On n’a plus d’amis et les IA en profitent
Selon Eurispes, près de 10 % des jeunes Italiens âgés de 11 à 19 ans déclarent ne pas avoir d’amis proches. Ces données s’ajoutent à une série d’indicateurs qui suggèrent l’existence d’une véritable « récession relationnelle » en cours. En particulier, si l’on compare la période avant et après la révolution numérique, on se rend compte que tout type de lien social est en crise grave, représentant un risque sérieux pour notre santé mentale. Ces derniers jours, la nouvelle du premier cas de dépendance à l’intelligence artificielle en Italie s’est également répandue : à Venise, une jeune fille de 20 ans a été prise en charge par le Serd parce qu’elle avait développé un lien symbiotique et obsessionnel avec un chatbot IA, finissant par le considérer comme son seul véritable ami et s’isolant progressivement du monde extérieur.
Vers l’aliénation
Malheureusement, cela ne nous surprend pas. Chaque nouvelle technologie a fait irruption dans nos vies avec la promesse d’améliorer notre existence, pour finir par nous pousser encore plus vers l’aliénation. Pensons par exemple aux réseaux sociaux, qui nous ont été vendus en nous convainquant qu’ils nous aideraient à rencontrer de nouvelles personnes ou, du moins, à entretenir des relations avec celles que nous connaissons déjà. Rien n’est plus éloigné de la vérité : les réseaux sociaux n’ont fait que nous rendre plus individualistes et anxieux face au jugement des autres, nous poussant inexorablement vers la solitude. Mais si nous pensions que les réseaux sociaux étaient l’invention la plus néfaste pour notre santé psychosociale, nous avions peut-être tort. Avec la propagation rapide des chatbots génératifs d’IA, notre situation périlleuse s’est encore aggravée. La dépendance numérique a fusionné avec la dépendance émotionnelle, générant un mélange toxique.
Un problème émotionnel : se confier à l’IA
Aujourd’hui, beaucoup, surtout les plus jeunes, s’ils ont un problème émotionnel, se confient exclusivement à l’IA, construisant de véritables relations parasociales avec ces outils. Il est très facile de se faire l’illusion que les chatbots nous comprennent et peuvent sympathiser avec nous : leur capacité à comprendre nos émotions et à nous apporter des réponses cohérentes est déjà bien supérieure à celle de l’être humain moyen. Pourtant, aucune IA ne peut expérimenter directement notre douleur ou nos peurs, ni partager notre joie. Ils n’ont pas de conscience : ils nous disent simplement ce que nous voulons entendre. Alors, comment pouvons-nous prévenir la dépendance aux chatbots IA ? Plusieurs propositions sont à l’étude.
Un outil qui manipule
Tout d’abord, limitez leur utilisation aux plus jeunes : utiliser ces outils à l’âge adulte, lorsqu’ils ont déjà développé les compétences de base pour être en société, est certainement moins dangereux que de les utiliser pendant la phase évolutive, lorsque notre cerveau est à sa plasticité neuronale maximale. Après cela, il est indispensable de réduire la mémoire des chatbots. Il est certainement utile que les logiciels se souviennent de tout sur nous, nous évitant ainsi d’avoir à répéter à chaque fois qui nous sommes et quels sont nos besoins ; or, cette mémoire est précisément le facteur qui nous trompe le plus et qui nous amène à humaniser l’instrument numérique, finissant par être manipulé.
Mais le seul véritable moyen de contrecarrer la dépendance émotionnelle à l’IA reste de construire une alternative : redonner force et vitalité aux espaces de rencontre publics et travailler activement sur la qualité des relations sociales à l’école, dans la famille et dans les quartiers. Nous devons nous rappeler que l’être humain, avec toutes ses limites et ses défauts, peut nous comprendre d’une manière qu’aucune machine ne pourra jamais comprendre. Et il est le seul à pouvoir véritablement nous sauver de la solitude.