dont 185 sont détenus par Euroclear (société belge de services financiers), ainsi qu’environ 25 milliards immobilisés dans des banques commerciales en France (18 milliards) et en Belgique (7 milliards), 200 millions en Allemagne, moins de 100 millions à Chypre et 10 mille euros en Suède et au Luxembourg. Selon l’idée de Bruxelles, l’Ukraine ne devra rembourser cette somme que lorsque la Russie aura payé les réparations de guerre auxquelles Kiev a droit.

La proposition de la Commission – Le 3 décembre dernier, la Commission européenne a présenté un nouveau paquet de mesures garantir à Kiev 90 milliards d’euros sur la période biennale 2026-2027, soit l’équivalent des deux tiers de ses besoins financiers. La première solution est un prêt utilisant des avoirs russes gelés, via un nouvel instrument européen et avec toute une série de garanties, qui nécessiterait l’approbation d’une majorité qualifiée. La deuxième solution serait plutôt un prêt à l’Ukraine avec la garantie du budget de l’UE, qui doit toutefois être décidé à l’unanimité des 27 membres. ET

Qui s’oppose – C’est surtout le Premier ministre belge, Bart De Wever, qui ralentit – voire bloque – ce processus, s’opposant à l’idée d’utiliser les avoirs russes gelés dans l’institut Euroclear en raison des risques juridiques et financiers auxquels le pays pourrait être confronté si la Russie remportait un appel international. Pour le Premier ministre belge cette décision pourrait également compromettre un éventuel accord de paix mettre fin au conflit en Ukraine. Cependant, la France se cache également derrière l’écran belge, de plus en plus sous pression pour les 18 milliards détenus dans ses banques commerciales, et d’autres membres de l’UE qui partagent les craintes de Bruxelles (compris comme la capitale de la Belgique) sur les négociations de paix.

Pourtant ça bouge – Au Conseil européen, il faudra trouver un cadre pour au moins une solution de compromis, sinon il faudra déclarer l’échec du financement de l’Ukraine à partir d’avril 2026. C’est pourquoi le président Costa prévoit déjà un sommet de deux jours. Rappelons cependant que le 12 décembre dernier le Conseil a donné son feu vert à la majorité qualifiée au gel pour une durée indéterminée des avoirs russes – sans avoir à renouveler les sanctions à l’unanimité tous les six mois – avec l’accord également de la Belgique. Cette démarche n’est pas directement liée au prêt à l’Ukraine, faut-il le rappeler, mais elle ouvre néanmoins la voie à d’éventuels obstacles de veto hongrois, si le feu vert vient des 27 dirigeants pour l’utilisation des actifs russes.

L’UE prépare 90 milliards d’euros pour financer l’Ukraine. Von der Leyen : « Ils proviendront des avoirs russes gelés »

Qu’y a-t-il d’autre sur la table – Comme indiqué dans la lettre d’invitation du président du Conseil européen Costa aux 27 dirigeants de l’UE, outre l’Ukraine et la sécurité européenne, l’autre thème crucial du sommet sera le cadre financier pluriannuel de l’UE pour la période 2028-2034, c’est-à-dire le prochain budget septennal de l’Union. L’objectif est de guider la phase de négociation entre les ministres puis avec les négociateurs du Parlement, parvenir à un accord final d’ici fin 2026. Les conclusions du sommet incluront alors également l’élargissement de l’UE, la situation géoéconomique et ses implications pour la compétitivité européenne, la situation au Moyen-Orient, la migration et la mise en œuvre des décisions en matière de défense et de sécurité.

Les deux réunions préparatoires – Avant la réunion des 27 chefs d’État et de gouvernement, les préparatifs du sommet se dérouleront au cours de deux réunions ministérielles. Lundi 15 décembre, la première, celle des ministres des Affaires étrangères, aura pour thème principal la question de la guerre russe en Ukraine et les derniers développements sur le front de la guerre et sur celui des négociations de cessez-le-feu, y compris une discussion par vidéoconférence avec son homologue ukrainien, Andrii Sybiha. Le Conseil Affaires générales du mardi 16 décembre sera en revanche presque entièrement consacré à la préparation du projet final de conclusions du Conseil européen, ainsi qu’à l’approbation des conclusions sur l’élargissement, les priorités législatives pour 2026, le prochain budget de l’UE 2028-2034 et un déjeuner de travail sur la politique de cohésion.

Ce qui divise réellement les États-Unis et l’UE dans les négociations de paix en Ukraine

Autres sujets d’actualité

Le sommet avec les Balkans occidentaux – À la veille du Conseil européen, les 27 dirigeants de l’UE rencontreront leurs homologues des six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie) pour renforcer leurs relations stratégiques grâce au sommet annuel de haut niveau. Lors des discussions du mercredi 17 décembre au soir, les questions liées au cheminement de la région vers l’adhésion à l’Union, aux agendas de réforme du Plan de croissance et à l’alignement dans le domaine des affaires étrangères et de la sécurité seront abordées.

Forfait logement – Pour clôturer 2025 avec un paquet attentivement surveillé par le Parlement européen, la Commission devrait adopter mardi 16 décembre trois initiatives sur le logement : une révision des règles sur les aides d’État aux services d’intérêt économique général, une proposition de recommandation du Conseil sur le nouveau Bauhaus européen (le projet interdisciplinaire de l’UE liant le Green Deal européen à l’environnement bâti) et une stratégie pour le logement. Le paquet devrait stimuler la promotion de logements durables et abordables grâce à des investissements, des changements réglementaires et un soutien aux efforts locaux, en se concentrant sur la rénovation, la main-d’œuvre qualifiée, les nouvelles constructions et la gestion des loyers.

Les retards continus de la Commission – Au cours des dernières semaines de réunions du Collège des commissaires, une nette tendance s’est manifestée vers le report des dossiers législatifs les plus épineux. Ce fut le cas du paquet de simplification des règles environnementales (finalement présenté le 10 décembre dernier), mais surtout du très attendu « paquet automobile » – qui devrait conduire à une plus grande flexibilité des règles déjà approuvées sur l’interdiction d’immatriculer les voitures à moteur à combustion interne à partir de 2035 – et du paquet de mise en œuvre du Clean Industrial Pact, tous deux attendus la semaine dernière.

Bonne semaine ? – Selon le dernier ordre du jour du Collège, les deux initiatives devraient être présentées mardi 16 décembre à Strasbourg. Le paquet automobile avec ses quatre piliers (révision des normes d’émission de CO2 pour les voitures et les camionnettes, stratégie de renforcement des batteries, Automotive Omnibus pour une simplification législative et proposition visant à rendre les flottes d’entreprises plus respectueuses de l’environnement). Ce qui reste du paquet de mise en œuvre du Pacte pour une industrie propre est le renforcement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM, Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières) et le mécanisme de soutien temporaire, tandis que la loi de l’accélération industrielle a disparu. Nous en reparlerons en janvier.

Forfait santé – Le même jour, la Commission présentera également un « paquet santé » composé de quatre initiatives : une loi sur la biotechnologie, une simplification ciblée des règles de l’UE sur les dispositifs médicaux et les diagnostics in vitro, un plan européen sur la santé cardiovasculaire et un paquet de simplification des denrées alimentaires et des aliments pour animaux.

L’environnement en Europe – Les 27 ministres de l’Environnement approuveront mardi 16 décembre les conclusions sur « L’environnement en Europe – Construire une Europe plus circulaire et résiliente », un document qui reconnaît l’urgence de promouvoir la résilience climatique et la transition vers une économie circulaire pour relever les défis climatiques et environnementaux tels que la pollution, la perte de biodiversité et la rareté des ressources.

Berlin soutient Kiev – Le 88e Forum économique germano-ukrainien se tiendra lundi 15 à Berlin, plateforme importante de dialogue entre l’Allemagne et l’Ukraine sur la résilience économique et la coopération bilatérale, axée sur la reconstruction d’après-guerre, la transformation des industries et le rôle du secteur privé. L’événement réunira le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre ukrainienne Yulia Svyrydenko, ainsi que d’autres représentants de haut niveau des deux pays.

Babiš revient Premier ministre – Lundi 15, le nouveau gouvernement de la République tchèque prendra officiellement ses fonctions à Prague, dirigé par le populiste eurosceptique Andrej Babiš, magnat de 71 ans et leader du parti Ano, nommé Premier ministre par le président Petr Pavel après sa victoire aux élections d’octobre et l’accord de coalition avec deux forces de droite. Babiš, déjà chef du gouvernement de 2017 à 2021, revient au pouvoir avec une coalition qui comprend des partis critiques à l’égard de la politique climatique de l’UE et du soutien à Kiev.

Galilée décolle – Kourou devrait lancer mercredi 17 deux nouveaux satellites Galileo avec la fusée Ariane 6. L’opération renforce le système européen de navigation par satellite, stratégique pour l’autonomie technologique de l’UE et pour les applications civiles et de sécurité, dans un contexte de concurrence mondiale croissante dans l’espace. L’ambitieux programme Galileo est jugé crucial tant pour les applications civiles (transports, télécommunications, services numériques) que pour les usages liés à la sécurité et à la défense, tandis qu’Ariane 6, par sa capacité de charge utile et sa flexibilité opérationnelle, devient la pierre angulaire des lancements spatiaux européens.

La BCE teste ses taux – La Banque centrale européenne tiendra sa conférence de presse de politique monétaire jeudi 18 à Francfort après le dernier Conseil des gouverneurs de l’année. Les marchés suivent attentivement les décisions de Christine Lagarde pour déterminer si le taux d’intérêt continuera à rester stable ou s’il existe des signes justifiant de nouveaux ajustements. Dans un contexte où l’inflation dans la zone euro a montré des signes de ralentissement mais reste toujours supérieure aux objectifs à moyen terme, la conférence de décembre sera interprétée comme un test de la stratégie future et des perspectives de croissance de la BCE.

Du Parlement européen

Le Parlement européen se réunit pour la dernière session plénière de l’année à Strasbourg, où la « majorité vénézuélienne », l’alliance du PPE avec les forces de droite, même radicales, de l’Assemblée communautaire, s’apprête à reprendre le terrain. Le groupe dirigé par Manfred Weber trahira la coalition qui soutient officiellement l’exécutif de von der Leyen pour faire adopter le paquet de simplification Omnibs I, critiqué par les socialistes, les Verts et la gauche radicale parce qu’il réduit les obligations de reporting sur la durabilité environnementale et vérifications nécessaires pour 85% des entreprises qui y seraient aujourd’hui soumises.

En plénière, nous voterons également sur les clauses de sauvegarde pour les produits agroalimentaires de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, certaines parties du plan de réarmement européen, sur la mobilité des armées européennes, le soi-disant « Schengen militaire », sur l’arrêt du gaz russe et le président Metsola remettra symboliquement le prix Sakharov aux journalistes Andrzej Poczobut et Mzia Amaglobeli, emprisonnés respectivement en Biélorussie et en Géorgie.

Continuez à lire d’autres nouvelles de la plénière du Parlement européen sur Europa Today