Pourquoi dit-on que toucher du fer porte chance ? Origine et signification du geste

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Il a dû arriver à tout le monde au moins une fois de toucher l’objet métallique le plus proche ou d’entendre quelque chose dire « Touchons du bois ! » par chanceaprès avoir fait quelque chose qui pourrait porter malheur. Mais d’où vient cette coutume si ancrée dans notre culture et pourquoi une telle expression existe-t-elle dans notre langue ?

Pour comprendre cela, il faut retourner à Moyen-âgealors qu’on croyait que le fer à cheval, notamment le fer à cheval suspendu au-dessus des portes, éloigner les sorcières et les sorciers. La tradition est liée à la légende de Saint Dunstandont on dit qu’il a piégé le diable avec un fer.

Outre le fer, il existe de nombreuses façons traditionnelles d’attirer la chance, souvent liées à l’imagerie païenne des divinités naturelles. Enfin, il existe encore aujourd’hui de nombreux « rites » qui attirent la chance, typiques de la manière actuelle de vivre les vacances.

Origines et significations : la légende de Saint Dunstan

La légende de Saint Dunstan de Cantorbéry (En anglais Saint Dunstan), vénéré par les Églises catholique et anglicane, affirme que le saint – avant sa béatification – était un forgeron et un forgeron qualifié. Selon la tradition, Dunstan aurait placé un fer à cheval qu’il avait lui-même forgé dans le sabot du diable pendant qu’il lisait un livre. Le diable, ainsi piégé, fut obligé de prier pour être libéré et accorder quelque chose au Saint.

En échange de la liberté, Dunstan a fait promettre au diable de ne pas se faufiler dans les maisons où un soulier (pas seulement un fer à cheval) avait été accroché au-dessus des portes. Ce faisant, le fer est devenu symbole de protection contre les influences maléfiques et néfastes, capable d’éloigner le mauvais œil et le malheur. Il est donc très probable que de là soit née l’habitude de « toucher du bois » pour conjurer le mauvais sort.

Comme beaucoup d’autres histoires populaires, cette histoire est transmise dans le folklore européen, devenant mémoire collective et se confondant avec d’autres rites anciens qui attribuaient déjà ce métal. propriétés apotropaïquesou capable de chasser le mal.

La tradition du fer à cheval

Au-delà des allégories et des valeurs religieuses de ce récit, la légende de Saint Dunstan témoigne de la tradition des populations médiévales accrocher un fer à cheval à la porte de la maison comme une bonne amulette de bon augure. Le fer à cheval, en effet, en plus d’être un symbole lié à cette légende, est apprécié depuis l’Antiquité car il représentait force, résistance Et protection.

Le ferrage des chevaux était cher et précieux, il n’était pas facilement commandable et nécessitait de nombreux investissements économiques, et c’est pour cette raison qu’on croyait qu’il contenait une sorte d’« énergie utile » contre les influences négatives. Dans de nombreuses cultures rurales, il était d’usage de suspendre le fer à cheval avec les pointes dirigées vers le haut, de manière à « enfermer » la chance et conservez-le à l’intérieur de la maison, en rappelant également la forme deorgane génital fémininun symbole de bonne chance. Selon certaines histoires populaires, si le fer tombait ou était retrouvé tordu, c’était un signe doublement chanceux.

De plus, il était d’usage d’accrocher le fer avec un certain nombre de clous coups de feuc’est bien mieux si Septun nombre toujours considéré puissantlié à la (mal)chance, à la magie, au pouvoir mystique de la nature dans les traditions païennes. Le charme du chiffre sept est également visible dans les classifications arbitraires de l’homme, pensez aux Sept Merveilles du Monde Antique.

Le geste de « toucher du bois » comme forme de superstition

Toutes ces significations attribuées au fer à cheval sont donc associées à superstitionun ensemble de pratiques et de gestes que l’être humain a toujours développés pour tenter d’influencer le hasard, conjurer la malchance ou faveur du curry avec bonne fortune. En Italie, comme dans de nombreux autres pays européens, le geste de toucher du fer entre dans cette catégorie avec d’autres comportements comme croiser les doigts, faire des cornes ou frapper du bois.

Cependant, dans toutes les cultures, le matériau porte-bonheur n’est pas le fer : les taupes Pays anglo-saxons ce rôle est attribué à bois. L’expression correspondant à « toucher du bois » est en fait « toucher du bois» (c’est-à-dire « toucher du bois »). La référence est à une coutume païenne très ancienne : on croyait que le esprits protecteurs ils se sont cachés dans les troncs d’arbres. Cela se reflétait dans les jeux des enfants qui, traditionnellement – dans les jeux équivalents à notre « vous l’avez compris » – lorsqu’ils touchaient les arbres, se déclaraient « en sécurité » et ne pouvaient pas être attrapés.

Le simple geste de toucher n’importe quel objet en fer (une rampe, une poignée, un clou) ou en bois (une table, une porte, une chaise) pour rappeler l’énergie protectrice de la matière et chasser le présage négatif est donc devenu très courant dans diverses cultures. Il ne s’agit pas de magie ou de superstition comme une fin en soi, mais plutôt d’une comportement symbolique Que il s’est stratifié dans la culture populaire au fil des siècles.

Autres moyens d’assurer votre chance

Comme mentionné brièvement, la tradition consistant à s’appuyer sur des signes et des symboles pour assurer la chance ou éviter le malheur est répandue dans de nombreuses cultures, avec différentes variations et gestes selon les contextes.

Restant dans le contexte anglo-saxon, on retrouve la tradition deos porte-bonheur (En anglais wishbone) selon lequel deux convives saisissent les deux extrémités opposées d’un os d’une dinde fraîchement mangée et le tirent pour le briser. Celui qui obtiendra la moitié la plus longue sera le plus chanceux.

D’autres exemples de traditions porte-bonheur sont liés aux nombreux symboles de Noël et Nouvel An: Qui n’a jamais embrassé son proche sous le gui à Noël ? Qui n’a jamais mangé le soir du Nouvel An lentilles pour attirer la richesse et porté lin rouge attirer la chance ? Dans Espagne et dans les pays del’Amérique latine il est habituel d’avaler 12 raisins porte-bonheur (les raisins doux du vin) dans la minute qui suit minuit le jour de la nouvelle année.

Toutes ces coutumes montrent comment l’humanité a toujours cherché à créer connexions symboliques entre les objets matériels et les significations abstraites telles que la chance, la santé et la bienveillance. Derrière le dicton « toucher du bois » se cache un geste qui véhicule des siècles de tradition, des légendes et des significations pas toujours immédiates.

Du mythe de Saint Dunstan à la protection du fer à cheval accroché à la porte en passant par les pratiques superstitieuses modernes, le geste exprime la volonté universelle de exorciser la malchance et invoquer une lueur de contrôle sur un monde incertain. Même si aujourd’hui on le fait souvent sans trop réfléchir, derrière cela se cache un fil qui relie le langage, la superstition, la culture et les symboles anciens.