Stress au travail, plus de 840 000 décès par an : le Parlement européen veut de nouvelles protections

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Plus de 840 000 personnes meurent chaque année dans le monde à cause de problèmes de santé liés aux risques psychosociaux au travail, selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT). En Europe, un travailleur sur trois est exposé à une intensité élevée, notamment à des délais serrés et à des activités qui s’étendent sur son temps libre. Pour remédier à cette situation, le Parlement européen réclame une nouvelle loi européenne comportant des obligations contraignantes pour prévenir et réduire le stress, l’épuisement professionnel et d’autres dommages à la santé mentale et physique des personnes.

« La propagation de ces problèmes augmente considérablement à travers l’Europe et est aggravée par l’utilisation croissante des technologies numériques et de l’intelligence artificielle sur le lieu de travail », a dénoncé la rapporteure du texte, la socialiste belge Estelle Ceulemans. « S’attaquer à ces problèmes structurels liés au travail n’est pas seulement une obligation de santé au travail, mais aussi un enjeu économique, car la dépression liée au travail coûte à l’UE 100 milliards d’euros par an », a-t-elle souligné.

La Commission de l’Emploi et des Affaires Sociales de la Chambre a approuvé, avec 41 voix pour, 12 contre et 4 abstentions, un texte d’initiative législative dans lequel elle demande à la Commission de proposer un texte dont les mesures centrales sont les évaluations périodiques des risques psychosociaux, les plans d’action obligatoires, les règles contre la violence et le harcèlement, les évaluations préventives des réorganisations et des systèmes numériques, le droit à la déconnexion et les chemins de retour pour ceux qui ont été absents en raison de problèmes liés au travail.

L’organisation du travail

Le stress chronique et l’épuisement professionnel peuvent résulter de la manière dont le travail est organisé : charges excessives, rythme élevé, manque de personnel, précarité de l’emploi, surveillance numérique, disponibilité continue, violence et harcèlement.

Le cadre européen impose déjà aux employeurs de gérer les risques en matière de santé et de sécurité, mais le Parlement estime que des lacunes spécifiques subsistent en matière de risques psychosociaux. Le premier changement substantiel concernerait la manière dont les risques devraient être traités. Les députés demandent des obligations contraignantes pour les employeurs, qui devraient évaluer régulièrement des facteurs tels que des charges de travail excessives et une intensité de travail élevée et adopter des plans d’action comportant des mesures concrètes.

La logique est préventive et ne se limite pas à gérer le problème lorsque le dommage est déjà survenu. Si, par exemple, une entreprise enregistre des charges de travail systématiquement incompatibles avec le temps disponible, l’évaluation doit servir à identifier le risque et imposer des interventions organisationnelles, plutôt que d’attendre l’apparition du stress, de l’épuisement professionnel ou des maux physiques.

Protection contre la violence et le harcèlement

Le Parlement appelle les employeurs à adopter des politiques qui définissent et interdisent la violence, le harcèlement, l’intimidation et les comportements discriminatoires susceptibles de compromettre la dignité ou la santé physique et mentale des travailleurs. Il existe également des formes d’identification précoce des risques et des protocoles de prévention basés sur les risques pour la violence provenant de l’extérieur du lieu de travail, ainsi qu’un soutien rapide aux travailleurs exposés.

Le travail numérique sous surveillance

L’un des volets les plus actuels concerne les réorganisations et les technologies. Le Parlement propose que les changements significatifs, notamment le télétravail et l’introduction de systèmes automatisés de prise de décision ou de contrôle des travailleurs, soient précédés d’une évaluation des risques psychosociaux, réalisée en collaboration avec les travailleurs et leurs représentants.

L’objectif n’est pas d’interdire les algorithmes, mais d’empêcher la technologie d’imposer une charge excessive ou une surveillance disproportionnée aux travailleurs. Les députés demandent également que la surveillance humaine reste garantie à tout moment. Le texte réitère également le droit à la déconnexion, c’est-à-dire le droit de ne pas être joignable ou appelé à travailler en permanence en dehors des heures d’ouverture.

Le retour

La nouvelle approche affecte également le retour après une absence du travail. Ceux qui ont été absents en raison de problèmes liés aux risques psychosociaux devraient avoir droit à un retour durable et accompagné. Les employeurs devraient préparer des plans individuels indiquant, si nécessaire, les modifications des horaires ou de l’organisation du travail et les ajustements des tâches ou de la charge.

Concrètement, le principe est que reprendre le travail ne doit pas simplement signifier reprendre le lendemain le même rythme qui a contribué au problème. Les conditions de retour doivent être adaptées à la situation du travailleur.

La question de la preuve

Enfin, le Parlement propose un changement significatif sur la relation entre les atteintes à la santé et les conditions de travail. Si un travailleur démontre qu’il a subi un dommage ou une atteinte à sa santé après avoir été exposé à des facteurs de risque psychosociaux liés au travail, le dommage doit être présumé être lié au travail, à moins que l’employeur ne démontre qu’il n’est pas lié aux conditions de travail.

Il s’agit d’une disposition qui pourrait rendre la protection plus concrète dans les cas où le lien entre organisation du travail et atteinte à la santé est difficile à démontrer. Cependant, cela ne signifie pas que tout problème psychologique est automatiquement considéré comme professionnel : la présomption fonctionne dans les conditions indiquées par le Parlement et peut être surmontée par l’employeur.

Les prochaines étapes

La proposition du Parlement sera votée par l’ensemble de la Chambre lors de la session plénière d’octobre. S’il est approuvé, la Commission européenne aura trois mois pour répondre, en indiquant les mesures qu’elle entend adopter ou en expliquant pourquoi elle n’entend pas présenter de proposition législative dans le sens indiqué par le Parlement.