Assez de cette histoire selon laquelle les jeunes d’aujourd’hui ne veulent pas travailler
« Quand j’étais jeune. » Un disque rayé qui commence à jouer à chaque fois que vous lisez un titre comme celui de ce matin Courrier. « ‘Travail de nuit et samedi au travail ? Non merci’ : Stellantis recrute à Turin, mais les (rares) jeunes tiennent le coup. » Une nouvelle qui arrive quelques jours après une autre qui avait choqué les « travailleurs du passé » (pas tous, heureusement) : « Madonna di Campiglio, la chef propose jusqu’à 2 200 euros par mois mais ne trouve pas de personnel : ‘Aujourd’hui, les enfants veulent faire le strict minimum' ».
Et ainsi de suite avec des histoires de réveils aux aurores et de diverses vicissitudes pour arriver au travail, des quarts de travail épuisants, des apprentissages gratuits, des traitements à la limite de l’exploitation racontés aujourd’hui avec fierté, en épinglant une médaille personnelle de bravoure sur la poitrine. Spoiler : des sacrifices sont également consentis par les moins de 30 ans – mais disons 40 ans -, enfants des travailleurs précaires du nouveau millénaire, souvent contraints à la cohabitation en raison de la flambée des loyers et d’un coût de la vie totalement déconnecté de la réalité des salaires, contraints de s’accrocher à des contrats ridicules – quand ils existent -, à la merci d’une précarité de l’emploi et de la vie sans précédent.
Travailler comme une ferme intensive
Les paresseux sont là aujourd’hui comme hier, mais pointer du doigt les nouvelles générations, propageant une négligence presque fondée sur l’ADN, est certainement plus facile qu’un examen de conscience que beaucoup devraient faire, à commencer par ceux qui proposent le poste.
Mais ce qui devrait nous faire réfléchir, c’est précisément la réaction des jeunes face à une impasse qui dure depuis trop longtemps. Si ces enfants commencent à « relever la tête », c’est qu’il n’y a pas grand chose à gagner à les maintenir au sol (lire aussi au sens littéral). Prendre tout ce qui se présente pour travailler n’est plus la priorité, mais surtout la priorité commence à être autre chose que le travail. Nous sommes arrivés aux supermarchés ouverts 24 heures sur 24 et aux centres commerciaux qui ferment seulement quelques jours par an avec cette mentalité d’agriculteur intensif qui a fini par imprégner la société de haut en bas. Dans de nombreuses industries, les ouvriers sont devenus des poulets de chair.
La normalisation du travail comme seul fil conducteur de l’existence, auquel on peut se sacrifier à plein temps – à l’exclusion évidemment des professions qui, par nature, ne peuvent se passer des équipes de week-end et de nuit – arrive peut-être à saturation. Et est-ce la faute des enfants qui tentent d’avoir une autre ambition ?
Ainsi, pendant que d’autres pays européens expérimentent la semaine courte, nous – avec des salaires bloqués depuis trente ans – jouons à nous renvoyer la responsabilité.