Migrants, le Conseil de l’UE approuve la réforme sur les pays sûrs : quand les demandes d’asile peuvent être rejetées

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le Conseil européen a donné son feu vert à l’accord qui définit les critères des « pays sûrs » pour le rapatriement des migrants. Les ministres de l’Intérieur des pays membres ont approuvé des réglementations identifiant à la fois les pays d’origine et les pays tiers considérés comme sûrs, ouvrant la voie à des procédures de rapatriement plus rapides.

La mesure n’a pas été adoptée à l’unanimité : l’Espagne, la Grèce, la France et le Portugal ont voté contre, mais l’opposition n’a pas suffi à la bloquer, grâce à l’obtention d’une majorité qualifiée. Le texte devra maintenant être négocié avec le Parlement européen, étape nécessaire pour son approbation finale.

Quels changements

Le nouveau règlement, qui réexamine la notion de pays tiers sûr – explique le Conseil dans une note – élargira les circonstances dans lesquelles une demande d’asile peut être rejetée pour irrecevabilité. Le Conseil a également finalisé un élément important du pacte 2024 sur la migration et l’asile, en convenant de la première liste commune de l’UE des pays d’origine sûrs, qui permettra aux États membres de traiter plus rapidement les demandes de protection internationale.

Avec les règles actualisées, une accélération et une simplification des procédures de rapatriement des personnes en séjour irrégulier dans les États membres sont attendues. Par ailleurs, des procédures sont établies au niveau de l’UE pour rapatrier les migrants, imposant des obligations à ceux qui n’ont pas le droit de séjour et préparant des outils de coopération entre États.

Aide aux centres de migrants en Albanie

Cette disposition permet également aux pays d’établir des centres de rapatriement dans des pays tiers. La réforme ouvre donc également la voie à la création de « hubs de retour », des centres de rapatriement situés en dehors de l’UE, sur le modèle de celui signé entre l’Italie et l’Albanie.

Quels pays sont considérés comme sûrs : la liste

Outre ces candidats à l’adhésion à l’UE, la nouvelle liste commune comprend le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie, auxquels les 27 pourront ensuite ajouter leurs propres listes nationales. En effet, de nouvelles procédures seront appliquées à ceux en provenance de ces pays qui prévoient un examen accéléré des demandes de protection internationale ou la possibilité que la demande soit examinée dans un pays tiers tiers d’où ils ont transité.

Le concept de pays tiers sûr permet aux États membres de l’UE de rejeter une demande d’asile comme étant irrecevable, c’est-à-dire sans examiner son bien-fondé, alors que les demandeurs d’asile auraient pu demander et, s’ils étaient éligibles, obtenir une protection internationale dans un pays tiers considéré comme sûr pour eux. Selon les règles actualisées convenues par le Conseil, les États membres pourront appliquer le concept de pays tiers sûr sur la base des trois options. La première : il existe un lien entre le demandeur d’asile et le pays tiers. Cependant, « le lien ne sera plus un critère obligatoire pour utiliser le concept de pays tiers sûr ». Dans la deuxième option, le demandeur d’asile transitait par le pays tiers sûr avant d’atteindre l’UE. Troisième option, il existe un accord ou une entente avec un pays tiers sûr qui garantit que la demande d’asile d’une personne est examinée dans le pays tiers en question. L’application de la notion de pays tiers sûr sur la base d’un accord ou d’une entente, précise le Conseil, « n’est pas possible dans le cas de mineurs non accompagnés ».

Un demandeur d’asile qui fait appel d’une décision d’irrecevabilité à l’asile fondée sur le concept de pays tiers sûr n’aura plus le droit automatique de rester dans l’UE pendant la durée de la procédure d’appel. Toutefois, le droit du demandeur d’asile de s’adresser à un tribunal pour obtenir le droit de rester reconnu reste en vigueur.

Le concept de pays d’origine sûr

La notion de pays d’origine sûr permet aux États membres de mettre en place un système spécial d’examen des demandes de protection internationale. En vertu du règlement sur la procédure d’asile de 2024, adopté dans le cadre du pacte sur l’asile et la migration, les États membres doivent appliquer une procédure accélérée pour les demandeurs provenant d’un pays d’origine sûr et peuvent la mener « à la frontière ou dans les zones de transit ».

Les règles relatives aux pays d’origine sûrs reposent sur l’hypothèse que les demandeurs originaires de ce pays bénéficient d’une protection suffisante contre le risque de persécution ou de violations graves de leurs droits fondamentaux. Les pays tiers ne peuvent être désignés comme pays d’origine sûrs que s’ils atteignent un « seuil de sécurité élevé », selon le Conseil. Les États membres pourront toujours disposer de leurs propres listes nationales de pays d’origine sûrs, avec l’ajout de pays tiers autres que ceux présents dans la liste de l’UE.

Le Conseil a également approuvé la proposition de la Commission visant à accélérer la mise en œuvre de certaines dispositions du pacte sur la migration et l’asile, initialement prévue pour juin 2026. Les deux accords conclus aujourd’hui permettent au Conseil d’entamer des négociations avec le Parlement européen pour convenir d’un texte juridique définitif.