Comment enquêter sur les incendies ? Que fait l’ingénierie médico-légale et où elle fonctionne

Alexis Tremblay
Alexis Tremblay

Le tragique accident de Crans-Montana, en Suisse, ramène notre attention sur un sujet de grande importance : la sécurité incendie. En particulier, dans cet article, nous allons voir comment l’ingénierie peut être utile pour l’analyse médico-légale, c’est-à-dire comment l’ingénierie aide les enquêteurs à reconstituer ce qui s’est passé et à déterminer les responsabilités éventuelles.

A quoi sert l’ingénierie médico-légale : l’autopsie du sinistre

Quand il s’agit de risque, particulièrement en ce qui concerne les incendies, nous savons qu’il existe toute une série de réglementations, notamment techniques, qui prescrivent des exigences, des normes minimales et des caractéristiques que les structures et les environnements doivent respecter afin de garantir que l’effet d’un éventuel incendie soit gérable. En particulier, il faut s’assurer que la réponse de la structure et des matériaux est prévisible, en garantissant le temps nécessaire et suffisant pour permettre aux personnes de quitter le lieu de l’incendie.

L’ingénierie médico-légale permet, grâce à des modèles de calcul, des analyses réalisées sur le lieu du sinistre et des analyses en laboratoire, de reconstituer comment une simple étincelle a pu déclencher un incendie aussi meurtrier. Il semble donc évident que l’ingénierie médico-légale agit, en fait, comme un outil pour aider les enquêteurs, la justice en premier lieu, à établir si les critères de prévention ont été effectivement respectés au sein, en l’occurrence, des locaux et qui est responsable des éventuelles négligences et omissions.

Analyse de scène : les 4 phases fondamentales

L’ingénierie médico-légale permet d’analyser un lieu où un incendie s’est déclaré, à travers quatre phases.

La première phase concerne l’analyse et l’enquête de la scène (Evidence Collection). Tout d’abord, un schéma de dégâtson étudie ensuite les traces laissées par les flammes qui laissent généralement des signes en forme de V et la pointe de ce V indique, dans la plupart des cas, la zone d’origine.

La deuxième phase concerne la prélèvement d’échantillonsafin de déterminer la présence d’éventuels accélérateurs, tels que l’essence, l’alcool, mais aussi d’autres matériaux capables d’augmenter la vitesse de propagation de l’incendie depuis son point d’initiation. Nous procédons ensuite à la reconstruction du environnements pré-incendie, analyser donc les projets, les plans et toute autre source capable d’attester de l’état de l’environnement avant la catastrophe. Elle est également menée à ce stade une analyse de la chronologie des événements (Timeline) afin de construire comment les événements se sont produits. Le point de déclenchement, la cause, le temps de propagation et le contournement sont ensuite déterminés.

La troisième phase concerne la modélisation et simulation des incendies (Back Analysis). Dans cette phase, l’incendie est reconstitué grâce à l’utilisation d’un logiciel spécifique, comparant ainsi la reconstruction avec les éléments et surtout avec les dégâts présents sur le lieu de l’incendie, afin de vérifier si ce qui a été déduit dans les deux premières phases correspond ou non à la réalité.

La quatrième et dernière phase concerne la rédaction d’un rapport technique finaldans lequel l’ingénieur légiste est invité à répondre à une série de questions posées par le juge. Dans ce cas, les questions sont liées à la conformité des matériaux utilisés dans la construction de la structure, ou de l’environnement, aux exigences techniques réglementaires et si les environnements ont été organisés ou non pour gérer un incendie en toute sécurité, permettant aux personnes de s’échapper sans difficulté.