L’UE protège ses forêts, voici les nouvelles règles en matière de reforestation

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Les forêts couvrent environ 160 millions d’hectares dans l’Union européenne, soit 39 pour cent de la superficie totale. Contrairement au reste du monde, où la couverture forestière diminue, dans l’UE, la superficie forestière a augmenté de plus de 5 pour cent au cours des trente dernières années, six pays (Suède, Espagne, Finlande, France, Italie et Allemagne) abritant plus des deux tiers du total des forêts.

Lorsqu’un incendie, une tempête ou une inondation détruit une forêt, les arbres doivent être replantés. Pour ce faire, on utilise des semences et des plants produits en pépinières, et jusqu’à présent chaque État membre de l’UE gérait cette chaîne d’approvisionnement avec ses propres règles mais ne respectant pas toujours les caractéristiques du lieu.

Une nouvelle réglementation

Le Parlement européen a définitivement approuvé un nouveau règlement qui harmonise les législations. Bientôt, les semences, plants et boutures destinés au reboisement devront être certifiés, traçables et choisis en fonction des conditions climatiques du site de destination, y compris le climat attendu dans les décennies à venir, afin de garantir le bon fonctionnement du reboisement. Le texte introduit également l’obligation de coopération entre pays voisins lorsque des catastrophes traversent les frontières, et la possibilité de préparer des plans d’urgence pour garantir un approvisionnement suffisant en matériel en cas de reboisement soudain à grande échelle.

« L’Europe a également besoin d’un marché unique européen fonctionnel pour le matériel forestier de reproduction. C’est le seul moyen de satisfaire la demande croissante de jeunes arbres de haute qualité, nécessaires pour faire face à la demande croissante provoquée par le changement climatique et la bioéconomie en expansion », a déclaré le rapporteur du Parlement européen, l’eurodéputé italien Herbert Dorfmann.

« L’accord améliore la qualité de nos plants, car il crée la possibilité d’introduire davantage de matériel de sélection de haute qualité sur le marché unique, tout en garantissant que la charge pesant sur les administrations nationales et les autorités de contrôle soit aussi légère que possible. Une victoire pour l’Europe et ses forêts », a-t-il ajouté.

Un tableau ancien

Pendant des décennies, la production et le commerce de semences et de plants destinés aux forêts européennes ont été réglementés par une directive de 1999. Ce texte, désormais obsolète, n’a pas été conçu pour répondre aux défis du changement climatique, de la fréquence croissante des événements extrêmes comme les incendies et les tempêtes, ni pour exploiter les possibilités offertes par la traçabilité numérique.

Matériel forestier de reproduction

Le matériel forestier de reproduction comprend tout ce qui est nécessaire à la culture de nouveaux arbres : graines, fruits, boutures de tiges ou de feuilles, bourgeons, rayons, greffons, mais aussi plants déjà cultivés en pépinière à partir de ces sources. Un matériel de bonne qualité, adapté aux conditions climatiques du site de destination et génétiquement diversifié, est une condition indispensable pour qu’une forêt soit résiliente dans le temps.

Le nouveau règlement établit que seuls les matériaux « agréés et certifiés » peuvent être mis sur le marché unique européen. L’agrément concerne ce que l’on appelle la « source de base », c’est-à-dire l’arbre ou le peuplement dont provient le matériau ; la certification s’applique au matériel collecté avant sa commercialisation. Les États membres devront enregistrer les sources agréées sur leur territoire dans des registres nationaux, et la Commission publiera une liste unifiée au niveau européen, assurant ainsi une traçabilité à l’échelle continentale.

Traçabilité

L’une des innovations les plus importantes de la réglementation est l’introduction d’une traçabilité obligatoire « de la collecte à la commercialisation ». Chaque lot de semences ou de plants doit être suivi tout au long de la chaîne d’approvisionnement, avec des outils incluant également une traçabilité numérique.

Les producteurs seront tenus de notifier aux autorités nationales leur intention de procéder à la récolte avant le début de celle-ci, afin de permettre l’organisation des contrôles.

Des forêts plus résilientes au climat

Le texte introduit également une orientation vers la résilience écologique. Les sources de base devront faire l’objet d’une évaluation de leurs caractéristiques de durabilité, qui prend en compte la résistance aux agents pathogènes et la capacité d’adaptation aux conditions climatiques locales et futures. Cela signifie que les semences et les plants destinés au reboisement devront de plus en plus être choisis non seulement en fonction de l’espèce, mais également en fonction du climat attendu du lieu où ils seront plantés.

La liste des espèces d’arbres couvertes par le règlement a été élargie par rapport à la législation précédente.

Coopération transfrontalière

L’un des aspects les plus innovants du texte concerne la gestion des crises. Les États membres devront coopérer pour garantir l’approvisionnement en matériel forestier de reproduction dans les zones touchées par des événements qui traversent les frontières nationales, tels que des tempêtes, des incendies ou des infestations de ravageurs. C’est une reconnaissance explicite du fait que les catastrophes forestières ne s’arrêtent pas aux frontières.

Le règlement introduit également la possibilité, sur une base volontaire, d’élaborer des plans d’urgence nationaux. Ces plans, dont les exigences sont simplifiées par rapport à la proposition initiale de la Commission, serviront à garantir des réserves suffisantes de matériaux à utiliser en cas de besoin soudain de reboisement à grande échelle. La Commission sera en mesure de fournir un soutien technique aux États qui en feront la demande dans la phase de préparation de ces plans.

Cinq ans pour s’adapter

Le règlement entrera en vigueur cinq ans après son adoption, un délai très large qui se justifie par la complexité des ajustements nécessaires. Les systèmes de contrôle nationaux, les registres des sources approuvées, les procédures de certification et la formation du personnel des autorités compétentes nécessitent du temps et des ressources.