Baby influenceur : l’image des enfants n’appartient pas à leurs parents (enfin un décret l’établit)
Avec l’avènement des réseaux sociaux, trop d’enfants ont été surexposés en ligne en toute impunité par leurs parents à des fins purement commerciales, sans aucun contrôle externe et, surtout, sans qu’un seul euro gagné légalement ne finisse dans les poches des enfants eux-mêmes. Mais à partir de 2026, quelque chose va changer : un décret-loi, approuvé à gauche comme à droite, obligera les parents qui gagnent plus de 10 000 euros par an grâce à l’exploitation de l’image de leurs enfants à verser la totalité de l’argent sur un compte courant au nom du mineur, qui ne pourra être débloqué qu’à partir de dix-huit ans. La nouvelle la plus importante réside cependant dans le fait que, désormais, les bébés influenceurs nécessiteront l’autorisation de la Direction provinciale du travail, qui établira également des délais et des protections psychologiques en faveur du mineur, garantissant que cette forme de « travail » ne compromet pas la fréquentation scolaire et, plus généralement, son développement sain.
Une santé mentale compromise
En effet, la littérature scientifique montre comment le phénomène de partage (terme né de la fusion du partage et de la parentalité) peut compromettre la santé mentale du mineur. Tout d’abord parce que cela génère une gêne quant à l’exposition de son corps dans une phase de la vie où l’enfant ne peut pas être complètement conscient de ce qui lui arrive et, par conséquent, ne peut pas donner un réel consentement. Certains enfants ne développent un sentiment de pudeur qu’après l’âge de cinq ans, ce qui peut inévitablement retarder leur opposition à la diffusion de leur image. En supposant toujours qu’ils soient capables de contester l’autorité parentale, parfois manipulatrice. De plus, les enfants ne savent pas comment fonctionnent les médias sociaux et ne peuvent pas pleinement comprendre combien de personnes peuvent les observer et dans quel but.
Les devoirs des parents
Cette tâche devrait incomber aux parents, qui pourtant ont souvent eux-mêmes une faible éducation numérique ou, plus simplement, sont totalement aveuglés par la perspective de gains énormes, sur un marché – celui des bébés influenceurs – qui a déjà largement dépassé le milliard de dollars. Pour toutes ces raisons, le partage peut conduire à une fracture profonde dans la relation parent-enfant, déjà extrêmement instable et délicate, surtout à l’adolescence. Si le mineur perd confiance dans les figures parentales et commence à les percevoir comme désintéressées par son bien-être, il pourrait développer des comportements antisociaux ou autodestructeurs, comme le retrait social. La relation peut également se briser en raison des attentes parentales, qui dans le cas des bébés influenceurs se traduisent souvent par une esthétique idéalisée et une pression constante pour augmenter les revenus, alimentant les sentiments de culpabilité et la peur de l’échec chez l’enfant lorsque les résultats escomptés ne sont pas obtenus. Et même si le mineur, dès l’âge de quatorze ans, exerce son droit à l’oubli – c’est-à-dire la possibilité de supprimer de l’internet tout contenu le concernant – cela, comme nous le savons bien, est extrêmement difficile, voire pratiquement impossible, du moins pour le moment. L’empreinte numérique est en fait semi-permanente, et c’est pourquoi toute personne partageant des aspects d’elle-même en ligne, y compris ses pensées, doit être pleinement consciente des risques auxquels elle est confrontée. Pour un enfant, tout cela est tout simplement impensable.
L’impact de l’indemnisation
Enfin, il y a la question économique. Où s’arrête le travail des parents et où commence celui des bébés influenceurs ? En fait, pour le parent, l’enfant n’est souvent qu’un outil : pourquoi tout l’argent devrait-il aller à l’enfant et non au parent ? Cette loi a peut-être un effet dissuasif sur le partage, mais elle n’est pas pour autant une loi tout à fait équitable. Par ailleurs, le fait qu’un adolescent, à dix-huit ans, puisse se retrouver avec des centaines de milliers d’euros de patrimoine, qu’il n’a pas activement gagnés, amène à s’interroger sur l’impact que cela pourrait avoir sur son parcours de vie. Il est facile de supposer que dans ces cas-là, l’adolescent peut développer une relation malsaine avec l’argent, sans en saisir la valeur réelle.
Une relation qui pourrait influencer non seulement la manière dont cet argent sera géré (et dilapidé), mais aussi sa motivation personnelle à construire une carrière, qui n’est pas forcément liée à son image en ligne, puisque les bébés influenceurs n’ont pas forcément de talent et il n’est pas certain qu’ils développent des compétences utilisables dans le monde du divertissement. Cette loi représente donc un premier pas important, mais elle n’est que le début d’un processus de régulation d’un monde jusqu’à présent resté sensiblement libre de contraintes.