La leçon de Bruno Vespa à Sabrina Brizzola. Et celui qu’il n’a pas appris
Bruno Vespa a eu raison de clarifier les données sur l’abandon scolaire, interrompant Sabrina Brizzola, coordinatrice du Syndicat universitaire. Il a fait ce que tout journaliste devrait faire face à des déclarations qui ne sont pas suffisamment étayées, ou pas du tout, par des faits et des données faisant autorité. Cela arrive de moins en moins, il faut le dire. Habituellement, les invités parlent et personne ne les arrête.
Le problème de Vespa Bruno, cependant, est qu’il l’a fait avec une telle arrogance et un tel manque de sensibilité qu’il s’est attaqué à une jeune femme qui, contrairement à lui, gardait un calme enviable, impensable même pour la plupart des invités adultes qui trouvent habituellement de grands espaces dans cette salle de télévision. Libres d’errer entre propagande et provocations – considérant probablement cela comme une zone de confort – ils peuvent affirmer tout et le contraire de tout, ne rencontrant presque jamais d’objection notable.
Dans la grande majorité des cas, mais ce sera certainement une coïncidence, ces invités se trouvent dans la zone de centre-droit ou en tout cas dans l’élite économique et entrepreneuriale de notre pays bien-aimé et gérontophile, où la vieillesse n’est pas seulement une question d’état civil, mais de mentalité. Et cela se traduit par une mobilité sociale et professionnelle qui n’est pas sans rappeler le système des castes. Les jeunes le savent, les enfants de commerçants comme les enfants de notaires.
Le problème de Vespa Bruno, soyons clairs, c’est de ne pas avoir de position politique, tout comme il est tout à fait normal, pour moi, que certaines lignes éditoriales donnent forme et substance aux grilles et aux mises en page : dans la tradition occidentale, le journalisme d’opinion, mais aussi strictement le journalisme de parti, a toujours eu un rôle important.
La différence, c’est qu’au fond, il y avait des faits. Les interprétations les plus divergentes se sont alors construites sur celles-ci : le Printemps de Prague, la stratégie de tension, la chute du Mur, les armes chimiques réelles ou présumées de Saddam. Des plumes extraordinaires se sont battues autour des moments cruciaux du XXe siècle italien et international. Vous n’êtes peut-être pas d’accord, mais vous lisez avec attention et intérêt, si quelque chose vous intéresse. La manipulation a toujours existé, bien sûr, mais les outils pour la contrer étaient bien plus efficaces.
Le problème est qu’aujourd’hui les faits ne précèdent plus les opinions : imaginez deux trains circulant sur des voies parallèles, mais dans des directions opposées. L’information professionnelle a baissé son pantalon un peu partout, par nécessité ou par choix. Contraint par les difficultés économiques ou séduit par la paresse, il s’est lancé à la poursuite de la technologie, contribuant à faire tomber les frontières entre nouveauté et invention, se livrant mains et pieds à un agenda décidé ailleurs, dans les couloirs du pouvoir technologique, financier et politique. Dans cet ordre.
Le monde que nous avons confié à nos enfants
Chaque jour, le lecteur est confronté à un jeu téméraire : s’extirper d’un monde dans lequel distinguer le vrai du faux est devenu un sport extrême. Et c’est le monde que nous avons confié à nos enfants. Sabrina en fait partie. Et il essaie laborieusement de s’orienter, avec engagement, passion et générosité. Car aujourd’hui le militantisme politique, ou en tout cas l’agrégation autour d’une plateforme de valeurs, n’est plus une étape quasi obligatoire dans la vie ni un terrain d’entraînement généralisé, comme cela aurait pu l’être pour ma génération et plus encore pour les précédentes. C’est généralement un acte d’altruisme.
J’aurais aimé que Vespa Bruno s’en souvienne, alors qu’il gesticulait et écarquillait les yeux. Qu’il aurait pu se rappeler quel genre de pays et de monde il aide à laisser à ces enfants. Qu’il aurait pu accorder à cette jeune femme les circonstances atténuantes, tant génériques que particulières, qu’il me semble souvent accorder aux parlementaires et aux leaders d’opinion envoyés par les secrétariats. Qui aurait pu accompagner Sabrina sur le terrain de la cohérence entre données et affirmations.
Ce que disent (vraiment) les données
Qui, enfin et surtout, aurait pu examiner ces données macro et reconnaître que oui, il est vrai que l’Italie, avec 8,2%, est désormais en dessous de la moyenne européenne de 9,1%, mais que ce résultat nous place toujours au milieu du tableau. Il aurait pu ajouter que l’amélioration a commencé au moins en 2015 et que, malgré un renversement positif de tendance, de grandes zones du pays restent encore au-dessus du seuil de 9% fixé comme objectif européen pour 2030 (Sicile, Sardaigne, Campanie, mais aussi Toscane et Ligurie).
S’il avait ensuite voulu aller plus loin, il aurait pu se rappeler que, selon le dernier rapport de l’INVALSI, le décrochage scolaire implicite est tombé à un niveau historiquement bas de 6,3%, mais qu’en même temps il y a un déclin de l’apprentissage de l’italien et des mathématiques dans les écoles primaires et secondaires. Des signes qui invitent à regarder au-delà des données nationales, à s’interroger sur la qualité globale de l’éducation et les inégalités qui continuent de toucher le système scolaire.
En étant bon enfant, comme disent mes amis de Livourne, Vespa Bruno aurait pu montrer un autre type de journalisme, que j’espère encore possible. Conscient que notre rôle dans la société n’est pas d’être fort avec les faibles et faible avec les forts. Et qu’une correction nécessaire ne peut pas devenir un réquisitoire contre une génération entière.