Sal Da Vinci est parfait pour l’Eurovision (mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle)
On s’est arrêté ainsi, avec Lucio Corsi qui à l’Eurovision 2025 avait essentiellement représenté un circuit court : un auteur-compositeur-interprète de qualité, qui avait même apporté avec lui une traduction des paroles Je voulais être dur (combien de textes valent ici une traduction ?), qui a joué d’un instrument, l’harmonica, bousculant les règles de la concurrence (et cela en dit long…), se heurtant effectivement à l’esthétique kitsch – toute forme, et quelle forme, et très peu de fond – de l’ESC jusqu’à passer, dans ce contexte, comme sans signification. Avant lui, sans ordre particulier, Mahmood et Blanco, Marco Mengoni, Angelina Mango, évidemment Måneskin. Bref, l’Italie la plus contemporaine, celle qui regarde le monde, qui laisse derrière elle les clichés habituels de la pizza et de la mandoline et tente de suivre d’autres chemins, plus raffinés. Alors? Puis vint Sal Da Vinci.
Tout le chemin du retour, ou plutôt non
Il est encore tôt pour parler de restauration de la musique italienne, pour cela, ne serait-ce que pour comprendre si la victoire du Festival aurait pu créer un précédent, il faudra au moins attendre les choix du prochain directeur artistique, Stefano De Martino. Il y a cependant une certitude : même si nous avons essayé de rester dans l’air du temps, l’ESC est resté le train habituel où la seule monnaie d’échange est la poubelle et dans lequel les pays participants ne communiquent presque qu’à travers des stéréotypes. Eh bien, là, au milieu Pour toujours oui c’est parfait et ça se voit déjà après la première représentation : il s’y vautre, en effet, c’en est la meilleure version, sans se trahir. C’est un match !.
Soyons clairs, en termes de profondeur, nous sommes à des années lumières des horreurs qui se déroulent à Vienne ces jours-ci. Sal Da Vinci lui-même – qui, comme on le sait, a une carrière dont on peut dire qu’elle s’est terminée lors du dernier Sanremo ou, à 57 ans – maintient un rythme complètement différent de celui de ses concurrents et se voit, malgré l’émotion de la première représentation, néanmoins vaincu avec habileté. Mais c’est justement l’histoire qu’il incarne, l’esprit de cette sorte de sphinx, imperturbable à tout sauf à ses propres émotions, qui ne ressent pas les critiques, les influences, les mises à jour de sensibilité et du mondepour marquer la différence.
« Forever yes » représente pleinement ce que l’Eurovision et le public international qui le suit attendent d’une chanson : un morceau exagéré et simpliste, en l’occurrence soutenu par l’attirail d’un artiste en tout cas expérimenté (en avoir, là) et qui véhicule surtout un message rassurant. Ce qui donne des certitudes, enfin, en l’occurrence tant dans le contenu (l’amour qui triomphe de tout, le « toujours » utilisé comme panacée à tous les maux, fût-il si simple) que dans la forme, avec un pop bien loin des ambitions de ceux qui l’ont précédé, autres qu’Angelina Mango ou Lucio Corsi, il s’agit là d’une version actualisée de celle de l’arrivée de Pupo et compagnie en Europe de l’Est, au milieu des années 80.
Raconter, vraiment, l’Italie
L’Italie gagne déjà c’est connuzéro surprise. Mieux : l’Italie gagne que le public international de l’Eurovision veut savoir. Il s’avère que si la chanson elle-même ne suffisait pas, avec toutes ses références à la tradition, il y a la performance, qui, comme toujours, se taille la part du lion à l’ESC. Imaginez : le mariage chanté comme le jour le plus important de la vie, la scénographie d’un château qui ressemble à celui de Chef de cérémonieSal Da Vinci habillé à neuf comme s’il était le chanteur de la fête, évidemment la torsion du tricolore obtenu de la jupe du danseur. Nous nous adaptons au jeu des autres : des messages clairs et rassurants, encore une fois, exactement l’Italie de carte postale que recherchent de nombreux touristes lorsqu’ils viennent dans notre pays. Pour toujours ouien quelque sorte, est une tournée en 2026 dans le centre de Naples – mais cela s’applique également à d’autres grandes villes – dans laquelle toute l’histoire locale est conditionnée et servie au gré des touristes, des clichés, des clichés.
Est-ce que cela nous représente vraiment ? Ne nous représente-t-il pas ? Moitié-moitié. Bien sûr, le monde, y compris notre pays, n’est pas une carte postale, mais le désir, disons-le ainsi, de simplicité de Pour toujours oui, à partir du succès qu’il a eu ici, cela en dit encore beaucoup sur nous. Dans le sens : il ne le dit pas Vraiment Italie, mais si l’on considère à quel point nous nous intéressons peu, se faire dire Vraimentnous reflète pleinement et, en fait, nous décrit. Et, pour la finale, attention : c’est une pièce parfaite pour l’Eurovision, à elle seule Fait Mieux des autres; là où des personnages perturbateurs comme Corsi et Mango eux-mêmes n’ont pas gagné, ce genre d’archi-italien pourrait plaire à tout le monde.