L’Atlas des massacres nazis-fascistes en Italie, la base de données en ligne qui cartographie la violence 1943-1945

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis et les fascistes ont tué des milliers de civils non armés en dehors des conflits armés, faisant plus de 23 000 victimes du Nord au Sud.Atlas des massacres nazis et fascistes c’en est un base de données créé pour rendre ce qui s’est passé en Italie entre septembre 1943 et mai 1945 mesurable, intelligible et donc plus compréhensible.

Dans le contexte de l’occupation allemande, la violence nazie (principalement) et fasciste (secondaire mais constante) s’est répandue dans la société italienne sous différentes formes et modalités, même en dehors de la dimension strictement guerrière. En particulier contre la population civile et contre de nombreux partisans non armés (c’est-à-dire non tué au combat).

Il y avait massacres, représailles, rafles, meurtres ciblés ou aveugles commis lors d’opérations de répression anti-partisanes, de nettoyage du territoire ou de patrouilles, ou d’exécutions planifiées contre des antifascistes et des opposants, réels ou présumés.

La recherche, promue en collaboration par l’Institut national pour l’histoire du mouvement de libération en Italie (INSMLI) et l’Association nationale des partisans d’Italie (ANPI), a permis de dresser un tableau complet des épisodes de violence : selon les données les plus récentes, ils ont été enregistrés 5 892 épisodes de violences et 24 446 victimes.

Violences nazies et fascistes en Italie : la guerre contre les civils

A partir du 8 septembre 1943, donc après le débarquement des Anglo-Américains en Sicile, l’effondrement du régime de Mussolini et l’annonce de l’armistice signé par le gouvernement provisoire de Pietro Badoglio avec les Alliés, l’Italie plongé dans une grave crise.

Une grande partie du centre-nord était occupé militairement par les troupes du Troisième Reich (déjà alliées du régime fasciste, à partir de l’Axe Rome-Berlin). Le roi Vittorio Emanuele III s’est éloigné de Rome vers le sud, avec la famille royale, les militaires et les dirigeants du gouvernement. Il y eut aussi le démantèlement et la dissolution partielle de l’armée nationale et une grande désorientation générale.

La péninsule s’est en effet retrouvée coupé en deux. Dans le centre et le nord de l’Italie, les nazis affrontèrent les Anglo-Américains qui montaient lentement du sud de l’Italie. Pour ce faire, ils imposèrent un contrôle strict du territoire et laissèrent renaître le fascisme avec la fondation du République sociale italienne (RSI), un État collaborationniste embryonnaire avec l’Allemagne dirigé par Mussolini.

Dans ce scénario, l’Italie a été gravement déstabilisé. Durant l’occupation allemande, facilitée et soutenue par le RSI, une offensive fut également lancée pour écraser le Résistance italiennel’un des mouvements antifascistes armés les plus importants et les plus répandus en Europe occidentale.

Parmi les massacres les plus connus il y a par exemple celui des Fosses Ardéatines à Rome (avec 335 morts parmi les civils et les militaires, italiens et non italiens). Ou celui de Sant’Anna di Stazzema dans la province de Lucques (avec 560 morts, tous civils), ou la série de massacres dans le quartier de Monte Sole en Émilie-Romagne, dans les communes de Marzabotto, Grizzana Morandi et Monzuno (avec plus de 770 morts, toujours des civils).

Des actions aussi brutales, drastiques et dramatiques représentent l’expression maximale de violence exercée par les nazis et les fascistes. Ils ne constituaient pas la norme, car ils ne se produisaient pas toujours et partout, mais ils ne constituaient pas non plus un événement isolé ou non prémédité. Ils sont tombés dans un plus grand stratégie terroriste.

Surtout dans le centre-nord (mais pas seulement), il y avait un véritable guerre contre les civils qui ont touché, tour à tour, les villes et les campagnes, les communautés locales et des zones géographiques entières. La période la plus sanglante en termes de nombre de victimes sans défense, non armées ou même précédemment capturées (comme dans le cas des partisans pris en compte) a été entre le printemps et l’été 1944avec 2 521 incidents de violence et 11 774 décès.

Aux violences homicides s’ajoutent d’autres « violences connexes » : vols ou pillages, tortures et abus, déportations et viols.

Les chiffres de l’Atlas des massacres nazis-fascistes

LE’Atlas des massacres nazis et fascistes a été créée sur la base d’une collaboration antérieure entre la République italienne et la République fédérale d’Allemagne. Il est organisé par l’Institut national Ferruccio Parri et l’Association des partisans italiens, a impliqué plus de 90 chercheurs et a produit une base de données, une cartographie géographique et une collection de matériaux et de documents d’époque. Voici les données résultant deAtlas. Comme déjà mentionné, 5 626 actes de violence contre des personnes sans défense ont été enregistrés, ce qui a fait 23 662 victimes au total, selon les données de 2016. Les régions les plus touchées sont dans l’ordre :

  • Émilie-Romagne : 4 536
  • Toscane : 4 413
  • Piémont : 2 872
  • Vénétie : 2 311
  • Campanie : 1 406
Atlas des massacres nazis et fascistes, projet de recherche ANPI-INSMLI.

Voulant fournir un kit d’identité des victimes, les données recueillies montrent que la majorité des victimes sont hommes (87% contre 13% de femmes). C’est la tranche d’âge la plus touchée entre 17 et 55 ans: 4% des personnes tuées étaient âgées de 0 à 11 ans, 4% supplémentaires entre 12 et 16 ans, 15% au-dessus de 55 ans et 77% entre 17 et 55 ans. À cela s’ajoutent les données sur les meurtres de civils: 12 788 sont des civils, tandis que 6 882 partisans sont morts hors scénarios de guerre.

L’étude permet également d’extrapoler d’autres caractéristiques des victimes, les plus intéressantes sont résumées : liées aux partisans (384), antifascistes (315), militaires (277), déserteurs (225), escrocs (194), traînards (181), juifs (175), carabiniers (142), religieux (140), prisonniers de guerre (120) et « indéfinis ». (1 839).

Atlas des massacres nazis et fascistes

En plus de fournir des données détaillées sur les victimes, leAtlas il fournit également une série de données permettant d’identifier et de décrire les bourreaux. Pour ce faire, la première étape doit être identifiée matrice de violencedonc l’origine de ceux qui l’ont exécuté :

  • Nazi seul : 3 407 épisodes et 15 110 victimes
  • Fasciste seul : 1 099 épisodes et 2 893 victimes
  • Nazifasciste (collaboration) : 764 épisodes et 4 667 victimes
  • Inconnu : 356 épisodes et 992 victimes

Une classification par type d’épisodes est également proposée. Les plus meurtriers étaient rafles (7 406 victimes)e représailles (6 215). Là tournageMais c’est la méthode d’exécution la plus utilisée (14 060 victimes).

Les contextes de violences nazi-fascistes entre 1943 et 1945

Les facteurs qui ont conduit aux innombrables actes de violence collectés et contextualisés parAtlas il y en avait beaucoup.

L’usage politique de la violence – bien présent dans les cultures politiques du fascisme et du nazisme – s’est encore accru pression exercée par les forces anglo-américaines et par la conscience qu’à l’échelle européenne, la perspective d’une défaite devenait de mois en mois plus concrète.

Du côté allemand, on a tenté de éliminer tout obstacle à la pleine domination sur l’Italie. Dans ces circonstances, l’attitude nazie à l’égard de la société civile italienne était également motivée par la conviction que les hommes et les femmes italiens s’étaient révélés peu fiables et incontrôlables.

Unités blindées de la 1ère SS-Panzer-Division "Leibstandarte Adolf Hitler" à Milan. Via Wimiedia Commons.

Pour le République sociale italienne le recours à la violence était aussi un levier pour tenter de réaffirmer la légitimité et la légalité de l’ordre fasciste. Ce n’est pas un hasard si les énormes difficultés rencontrées dans les activités administratives et l’ombre des partisans – considérés comme des terroristes anti-nationaux ou de féroces criminels – ont radicalisé le RSI.

Ayant déjà lieu directement au sein même de la Résistance, la violence nazi-fasciste a provoqué des discussions, des frictions et des traumatismes. Il convient toutefois de noter que le stratégie de terreur elle était pratiquée, dans une large mesure, indépendamment de ce que faisaient les partisans. Et ce malgré les relations concrètes qui liaient civils et partisans (qui allaient de la complicité à la méfiance).

La guerre contre les civils menée par les nazis avait en effet un caractère structurel dans de nombreux pays occupés pendant la Seconde Guerre mondiale et dans la péninsule à laquelle elle était liée. la volonté des fascistes de reprendre le pouvoir.

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En Italie, elle s’est déclenchée surtout pour ce que représentait la Résistance : un noyau de dissidence organisé, substantiel et en expansion – avant même d’être justifié sur la base du ou des attentats que la Résistance elle-même a menés. En outre, dans certains endroits, les nazis et les fascistes ont agi même en l’absence de grandes formations partisanes ou d’actions subversives particulières.

En fin de compte, la guerre nazi-fasciste contre la société italienne en fut une guerre contre la désobéissance; qu’elle soit réelle, latente ou potentielle. Et c’était une guerre perdue.

PRINCIPALES SOURCES

C. Pavone, Une guerre civile. Essai historique sur la morale dans la Résistance, Bollati Boringhieri, Turin 1991.

S. Peli, Histoire de la Résistance, Einaudi, Turin 2008.

R. Chiarini, Le dernier fascisme. Histoire et mémoire de la République de Salò, Marsilio, Venise 2009.

L. Ganapini, La République des Chemises Noires. Les combattants, les politiciens, les administrateurs, les socialisateurs, Garzanti, Milan 2010 (1ère éd. 1999).

M. Flores, M. Franzinelli, Histoire de la Résistance, Laterza, Bari-Rome 2019.

Atlas des massacres nazis et fascistes en Italie (1943-1945), base de données en ligne, Istituto Nazionale Ferruccio Parri – ANPI. Institut National Ferruccio Parri – ANPI, Données nationales, Élaboration du 30/09/2016 par Chiara Dogliotti.