Un vote contre la politique budgétaire française pourrait entraîner l’ensemble de la zone euro dans une grave crise économique. Le fantôme évoqué par de nombreux experts est celui de la Grèce d’il y a une dizaine d’années, qui a provoqué de graves secousses sur le vieux continent. Pour le moment, tout dépend de Marine Le Pen, la leader de l’extrême droite française déterminée à rejeter le budget proposé par le Premier ministre Michel Barnier. L’effet domino, avec une chute du gouvernement de Paris, effrayerait les marchés, déjà alarmés par la crise allemande et les possibles implications de l’élection de Donald Trump sur les entreprises du bloc européen.
Le Pen décisive dans le vote du budget français
Le tout entre les mains du Rassemblement National. Perdant des élections législatives, le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella se retrouve en tête. Tous deux menacent de mettre fin au gouvernement dirigé par le Premier ministre Michel Barnier. Après seulement trois mois de mandat, l’approbation du budget est essentielle pour Barnier. La France a généré une dette égale à environ 6 % de son PIB, soit le double de ce que l’UE admet, et elle est en négociations étroites avec Bruxelles pour comprendre comment l’étaler face à de profondes réformes.
Les réductions de dépenses sont essentielles, mais c’est là où les appliquer que le gouvernement se heurte à la résistance des autres partis politiques. Dirigé par une majorité très fragile, Barnier peine à convaincre tant la gauche radicale du Nouveau Front populaire (NFP) que l’extrême droite du Rassemblement national. La confusion qui règne sous la Tour Eiffel dépasse les frontières transalpines, entraînant potentiellement avec elle d’autres pays de l’espace européen.
Parce que tout le monde veut faire tomber le gouvernement Barnier
La rencontre du 25 novembre entre Barnier et Le Pen à l’Elysée n’a servi à rien. « Ma position n’a pas changé. Pas plus que, apparemment, celle du Premier ministre n’a évolué », a déclaré Le Pen à la sortie du palais Matignon. Le leader du RN juge « inacceptable » la hausse des taxes sur l’électricité et la « désindexation des retraites ». Son parti appelle plutôt à des coupes dans les questions d’immigration, dénonçant notamment le poids de l’assistance médicale offerte aux migrants et la bureaucratie de l’État. Si l’ancien Premier ministre macroniste Gabriel Attal parle d’une position « irresponsable » de la part de Le Pen, elle rejette l’accusation de vouloir semer le « chaos » dans le pays, minimisant l’importance du vote négatif.
Il a déjà imputé la responsabilité d’une crise politique au président Emmanuel Macron, accusé d’avoir créé un gouvernement de facto sans véritable majorité. Les doutes sur le budget élaboré par l’équipe de Barnier se sont étendus à la plupart des acteurs politiques du pays, y compris ses alliés macronistes. L’objectif d’économiser 60 milliards d’euros est une mission qui mécontente tout le monde. Selon une enquête Ipsos publiée le La Tribune53 % des Français souhaiteraient voir le gouvernement tomber. Mais si cela devait réellement se produire, quelles seraient les conséquences pour le pays et le reste de l’Europe ? La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a mis en garde les autres partis, parlant d' »un scénario grec ». Traduit : il existe un risque d’une grave crise financière.
Le fantôme d’une nouvelle crise grecque
Il y a dix ans, la Grèce était submergée par une crise sans précédent, démontrant la fragilité de l’ensemble de la zone euro. Le tremblement de terre d’Athènes s’est propagé aux systèmes bancaires du Portugal, de l’Irlande et de l’Espagne. La France et l’Italie hésitaient également. Mais c’était encore l’époque de la locomotive allemande, dirigée par l’inoxydable Angela Merkel. Aujourd’hui, la situation européenne est bien plus chaotique. Berlin elle-même est aux prises avec divers problèmes, depuis la paupérisation industrielle démontrée par les licenciements chez Volkswagen et Thyssenkrupp, jusqu’à l’impasse politique, avec la menace de plus en plus concrète de l’extrême droite au pouvoir. Il y a trop d’emplois menacés par la guillotine pour que l’Allemagne puisse à nouveau s’occuper de « sauver » l’économie européenne. La situation à Bruxelles est tout aussi délicate, l’exécutif d’Ursula von der Leyen peine à trouver une majorité consolidée.
« Employés du parti payés avec l’argent du PE » : l’accusation qui met Marine Le Pen en difficulté
La Banque centrale européenne a déjà tiré la sonnette d’alarme : la crise de la dette de la zone euro est imminente, provoquée par une croissance insuffisante et une instabilité politique généralisée. Le vote négatif sur le budget français porterait un nouveau coup très sévère à la stabilité et à la crédibilité de l’économie européenne. Le Pen est prête à le déchaîner, en attendant l’issue d’un procès délicat, dans lequel elle est accusée avec 26 autres personnes d’avoir détourné des fonds du Parlement européen pour payer des employés du parti. La principale question reste de savoir si cela vaut la peine de renverser un gouvernement qu’il tient, à sa manière, sous son emprise.