Le cinéma est en crise et ne fait rien pour s’en sortir
Annus horribilis. C’est ainsi que le cinéma retiendra cette année 2025, avec des mois d’octobre et novembre qui marquent une baisse pour le moins dramatique, 2 millions d’entrées en moins par rapport à 2024. Au total, pas moins de 4 millions de spectateurs ne se sont pas présentés pour des films qui autrefois auraient bien marché mais qui ont pataugé, souvent très mal. Un tableau dramatique, qui nous raconte un changement radical dans l’industrie. Et c’est évidemment aussi l’Italie qui a le plus de problèmes dans ce cas-là.
Des salles de plus en plus désertées par un public qui a changé
Pour le cinéma, 2025 a été une année de confrontation, avec une situation de plus en plus dramatique et incontrôlable. On ne compte plus les déceptions au cinéma, les flops, les pertes pour un secteur qui, depuis le Covid19, ne parvient plus à se relever. Il semblait que c’était hier que les cinémas attiraient un flot de spectateurs, que le MCU, par exemple, enregistrait des recettes record. Puis quelque chose s’est produit, ou plutôt plusieurs choses se sont produites. On ne trouve plus de formule gagnante.
Des stars du box-office comme The Rock ou Tom Cruise ont enregistré des débâcles significatives, la première avec « The Smashing Machine », la seconde avec les deux derniers chapitres de la saga « Mission : Impossible ». Mais l’ensemble de la filière ne trouve plus la clé du problème. Et cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir de bonnes ou de mauvaises idées, le fait est que le public n’est visiblement pas atteint de la bonne manière, ou bien il a simplement décidé qu’aller au cinéma doit vraiment en valoir la peine, que ce doit être un événement, quelque chose dont on se souvient. Nous connaissons tous l’alternative : rester chez soi, téléviseurs 50 pouces, systèmes audio dernière génération.
Pas de voisins qui regardent leur téléphone portable, qui font du désordre, pas de pièces avec des sièges inconfortables, de la saleté et bien plus encore. Mais il ne faut pas sous-estimer la situation économique. Le monde vit dans un état de crise et d’incertitude perpétuelle, aucun pays n’est en sécurité, alors pourquoi aller au cinéma, acheter quelques billets (peut-être ajouter une collation chacun) et se retrouver avec 20 euros de moins chacun ? Pour le même montant, Netflix et Prime Video vous offriront le même film dans environ un mois.
Le public choisit clairement : « Lilo & Stitch », « A Minecraft Movie », le nouveau Jurassic World, « How to Train Your Dragon », avec lequel nous en sommes à 600 millions de dollars. Autrefois, c’était un succès moyen, mais maintenant c’est alléchant. Disney a façonné toute une génération à force de comics, mais maintenant qu’ils meurent, ils ne vont plus au cinéma.
Beaucoup n’aiment pas la nouvelle tendance Woke de l’industrie. Le public va au cinéma pour s’amuser, se distraire. Le cinéma produit aujourd’hui beaucoup mais le travail est très mal fait sur le montage, les effets et la promotion. Mais il y a plus, le cinéma doit désormais apporter des garanties en termes de réalisateurs, le casting seul ne suffit plus.
Le cinéma doit retrouver la qualité
Voulez-vous un exemple? On sait déjà que « L’Odyssée » de Christopher Nolan va arriver au box-office, James Cameron ment en sachant qu’il ment lorsqu’il évoque un possible flop pour « Avatar 3 ». Le public leur fait confiance, ils savent qu’ils obtiendront ce qu’ils demandent. Mais ensuite un certain type de cinéma moyen, signé de bons auteurs, engageant et accessible, a disparu. Aujourd’hui, une paternité qui tourne en rond domine, l’industrie est gérée par des gens incompétents, qui traitent les films comme des hamburgers, mais le cinéma est aussi de l’art, et si cet élément d’authenticité manque, alors tout s’effondre.
Se pose ensuite le problème de la politique de promotion, de positionnement et de distribution. De ce point de vue, l’Italie, compte tenu également des coupes budgétaires substantielles du gouvernement, de l’absence d’une véritable industrie comme dans d’autres pays européens, des vieux producteurs coincés dans les années 90, est naturellement en queue de peloton, manquant d’incroyables opportunités. Voulez-vous un exemple? Les belles « 40 secondes » de Vincenzo Alfieri, sur la mort tragique de Willy Monteiro. Pour le moment, c’est un fiasco économique absurde, malgré sa valeur.
La raison n’est pas seulement dans un public qui récompense Pio et Amedeo, « Wicked – Part 2 », du désengagement, mais d’une conception incorrecte du positionnement. Les écoles n’étaient pas impliquées, il n’y avait pas de marketing viral, il n’était pas conçu pour un marché étranger, où un tel film aurait beaucoup plus d’attrait compte tenu du public différent. Il a été présenté au Festival de Rome, plutôt qu’à Berlin, voire à Cannes.
Le dernier album d’Ozpetek, « Diamonds », a fini par être distribué dans 40 pays. Bien sûr, il y en avait 15 millions dans notre pays, mais sommes-nous sûrs que « 40 secondes », avec le bon podium, n’aurait pas attiré l’attention de la bonne distribution ? Le streaming viendra à la rescousse, à la fois ennemi et sauveur du cinéma moderne. Cela ne sert à rien de le nier, certains films ne pourront y être vus que dans le futur, les salles (hormis celles d’art et essai) ne les projetteront plus volontiers, voir « Anora », qu’on ne trouve pas.
Le cinéma doit revoir ses coûts, privilégier la qualité, arrêter les remakes ou assimilés, créer de nouvelles stratégies marketing. Penser que les influenceurs et les créateurs de contenu sont la solution est plus tragique que comique.