Comment le soutien de l’UE peut contribuer à prévenir les catastrophes naturelles (et à faire face à leurs conséquences)

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Ces dernières années en Europe ont montré que les événements extrêmes liés au changement climatique sont devenus presque normaux, depuis les inondations en Italie, en Belgique et en Allemagne jusqu’aux incendies en Espagne et en Grèce. C’est pour cette raison que, dans une Europe de plus en plus exposée aux catastrophes naturelles, la capacité des villes et des régions à préparer une prévention efficace et à réagir en temps opportun est de plus en plus cruciale.

Il ne s’agit pas seulement de protéger des vies, mais aussi de sauvegarder les infrastructures et les économies locales. La politique de cohésion, l’un des piliers du budget de l’UE, peut également jouer un rôle fondamental dans le renforcement des outils dont disposent les autorités locales pour prévenir et gérer les urgences, grâce au financement et au soutien des réseaux transfrontaliers.

« Le mécanisme d’aide européen et les fonds structurels ont permis de combiner l’aide financière et opérationnelle, faisant de l’Europe quelque chose de concret pour les citoyens précisément dans les moments les plus critiques », a déclaré Zeljana Zovko, vice-présidente du Parlement européen, qui a pu constater par elle-même la solidarité européenne lorsque sa Croatie a été frappée par le tremblement de terre majeur de 2020.

L’Italie a également bénéficié à plusieurs reprises du soutien direct de Bruxelles, non seulement pour la reconstruction après des tremblements de terre, des incendies et des inondations, mais aussi pour des interventions visant à prévenir et à renforcer les infrastructures locales.

Transformer les bâtiments de consommateurs en producteurs d’eau

L’exemple de l’Émilie-Romagne

L’Émilie-Romagne représente l’un des cas les plus significatifs de la manière dont la politique de cohésion peut soutenir les régions à la fois dans la gestion des urgences et dans la mise en place d’une réponse à long terme permettant d’éviter la répétition des catastrophes naturelles.

Les inondations de 2023 ont mis en lumière la vulnérabilité d’un territoire densément peuplé et hautement productif, mais elles ont aussi montré comment le soutien européen peut se transformer en un levier décisif pour engager rapidement la reconstruction et, dans le même temps, repenser les politiques de prévention.

Comme l’a confirmé le conseiller régional Alessio Mammi, « sans le Fonds européen de solidarité, nous n’aurions pas pu démarrer aujourd’hui tous les chantiers qui sécurisent notre territoire », soulignant le rôle crucial des instruments européens pour garantir une réponse rapide.

Toutefois, l’expérience de l’Émilie-Romagne démontre que la réponse ne peut se limiter à la phase post-catastrophe. La région a choisi d’intégrer la reconstruction dans une planification plus large, orientée vers la réduction des risques hydrogéologiques et l’adaptation au changement climatique, soutenue par les fonds de cohésion.

Ce cadre comprend des investissements dans l’entretien des voies navigables, la construction de vases d’expansion et l’actualisation des plans d’urbanisme, dans le but de limiter l’exposition des zones les plus vulnérables. Par exemple, « les capteurs hydrauliques, les drones et les technologies avancées nous permettent d’intervenir avant que la crise ne se transforme en catastrophe », a précisé l’édile.

Un autre élément distinctif est l’implication des communautés locales et du monde agricole, car, comme le rappelle Mammi, « ceux qui travaillent la terre connaissent le territoire comme personne d’autre » et peuvent apporter une contribution fondamentale à la gestion des sols et à l’entretien préventif. Sur ce point, « un soutien supplémentaire sera nécessaire » de la part de la prochaine politique agricole commune (PAC).

Cependant, le cas de l’Émilie-Romagne met également en lumière certains problèmes structurels critiques qui nécessitent un nouveau bond en avant dans la qualité des politiques publiques. Comme l’a souligné la conseillère Mammi, « il ne suffit pas d’avoir des plans et des technologies » s’il manque des instruments financiers suffisamment flexibles.

Dans ce contexte, la cohésion européenne revêt une valeur stratégique pour les territoires, car elle permet de dépasser une logique fragmentée d’interventions entre État, régions et communes, et de soutenir des investissements structurels pouvant intégrer prévention et développement territorial.

Réseaux urbains et collaboration internationale

Si les stratégies de prévention et de réponse prennent forme au niveau local, leur efficacité dépend très souvent de la capacité de coopération entre régions de différents États, car les catastrophes naturelles ne connaissent pas de frontières.

« Aucune ville ne peut faire face seule aux incendies, aux inondations, aux tremblements de terre ou aux vagues de chaleur », a souligné Konstantina Karidi, directrice de Resilient Cities Catalyst, une organisation qui aide les villes à renforcer leur manière de planifier et d’agir en réponse à d’éventuelles crises, selon laquelle « la collaboration entre territoires leur permet de réagir plus rapidement et plus efficacement ».

Dans ce contexte, les réseaux urbains et régionaux représentent un outil clé pour transformer les politiques européennes en actions concrètes. Grâce à des plateformes et alliances plus ou moins formelles, les administrations locales peuvent apprendre des expériences d’autres régions et villes et ainsi adapter à leur propre contexte des solutions déjà testées ailleurs.

Karidi a expliqué que « le partage de données, de stratégies et de bonnes pratiques nous rend plus forts », en réduisant le risque d’erreurs et en accélérant les processus de prise de décision, « notamment dans les phases de prévention et de planification ». Un exemple emblématique est le Partenariat méditerranéen d’action pour le climat, une alliance de 16 régions (dont l’Émilie-Romagne) partageant des vulnérabilités climatiques similaires.

Ce réseau permet d’expérimenter des « approches innovantes » de gestion des risques pouvant répondre aussi bien aux besoins quotidiens qu’aux urgences. « Grâce à ces échanges, nous pouvons éviter des erreurs déjà connues ailleurs et accélérer la construction de villes plus sûres et plus durables », a poursuivi Karidi.

Les régions méditerranéennes demandent un rôle central dans le défi climatique

Soutien financier et action politique européens

Le soutien européen aux régions et aux villes repose sur une combinaison de politiques, de financements et de coopération entre institutions.

Comme l’a rappelé le vice-président du Parlement européen Zovko, « de l’Italie à la Croatie, en passant par les Balkans occidentaux, nous avons vu comment des outils dynamiques peuvent sauver des vies et renforcer la cohésion européenne », à condition que les ressources arrivent « là où elles sont réellement nécessaires et de manière rapide et flexible ». C’est pour cette raison que des instruments financiers capables de traduire les stratégies politiques en investissements concrets sont nécessaires.

La Banque européenne d’investissement (BEI) joue un rôle central dans le renforcement de l’impact de la cohésion européenne grâce à des prêts à long terme et à un soutien technique visant à combler le fossé entre la planification et la mise en œuvre des interventions. La valeur ajoutée de la BEI réside notamment dans sa capacité à soutenir des investissements axés sur la prévention.

« Plus nous planifions aujourd’hui, moins nous paierons demain », a assuré Monica Scatasta, chef d’unité de la Banque européenne d’investissement, rappelant l’importance de porter l’attention sur la réduction des risques structurels.

L’objectif est « d’améliorer la qualité des projets, de renforcer la capacité administrative des territoires et de rendre plus efficace l’utilisation des ressources », y compris celles de la cohésion européenne, notamment dans des contextes caractérisés par des contraintes budgétaires ou une expérience limitée des projets. « La prévention est le véritable investissement », a conclu Scatasta.