Substances dangereuses, l’UE renforce la protection des travailleurs : plus de protection pour les pompiers aussi

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

De nouveaux seuils d’exposition aux produits chimiques dangereux, mais aussi des règles plus claires sur l’utilisation des équipements de protection individuelle et une plus grande attention aux fumées de soudage, aux médicaments dangereux et aux services d’urgence. C’est le cœur de la sixième révision de la directive qui protège les travailleurs des substances cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Le texte, approuvé lors d’un trilogue par le Conseil et le Parlement européen en juin, a reçu sa première approbation formelle le 2 septembre en commission du travail et des affaires sociales, avec 42 voix pour, 2 contre et 13 abstentions. Selon les estimations de Bruxelles, le nouveau cadre pourrait contribuer à prévenir environ 1.700 cas de cancer du poumon et 19.000 autres maladies sur 40 ans.

« Chaque année, des dizaines de milliers de travailleurs européens développent un cancer suite à une exposition à des substances dangereuses sur leur lieu de travail. Cette directive s’attaque directement au problème », a affirmé le député européen Renaissance, Grégory Allione. « Je suis particulièrement heureux que ce texte reconnaisse enfin que nos pompiers et nos secouristes sont également exposés à ces substances cancérigènes dans le cadre de leur travail, une problématique qui prend une actualité particulière après l’été que nous venons de vivre », a ajouté le libéral français, lui-même ancien pompier.

Seuils inférieurs

Le changement le plus immédiat concerne les valeurs limites d’exposition professionnelle, c’est-à-dire les concentrations d’une substance dans l’environnement de travail qui ne doivent pas être dépassées. La révision introduit des valeurs contraignantes pour le cobalt et ses composés inorganiques, pour les hydrocarbures aromatiques polycycliques, une famille de substances présentes dans divers procédés industriels, et pour le 1,4-dioxane. A ceux-ci s’ajoute l’isoprène, une substance classée cancérigène.

Pour les hydrocarbures aromatiques polycycliques, la mesure concerne entre autres les fonderies de fer et d’acier, la production d’aluminium, de carbone et de graphite, les fours à coke, la distillation du goudron de houille, la production de réfractaires, le soudage des voies ferrées et d’autres procédés métallurgiques et de coulée de métaux.

Fumées de soudage

L’une des innovations les plus significatives concerne une exposition qui touche de nombreux ouvrages industriels, mais qui n’était pas spécifiquement indiquée dans la liste de la directive. Le texte ajoute des travaux impliquant une exposition à des fumées produites par des procédés de soudage contenant des substances ou des mélanges entrant dans les catégories de cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction prévues par la législation européenne.

L’étape est importante car les fumées de soudage ne sont pas une substance unique : elles peuvent contenir, entre autres, des composés de chrome hexavalent, du nickel et du cadmium. La directive n’introduit donc pas une nouvelle valeur unique pour toutes les fumées de soudage, mais rend explicite leur présence dans le champ d’application. Le texte précise que l’exposition ne doit pas dépasser les valeurs limites établies pour certaines substances lorsqu’elles sont libérées lors du soudage.

Masques de protection

La révision concerne également les équipements de protection individuelle, notamment ceux destinés à la protection respiratoire. Le principe sous-jacent reste celui de la hiérarchie des mesures de prévention : il faut d’abord intervenir sur le risque avec des mesures techniques et organisationnelles, en essayant d’éliminer ou de réduire l’exposition à la source. Le dispositif individuel intervient « en dernier recours », précise le texte de la directive, c’est-à-dire lorsque l’exposition ne peut être évitée ou suffisamment réduite par d’autres moyens.

Lors de son utilisation, l’appareil doit être adapté à la personne et correctement entretenu. Le texte consacre un droit important pour ceux qui doivent le porter : « Les travailleurs ont droit à des pauses régulières dans une zone où il n’y a aucun risque de contamination ».

Plus d’attention aux drogues et aux sauveteurs

Le nouveau cadre consacre également un espace aux catégories exposées à des risques moins facilement imputables à une seule substance. Il s’agit notamment des professionnels de santé susceptibles d’entrer en contact avec des médicaments dangereux contenant des substances cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. Le texte souligne l’importance d’une formation adéquate pour les travailleurs exposés ou potentiellement exposés et exige que la formation prenne en compte les risques nouveaux ou modifiés.

Une attention particulière est portée aux pompiers et autres services d’urgence qui, lors d’incendies et d’interventions, peuvent entrer en contact avec une grande variété de matières dangereuses. Les employeurs devront évaluer et réduire les risques d’exposition, tandis que le texte demande que l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, un organisme européen qui soutient la prévention des risques professionnels, envisage le développement d’un outil d’évaluation des risques spécifique pour ces travailleurs.

Le document reconnaît également un problème plus général : sur le lieu de travail, vous pouvez être exposé à plusieurs substances en même temps. Lorsque les agents agissent sur le même organe ou par des mécanismes similaires, leurs effets combinés peuvent augmenter le risque. Ceci est particulièrement pertinent pour les services d’urgence.

Le risque demeure

Pour de nombreuses substances cancérigènes et mutagènes, la directive souligne qu’il n’est pas scientifiquement possible d’identifier un niveau en dessous duquel l’exposition est certainement sans effets nocifs. Pour cette raison, « fixer des valeurs limites » réduit considérablement les risques, mais « n’élimine pas complètement le risque ». C’est pour cette raison que le principe doit être communiqué aux travailleurs lors de la formation. Les nouvelles valeurs limites représentent donc un niveau maximum d’exposition à respecter, et non un seuil qui rend automatiquement sécuritaire tout environnement de travail.

Le texte devra maintenant être approuvé par la plénière du Parlement européen et du Conseil de l’UE. Une fois la directive entrée en vigueur, les États membres disposeront de deux ans pour adopter les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires à sa transposition.