Imaginez recevoir chaque mois 1 200 euros, sans condition, ni contrepartie, ni justificatif à fournir. Non, ce n’est pas une arnaque sur Internet, mais une véritable expérimentation qui bat son plein en Allemagne. Pour 122 chanceux tirés au sort parmi deux millions de volontaires, c’est le rêve devenu réalité depuis juillet 2021 ! Et à en croire Elisabeth, l’une des bénéficiaires, « j’ai vraiment l’impression d’avoir gagné au loto ».
Le revenu universel à l’allemande : mode d’emploi
- 1 200 euros par mois, versés pendant trois ans
- 122 bénéficiaires, tirés au sort sur plus de deux millions de volontaires
- Aucune condition de ressources ni obligation de rendre des comptes
- Financé par les dons de 181 000 contributeurs
Ce projet, lancé par l’association berlinoise « Meinmindesteinkommen » (traduisez « mon revenu minimum »), et piloté par Steven Strehl, vise à explorer le revenu universel autrement qu’en se battant sur Twitter. L’idée ? Tester concrètement ce dispositif dans la vraie vie, loin des débats théoriques et des stéréotypes qui collent au sujet.
Pourquoi 1 200 euros ? Le montant, choisi par l’Institut allemand de recherche économique (DIW), a été fixé au-dessus du seuil de pauvreté allemand (équivalent à 1 015 euros en France). Le but n’est donc pas de transformer les bénéficiaires en nouveaux riches, mais d’observer ce que pourrait changer un revenu un peu supérieur au strict minimum vital.
Des profils variés… mais tous dans la même tranche d’âge
Parmi les 122 sélectionnés, chaque bénéficiaire vit seul et appartient à la classe moyenne, avec un âge compris entre 21 et 40 ans. Contrairement à une initiative antérieure, menée en 2017 et réservée aux personnes à faibles revenus (1 000 euros par mois, sur un an, pour 85 participants), la nouvelle mouture s’est affranchie de tout critère de revenu. Le grand tirage au sort façon EuroMillions, mais version sociale.
Libre à chacun d’utiliser cet argent comme il l’entend : cumul avec un emploi, financement d’un projet, ou pourquoi pas, un tour du monde improvisé (avec sens des réalités, bien sûr).
Elisabeth, gagnante du « loto » social
C’est avec un large sourire qu’Elisabeth, originaire du Bade-Wurtemberg (juste à côté de l’Alsace), partage son expérience. Chaque mois, depuis juillet 2021, elle touche ces fameux 1 200 euros, en plus de son salaire. Sa première observation ? « Je dors mieux, je fais des nuits complètes et beaucoup plus calmes », confie-t-elle aux sociologues et scientifiques chargés de suivre les effets psychologiques et financiers de l’expérience.
Elisabeth, économe de nature, ne s’est pas lancée dans les folies du shopping. Mais elle a tout de même réalisé deux rêves :
- L’achat d’un vélo, convoité depuis plus d’un an
- Un don conséquent à une association d’aide aux femmes, un geste « très à cœur »
Elle avoue aussi songer à voyager — direction, l’Asie peut-être — sans perdre de vue que l’aventure a une fin : « Je sais que cela va s’arrêter dans trois ans, alors j’économise la plus grande partie de ce que je perçois. » Gestion prudente… mais plaisir quand même ! Trois entretiens rythment son parcours dans l’étude : au début, au milieu et à la fin.
Observer, mesurer, comprendre : la science derrière l’expérimentation
Sous l’œil attentif du DIW, l’expérience cherche à répondre méthodiquement à LA question : que se passe-t-il quand on reçoit chaque mois, sans condition, bien plus que le minimum vital ? Jürgen Schupp, responsable scientifique, veut mesurer, dans la vraie vie, si et comment le versement inconditionnel de cette somme influence comportements et choix de vie.
Rendez-vous est donné au gouvernement allemand en 2024 pour faire le bilan de cette expérience de vie grandeur nature. Il s’agira alors notamment de déterminer si un revenu minimum fixe — comme les 1 200 euros testés ici — est préférable à un simple seuil garantissant à chacun de ne pas tomber sous un certain niveau de revenu.
En attendant, les heureux bénéficiaires savourent ce petit supplément d’âme (et de portefeuille), tandis que tout un pays a les yeux rivés sur l’avenir. Et vous, que feriez-vous avec 1 200 euros par mois, sans conditions ? À méditer…