En 1923, le psychiatre français Joseph Capgras décrit le cas de Madame M.une patiente souffrant d’une forme de psychose, convaincue que les membres de sa famille, ainsi que de nombreux habitants de Paris, avaient été remplacés par des sosies de même apparence et emprisonnés dans la clandestinité de la capitale française. Depuis lors, le terme syndrome de Capgras a été utilisé pour désigner un trouble psychiatrique dans lequel les patients développent la conviction que les personnes qui leur sont chères ont été remplacées par des sosies identiques. La cause de ce syndrome pourrait résider dans un « court-circuit » du cerveau, qui perdrait la capacité d’intégrer les informations visuelles liées à physionomie des visages avec moi souvenirs affectifs qui leur sont associés, emprisonnant les patients dans un continuum jamais vu, littéralement « jamais vu », c’est-à-dire le sentiment d’étrangeté devant des personnes, des choses et des lieux familiers.
Le secret dans le métro parisien : la dénonciation de Madame M.
Le 3 juin 1918, à Paris, un des nouvelles déconcertantes tonnait dans le bureau des plaintes d’un commissariat : ils vivaient sous terre dans la ville de nombreuses personnes emprisonnéesnotamment des enfants, dont la plupart étaient concentrés dans le sous-sol de la maison de Madame M..
Il a été révélé Madame M. elle-mêmeune couturière d’une cinquantaine d’années qui se décrit comme une bienfaiteur à l’âme noble. En revanche, selon lui, Madame M. appréciait origines illustres: petite-fille de la reine des Indes et descendante du roi Henri IV, âgée de 15 mois elle avait été kidnappée et échangée contre une petite fille par un homme, M. M., qui depuis lors fait semblant d’être son pèrela privant de titres de noblesse et d’un héritage dépassant les 125 milliards.
Une vie de tromperie
Depuis, comme le disait Madame M. (ou Madame de Rio-Brancocomme elle préférait qu’on l’appelle), sa vie avait été une succession de complots ourdis contre elleEt pour voler sa fortune, le tout avec un complot similaire. À 29 ans, elle épousa M. G., qui fut secrètement assassiné quelques années plus tard et remplacé par des sosies « imposteurs » (environ 80 en un peu plus de 20 ans) parfaitement identiques. Un sort similaire avait également été réservé à ses enfants : l’aîné, décédé à l’âge de 22 mois, aurait en réalité été remplacé par l’infirmière par un sosielui-même empoisonné et ressuscité après les funérailles pour être emmené dans une nouvelle famille. L’une de ses filles a cependant été volée et remplacée à plusieurs reprises :
« Pour remplacer ma vraie fille volée, on en mettait toujours une autre, qui à son tour était enlevée et immédiatement remplacée… (…). J’en ai eu plus de deux mille en cinq ans : ce sont des sosies… Chaque jour, des petites filles arrivaient chez moi et, chaque jour, on les emmenait. »
Pas seulement les proches : le portier, les voisins, les domestiques, les médecins, le préfet, les commissaires de police et autres 28 mille des gens partout à Paris ils avaient été kidnappés, remplacé par des sosies et enfermé dans un labyrinthe dense fait de tunnels et de salles secrètes du métro parisien.
Le diagnostic du syndrome de Capgras
Il était clair pour la police que les récits de Madame M., malgré la lucidité et le calme impressionnants du récit, étaient le résultat d’un délire qui cachait un trouble mental. Soumise à une évaluation psychiatrique, la femme a été admise deux jours plus tard à l’hôpital Sainte-Anne, où on lui a diagnostiqué une psychose chronique hallucinatoire, interprétative et imaginative à thème fantastique.
Quelques années plus tard, le cas de Mme M. attire l’attention du psychiatre français Joseph Capgrasqui a soigneusement documenté son histoire dans l’article L’illusion des « sosies » dans un délice chroniquement systématique (L’illusion des « doubles » dans un délire chronique systématisé). Par la suite, on a découvert que les symptômes manifestés par Mme M. étaient également présents chez d’autres patients psychiatriques, chez qui on avait diagnostiqué Syndrome de Capgrasnommé en l’honneur du psychiatre français.
Que se passe-t-il dans le cerveau des patients atteints du syndrome de Capgras
Dans tous les cas de syndrome de Capgras, les patients partagent la même conviction : croire fermement que leurs proches ont été remplacé par des sosies semblant parfaitement identiques.
Mais comment est-il possible que notre cerveau puisse tomber dans une telle tromperie ? Bien qu’il n’y ait pas encore de réponse définitive, l’étude de patients présentant des lésions cérébrales a permis de formuler une hypothèse fascinante. Pour le comprendre, imaginez devoir identifier le visage d’une personne qui nous est chère sur une photographie qui représente également des visages inconnus. Selon toute vraisemblance, notre cerveau reconnaîtra rapidement et instinctivement la personne familière, en associant un élément immédiat à son visage. valeur sentimentale.
Même si nous n’en sommes pas conscients, à chaque fois nous observons un visage familier notre cerveau effectue exactement cette opération : certaines zones du cortex temporal identifier ce que nous observons comme affrontertandis que d’autres régions, appartenant à système limbiqueils lui donnent un sens émotionnel. Grâce à des connexions neuronales spécifiques (réelles « les routes du cerveau »), les informations relatives aux caractéristiques physionomiques s’intègrent aux informations affectives, permettant de reconnaître que le visage devant nous n’appartient pas à n’importe quelle personne.

Chez les patients atteints du syndrome de Capgras, ces connexions entre les régions temporales et limbiques pourrait être compromispar exemple suite à un accident vasculaire cérébral ou à une pathologie neurodégénérative, provoquant l’incapacité de s’associer le visage d’une personne connue pour sa valeur sentimentale. Bref, ceux qui souffrent du syndrome de Capgras peuvent voir un ami ou un membre de leur famille, mais ne peuvent plus le sentir en tant que tel, le prenant par erreur pour un sosie.
C’est difficile à imaginer, n’est-ce pas ? Pourtant, une sensation en partie similaire (bien qu’il s’agisse de phénomènes distincts) se manifeste lorsque nous éprouvons un jamais vu, le contraire du déjà vu : une expérience ou un élément familier, comme un mot répété plusieurs fois, un lieu ou un visage longuement observé, apparaît soudain neuf ou étrangernous laissant en un pendant quelques instants état de désorientation.
Heureusement, dans le cas du jamais vu ces sensations durent quelques secondes. Dans le syndrome de Capgras, c’est le cas « sentiment de tromperie » devient un sensation récurrentenous rappelant à quel point la réalité que nous vivons et percevons est le résultat d’un équilibre chimique et physiologique délicat et harmonieux dans notre cerveau.
Sources :
Capgras J., L’illusion des « sosies » dans un délire systématisé chronique, 1923 Kaushal PJ et al., Capgras Syndrome, 2023 Gramling G. et al., Distinguishing Reality: A Case of Delusional Misidentification Syndrome in a 39-Year-Old Male, 2023 Sinkman A., The syndrome of Capgras, 2008 Hirstein W. et al., Syndrome de Capgras : une nouvelle sonde pour comprendre la représentation neuronale de l’identité et de la familiarité des personnes, 1997