Le schisme des Lefebvriens n’est pas le premier dans l’histoire : car une séparation entre croyants peut se produire

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Ces dernières heures, nous avons recommencé à parler d’un possible schisme, celui de Fraternité sacerdotale Saint-Piefondée en 1970 par l’évêque ultra-conservateur Marcel Lefebvre : Pape Léon XIV a lancé un appel par lettre, demandant de ne pas procéder à la consécration de quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical prévue demain matin, 1er juillet, au séminaire suisse d’Écône. « Je vous en supplie et vous demande de tout mon cœur : revenez sur vos pas », écrit Léon XIV au supérieur général de la Fraternité. Ce n’est pas la première fois que l’Église Lefebvriens ils s’affrontent : la Fraternité a en effet déjà provoqué un schisme en 1988, partiellement résolu, et risque désormais d’aggraver la séparation si, comme annoncé, elle ordonne de nouveaux évêques sans l’autorisation du Pape.

Mais qu’est-ce qu’un schisme? C’est la séparation d’un groupe de croyants d’une communauté religieuse. Cela peut survenir en raison de différences organisationnelles, disciplinaires, doctrinales ou autres. Le terme fait avant tout référence au christianisme qui, au cours de son histoire, a connu de nombreux schismes, dont certains ne sont jamais revenus et déterminent encore aujourd’hui la présence de différentes confessions chrétiennes. Le schisme d’Orient, la Réforme protestante et le schisme anglican sont les plus importants. Au lieu de cela, c’est Schisme occidentalqui divisait le christianisme aux XIVe et XVe siècles, est définitivement surmontée.

Qu’est-ce qu’un schisme

Par schisme, nous entendons le séparation d’un groupe de croyants d’une communauté religieusegénéralement en raison de désaccords sur l’autorité, l’organisation, la discipline ou les doctrines fondamentales. Dans un sens plus large, le terme désigne parfois une division au sein d’une organisation, d’un parti ou d’un mouvement. L’utilisation la plus fréquente du mot schisme concerne le christianismecar les divisions qui se sont développées dans d’autres religions, comme celle entre sunnites et chiites dans l’Islam, ne sont généralement pas définies comme des schismes.

La religion chrétienne, depuis ses origines, a connu de nombreux schismes. L’un des premiers était-il Schisme nestorienqui s’est produit au Ve siècle pour des raisons doctrinales : les disciples de Nestorius, évêque de Constantinople, croyaient que les deux natures de Jésus, humaine et divine, étaient complètement distinctes et que par conséquent Marie ne pouvait avoir la titre de « mère de Dieu ». D’autres schismes eurent lieu au cours des décennies et siècles suivants. Les plus importants étaient au nombre de quatre, dont trois n’ont jamais été recomposés.

La première eut lieu en 1054 entre les Églises catholique et orthodoxe.

Le Grand Schisme, ou Schisme d’Orient, a eu lieu en 1054 et sanctionna la séparation définitive de l’Église catholique d’elle orthodoxec’est-à-dire de Rome et Constantinople. Le schisme fut la conclusion d’une longue période de des contrastes, dus à divers enjeux doctrinaux et politiquesmais surtout lié à la prééminence que l’évêque de Rome, c’est-à-dire le pape, avait acquise sur l’ensemble du monde chrétien. L’église de Constantinople il n’a pas reconnu cette supériorité. En 1054 survient la rupture définitive, qui se concrétise avec la excommunication mutuel du pape Léon IX et du patriarche de Constantinople Michel I Cerulario.

La division religieuse après le schisme (Wikimedia Commons)

Malgré les tentatives de réconciliation, le schisme n’a jamais été guéri et persiste encore aujourd’hui. Église orthodoxeprédominant en Europe de l’Est, est distinct du catholique et, avec sa Environ 250 millions de fidèlesest la troisième confession chrétienne au monde après le catholicisme et le protestantisme.

Le schisme d’Occident entre 1378 et 1417

Le schisme d’Occident était la division de l’Église catholique en deux grandes « obédiences » entre les 1378 et 1417. Le schisme trouve son origine dans le fait qu’en 1378 le siège papal – transféré à Avignon en 1309 – fut ramené à Rome par décision de Grégoire XI. L’année suivante, le pape mourut et l’élection de son successeur, Urbain VIn’a pas été accepté par certains cardinaux, qui ont élu un autre pontife, Clément VIIce qui ramène le siège à Avignon. Ils se sont donc retrouvés à coexister deux papes, un à Rome et un à Avignon. Le christianisme s’est divisé et les monarchies européennes se sont rangées du côté de l’un ou l’autre pontife pour des raisons politiques.

Carte du schisme occidental (Wikimedia Commons)

En 1409, le concile de Pise tenta de résoudre la crise, mais finit par créer un troisième pape. Le schisme il revint en 1417 avec le Concile de Constancequi déposa les prétendants et élut un seul pontife, Martin V..

La naissance de la Réforme protestante en 1517

Le schisme protestant, mieux connu sous le nom de Réforme, était la séparation par l’Église catholique des confessions réformées. La Réforme a commencé en 1517quand le moine augustin allemand Martin Luther il publie ses 95 thèses, critiquant durement l’Église catholique, notamment pour la vente des indulgences. Les idées de Luther se répandirent rapidement, grâce à la presse et au soutien de quelques princes allemands. La Réforme a conduit à naissance de nouvelles confessions chrétiennescomme le luthéranisme et le calvinisme, et à une profonde division religieuse, qui perdure encore aujourd’hui.

Les religions en Europe après la Réforme (crédit CortoFrancese via Wikimedia Commons)

Le protestantisme est répandu aujourd’huiEurope centrale et septentrionale et autres continents. Les différents courants protestants comptent environ 900 millions de fidèles.

La séparation de l’Église anglaise avec le roi Henri VIII

Le schisme anglican est le séparation de l’Église anglaisequi reconnaît le roi d’Angleterre et non le pape comme sa plus haute autorité. Le schisme s’est produit en 16ème siècle lorsque le roi Henri VIII d’Angleterre rompit ses relations avec l’Église catholique en raison du refus du pape de annuler son mariage avec Catherine d’Aragon. Avec leActe de suprématie En 1534, Henry se proclame chef de l’Église anglicane. La confession est encore aujourd’hui séparée de Rome et reconnaît certains éléments de la doctrine protestante et d’autres de la doctrine catholique. Les fidèles Les anglicans sont au nombre d’environ 80 millions.

Henri VIII (WIkimedia Commons)

La Fraternité Saint-Pie

Le cas des prêtres lefebvriens est différent. La séparation remonte à une époque récente, c’est-à-dire à la période qui a suivi Concile Vatican IIqui, comme on le sait, a profondément renouvelé l’Église dans les années 1960, en introduisant la récitation de la messe dans les langues nationales au lieu du latin et rendre l’institution ecclésiastique plus adaptée à la modernité.

Le des prêtres plus conservateursdont l’évêque français Marcel Lefebvre (1905-1991). En 1970, Lefebvre fonde une communauté, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie. ne reconnaît pas certains principes du Conseil. Entré en conflit avec le Vatican, le prélat fut excommunié latae sentiae (c’est-à-dire automatiquement) en 1988, lorsque, sans autorisation du Saint-Siège, il ordonna quatre évêques, qui furent à leur tour excommuniés. Ainsi commença le schisme, qui se poursuivit après la mort de Lefebvre en 1991. L’excommunication fut révoqué en 2009 par Benoît XVIqui met ainsi fin au schisme, mais la Fraternité il n’est pas revenu à la pleine communion avec Rome.

Bénédiction de la Fraternité Saint-Pie

Si, comme annoncé, la Fraternité ordonne d’autres évêques, elle s’exposera à une nouvelle excommunication. latae sentiae et le schisme recommencera. L’excommunication prendra donc effet immédiatement. Aujourd’hui les Lefebvriens sont au nombre d’environ 700 prêtres et plusieurs centaines de milliers de fidèlesrépandue dans plusieurs pays, avec une prévalence en France et en Suisse.