Le budget de l’UE, pour Meloni, la cohésion en est une "ligne rouge". Mais pour Merz "nous avons d’autres priorités"

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

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Le débat sur le futur budget de l’Union européenne reprend vie. Lors de la deuxième journée de travail du Conseil européen informel à Chypre, les chefs d’État et de gouvernement ont discuté (et se sont affrontés) sur leurs visions du « Cadre financier pluriannuel » (CFP), définissant leurs priorités.

Le CFP 2028-2034

Le prochain cycle financier de sept ans, qui s’étend de 2028 à 2034, disposera de dotations égales à environ 1 800 milliards d’euros destinées à financer les chapitres de la politique économique commune. Par rapport à la période précédente, où l’allocation s’élevait à 1.200 milliards, il y a eu une augmentation de 367,2 milliards d’euros qui seront destinés aux chapitres compétitivité, prospérité et sécurité. Une autre nouveauté du prochain CFP concerne sa structure, qui rappelle celle utilisée pour les fonds PNRR, avec une simplification des chapitres de dépenses à quatre rubriques au lieu de sept.

Dans le détail, la première rubrique comprend la cohésion économique, sociale et territoriale, l’agriculture et les affaires rurales, les affaires maritimes, la prospérité et la sécurité, avec un budget de 946,4 milliards d’euros égal à 53,7% du CFP. Et c’est précisément là que se trouve le centre d’une des confrontations les plus vives, entre l’Italie qui veut défendre l’ancienne approche budgétaire et les politiques agricoles et de cohésion, et l’Allemagne qui se concentre plutôt sur la rigidité des comptes et demande des coupes précisément dans ces domaines pour financer ce qu’elle considère comme les nouvelles priorités de l’Europe.

Melons : « Lignes rouges » sur la cohésion et l’agriculture

Celle sur le cadre financier pluriannuel « est une négociation très difficile », a déclaré Giorgia Meloni à l’issue de la réunion. « Les positions entre eux commencent de manière très différente, mais ici aussi je réitère les légères lignes rouges qu’il y a en Italie. L’une d’elles concerne évidemment les fonds de cohésion et les fonds de la politique agricole commune », a expliqué le premier ministre. « Il est inutile pour nous de veiller à notre sécurité si nous ne nous occupons pas ensuite de la sécurité alimentaire, et il est inutile pour nous d’essayer de construire la compétitivité si nous ne comprenons pas que la cohésion, c’est-à-dire mettre tous les territoires en mesure de rivaliser sur un pied d’égalité, est la condition préalable à toute forme de compétitivité », a-t-il ajouté.

Merz : coupes dans la cohésion, non à la dette

Le chancelier allemand Friedrich Merz a fait valoir que la position de l’Allemagne sur le cadre financier pluriannuel de l’UE est que les « nouvelles priorités » doivent être financées en supprimant d’autres chapitres de dépenses, tels que la cohésion et la PAC, bien qu’il ne l’ait pas explicitement déclaré à la presse. « J’ai déjà dit à mes collègues que nous devrons établir de nouvelles priorités. Cela signifie que nous devrons également réduire les dépenses du budget européen dans d’autres secteurs. Du point de vue allemand, une augmentation de la dette est hors de question », a-t-il déclaré à Nicosie.

Macron optimiste

L’optimisme a plutôt été affiché par Emmanuel Macron. En Europe, a souligné le président français, « à chaque fois nous partons de positions très différentes et nous parvenons toujours à atteindre nos objectifs », a-t-il expliqué, indiquant la nécessité de « garder intactes » les « politiques historiques » européennes comme la PAC et la Cohésion et d’investir dans les nouveaux défis de « défense et sécurité, la transition technologique avec l’IA et l’informatique quantique, et les technologies vertes ».

L’autre grande actualité de la semaine sur la cohésion européenne et la politique régionale

Dense en Irlande pour la cohésion

Jeudi 23, le vice-président de la Commission européenne chargé de la cohésion, Raffaele Fitto, a conclu une tournée de rencontres institutionnelles en Irlande. Mercredi, il a visité le Trinity College de Dublin ; a rencontré le ministre Jack Chambers jeudi. « Nous avons parlé des ressources européennes, avec une attention particulière sur la politique de cohésion, la programmation actuelle et le futur budget », a-t-il écrit. La visite a lieu à un moment clé : à partir du 1er juillet, Dublin assumera la présidence du Conseil de l’UE et dirigera les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034.

Espaces intérieurs, le « droit de rester »

Le 6 mai, Fitto réunira tous les ministres de la Cohésion à Bruxelles pour une discussion qualifiée de « haut niveau » sur le droit au maintien dans les territoires. C’est ce qu’a annoncé mercredi 22 Tommaso Foti, ministre italien des Affaires européennes, du Pnrr et des politiques de cohésion, lors de la conférence « Territoires connectés. Communautés vivantes » à Castelnuovo Garfagnana (Lucques), consacrée à l’avenir des espaces intérieurs. « Ce n’est pas une question nationale, mais européenne, comme la baisse du taux de natalité », a déclaré Foti, qui a également évoqué la question démographique: les nations qui ont investi pour inverser la tendance ont vu, après quelques années, « la courbe recommence à s’incurver », un phénomène qui a des racines non seulement sociales mais aussi culturelles.

Cohésion dans le cadre du programme « Accélérer l’UE »

Les fonds de cohésion font partie des ressources mobilisées par le plan « Accelerate Eu », adopté par la Commission européenne pour faire face à la crise énergétique. Le vice-président Fitto l’a souligné mercredi 22, en commentant le paquet sur ses réseaux sociaux. Le plan, écrit-il, « combine des mesures immédiates et des interventions structurelles à long terme pour réduire la dépendance à l’égard des marchés fossiles volatils », en se concentrant sur les ressources déjà disponibles telles que Next Generation Eu et les fonds de cohésion « pour garantir des interventions rapides et efficaces ». « Accélérer la transition vers une énergie propre est à la fois un impératif économique et sécuritaire », a conclu Fitto, annonçant que la Commission accompagnera les États membres « à chaque étape de ce voyage ».

Fitto à la rencontre des entreprises ultra-périphériques

Fitto a présidé mardi 21 à Bruxelles un dialogue avec les représentants des entreprises des neuf régions ultrapériphériques de l’UE, zones géographiquement éloignées du continent européen mais faisant juridiquement partie de l’Union : Açores, Madère, Îles Canaries, Guadeloupe, Martinique, Guyane française, Réunion, Mayotte et Saint-Martin. La réunion avait pour objectif de préparer la future stratégie pour ces territoires, que Fitto a définis à plusieurs reprises comme « avant-postes de l’UE dans le monde », attendue pour fin mai. Le plan devrait être accompagné d’une initiative de simplification réglementaire pour éliminer les obstacles législatifs qui ralentissent le développement socio-économique et la compétitivité de ces régions.

Bilbao accueille le Forum des Villes

La ville basque de Bilbao, en Espagne, a été choisie pour accueillir la prochaine édition du Forum des Villes, l’événement européen qui rassemble des dirigeants politiques, des urbanistes et des opérateurs du secteur pour discuter des défis du développement urbain. Bilbao a prévalu sur 26 autres villes candidates grâce à ses antécédents en matière de développement urbain durable. L’édition 2027 comprend des sessions de haut niveau et des ateliers interactifs. De plus amples détails sur les dates, les intervenants, le programme et l’inscription seront communiqués dans les mois à venir. Le Forum des Villes est l’un des événements de référence dans le cadre de la politique européenne de cohésion, qui alloue des ressources importantes aux villes pour soutenir la transition verte et la régénération urbaine.

Haut-Adige et Fesr en bonne voie

Le comité de suivi du FEDER (Fonds européen de développement régional) s’est réuni jeudi 23 à Bolzano, à Eurac, pour faire le point sur le programme 2021-2027, doté d’environ 250 millions d’euros pour le Haut-Adige. Le bilan est positif : 22 avis publiés, plus de 175 projets sélectionnés et 90 pour cent des fonds déjà alloués. Le président de la Province, Arno Kompatscher, a toutefois lancé un avertissement: « Au niveau européen, on parle de la possibilité que les fonds de cohésion soient gérés au niveau de l’État, comme cela se produit avec le Pnrr. Pour nous, ce n’est pas une perspective positive, car nous ne pouvons pas mettre toutes les régions d’Italie dans le même chaudron ». Des représentants des autorités nationales et de la Commission européenne étaient présents à la réunion.

Régions : risque de greenwashing dans le budget de l’UE

La commission Environnement du Comité européen des régions (Enve) a adopté mercredi 22 sa position sur le prochain budget pluriannuel de l’UE 2028-2034, avertissant que la structure proposée risquait d’encourager le greenwashing et d’élargir les disparités territoriales. L’opinion est portée par le maire de Varsovie Rafał Trzaskowski (polonais). Les députés critiquent le manque d’outils dédiés au potentiel territorial et préviennent que les objectifs de 43 pour cent des dépenses en faveur du climat et de l’environnement resteront sur le papier sans une répartition claire des responsabilités entre les niveaux de gouvernement. L’avenir du programme Life est également inquiétant : le absorber dans un fonds plus important sans allocations garanties pénaliserait les actions locales en faveur de la biodiversité et du climat.

Des fonds dirigés vers les territoires

« Le financement direct stimule l’innovation et renforce la démocratie, car l’argent va aux autorités locales les plus proches des citoyens et les plus résistantes au populisme » : ainsi le bourgmestre de Varsovie Rafał Trzaskowski (populaire), mercredi 22 à Bruxelles, dans le débat entre la commission Environnement du Comité européen des régions et celle du Parlement européen. L’eurodéputé italien Pierfrancesco Maran, du Parti démocrate et président de la Commission Environnement du Parlement européen, a convenu de la nécessité de respecter l’objectif de 35 pour cent de dépenses consacrées au climat et à l’environnement, appelant à un « financement dédié, continu et prévisible » pour la nature et la biodiversité dans le cadre du programme Life, qui selon lui est essentiel pour restaurer les écosystèmes européens endommagés.

Régions : il faut des fonds propres et du chiffre d’affaires sur la PAC

La commission Ressources naturelles (Nat) du Comité européen des régions s’est réunie lundi 20 et mardi 21 pour discuter de la future politique agricole commune 2028-2034. L’opinion est dirigée par Piotr Całbecki (Parti populaire), président de la région de Cujavie-Poméranie, en Pologne, et appelle à un soutien dégressif des revenus pour réduire les inégalités entre les exploitations agricoles, ainsi qu’à des évaluations d’impact territorial. Les membres proposent de réduire à 20 pour cent le quota de cofinancement national pour les actions agroclimatiques, afin de ne pas pénaliser les pays les moins riches. Une deuxième opinion, menée par le socialiste espagnol Emiliano García-Page Sánchez, président de Castille-La Manche, appelle à des mesures contraignantes pour le changement générationnel, en surmontant les obstacles à l’accès à la terre et au financement pour les jeunes agriculteurs.

Droits de douane américains, 7 milliards touchés pour l’agroalimentaire européen

Les droits de douane américains pourraient coûter au secteur agroalimentaire européen environ 7 milliards d’euros par an, avec une baisse des exportations vers les États-Unis estimée à 23,5 pour cent. C’est ce qui ressort d’une étude de la Commission des ressources naturelles (Nat) du Comité européen des régions, présentée entre lundi 20 et mardi 21. L’impact est inégal : les pertes les plus lourdes se concentrent sur des régions spécifiques et des secteurs à forte valeur ajoutée comme le vin, l’huile d’olive et les produits transformés. Les petites et moyennes entreprises et les coopératives sont particulièrement exposées, avec des marges réduites et une faible capacité à diversifier les marchés. Le rapport arrive à un moment déjà difficile, marqué par des coûts énergétiques élevés et des dommages dus aux événements climatiques.